29/03/2008

Les Jeux et nous

"Les Jeux sont pareils à une femme. On ne veut y voir que la pureté, la virginité, la beauté. Alors qu'ils corrompent tout autant qu'ils enchantent."


De tous les commentaires sur les jeux olympiques de Pékin, les plus énervants sont encore ceux écrits par des journalistes reprochant aux activistes d'utiliser, en toute hypocrisie, l'événement pour parler des droits humains alors que le reste du temps, l'économie fait ses petites emplettes sans grande émotion des défenseurs des droits humains.

Alors primo: où sont les journalistes de la presse libre qui font des éditoriaux dissidents et ouvrent leurs colonnes aux ONG défendant le Tibet au moment ou des accords commerciaux sont signés avec la Chine?

Secundo: que font certains de ces mêmes journalistes quand Calmy-Rey parle droits humains en tête à tête avec le plus têtu des islamistes? Ils accusent bêtement Micheline de s'agenouiller candidement devant le régime iranien pour privilégier un contrat commercial aux dépens des droits humains. Mais d'aller partager les conférences de presse d'après compétitions avec les journalistes chinois à la botte du régime ne les gênera pas, ces vertueux journalistes. Ni d'ailleurs de ne pas avoir été les premiers responsables à avoir avalisé la candidature de la Chine. Le commentaire quasi totalitaire de la presse occidentale était alors d'écrire: "La Chine s'ouvre au monde. Voilà une opportunité extraordinaire de lui accorder ces Jeux pour la pousser vers un régime moins totalitaire." Résultat: c'est raté. Et c'est même deux fois raté quand on sait aujourd'hui qu'une partie de la presse n'a pas du tout envie de faire pression sur Pékin en poussant au boycott si la Chine ne bouge pas ses positions. Alors si ce n'est pas quand les tambours médiatiques roulent tous flashs dehors et à tombeau ouvert sur les Jeux que l'on peut faire plier Pékin, ce n'est pas le lance-pierres de Confucius, fut-il celui d'un grand sage, qui fera du bien concrètement aux âmes tibétaines.

Tertio: l'énergie de celles et ceux qui donnent des coups de fouets mentaux aux foules endormies est toujours comptée. Ce ne sont ni des héros ni des Don Quichotte. Juste des citoyens. Les gardiens du temple de l'humanité ont aussi leurs petits bobos et soucis quotidiens. Parfois même davantage que les journalistes très occupés. Ils ne peuvent donc pas s'installer comme des bonzes inébranlables à chaque endroit et en permanence là où la dignité humaine est par trop bafouée. C'est faire un mauvais procès en escroquerie intellectuelle à tous les activistes qui allument leur feu idéal à des moments différenciés.


"Un foyer allumé dans la nuit face à la dictature c'est déjà la démocratie qui est sauvée de son anéantissement. Mais des centaines de milliers, des millions, des milliards de foyers allumés dans le monde entier en même temps et c'est la dictature qui tombera fatalement de son piédestal. Un Chinois ne perd jamais la face. Quand tout va mal pour lui, il regarde l'Everest et pense secrètement: la neige accumulée au-dessus de ma tête est anormalement gigantesque aujourd'hui. Déplaçons notre regard sur la gauche ou alors sur la droite. Et il passe effectivement sur une voie autre que celle qu'il était sûr d'emprunter."

16:11 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |

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