27/04/2008

Dominique Baettig, gardien de la Révolution blochérienne*

Swissair s'est cassée la gueule en se servant, au passage, avec l'argent des citoyens. Ce n'est pas la faute à Blocher. C'est celle du Général Alcazar. L'UBS du cher et grand ami de Blocher, Marcel Ospel, jette près de quarante milliards par les fenêtres grâce au cynisme glacial du gain mirobolant acquis sans aucune fatigue par quelques initiés de la Secte des Grands Salopards, et il fracasse, grâce au scandale des subprimes, la suprême confiance des Suisses envers leur banque fétiche, ex label AAA sur le plan international. Ce n'est pas la faute au Grand Timonier Blocher. C'est celle des socialistes et des bourgeois réunis sous la même chienlit incompétente. La Direction de CFF Cargo prend son personnel pour du petit bois que l'on déplace et brûle comme des traverses de chemins de fer, ce n'est pas sur le principe blochérien du "quand on n'est rien du tout, on ferme sa gueule et on subit la loi de ceux qui possèdent". Il faut quarante jours de grève des ouvriers pour comprendre que les "cause toujours" existent en tant qu'êtres humains. Et le pire maintenant de la célèbre formule littéraire revisitée "ce n'est pas la faute à Blocher, c'est la faute à Pourceau", les Suisses en viennent à se détester, voir à se haïr entre eux jusqu'à se menacer de mort, mais ce n'est toujours pas la faute au grand stratège helvétique Blocher.


Non Monsieur Baettig. Vous êtes psychiatre et cela me désole de lire qu'un homme qui exerce cette profession est assez aveugle pour n'avoir pas vu que Monsieur Blocher est l'antithèse du Suisse moderne et l'antipatriote des valeurs véhiculées par les Lumières, le genre de traître aux valeurs de solidarité, de fraternité, de liberté que la direction de l'UDC pense cependant développer pour tous les Suisses sous le couvert de ses thèses nauséabondes.

Pourquoi 70% des Suisses apportent leur soutien à Madame Widmer-Schlumpf alors que ses idées politiques ne séduisent d'abord que les autres 30% de son camp qui se permettent, eux, de la jeter aux orties comme une vieille sorcière maléfique (sur le modèle j'aimais ma femme mais je la tue car elle a osé ne pas se soumettre à moi, son mari). C'est simple, Monsieur Baettig. Les 70% acceptent, voir apprécient, qu'une femme intelligente, sensible, énergique, différente de leurs opinions politiques, agissent positivement au sein du nouveau Gouvernement alors que les 30% restants, alliés objectifs de cette femme, refusent désormais cette "traîtresse" qui développe tendresse, rigueur, opinion claire, transparence politique, politesse, savoir-vivre, humour et même un certain charisme poétique à travers son visage et ses yeux qui semblent parfois s'échapper pour se diriger vers le surréalisme (son tableau de l'arlequin du fameux bureau qui a remplacé le bûcheron de Blocher est assez symptomatique du changement de climat au Conseil fédéral). L'air de rien, la baleine a lancé son vide mer sur le Palais fédéral et le grand requin a fini dans l'aquarium aux vieilles reliques religieuses.

C'est tout cela qui dérange la direction de l'UDC. Nous avions notre beau sapin, roi des forêts olympiques, Adolf Ogi, unanimement apprécié des Suisses et d'une organisation mondiale aussi importante que l'ONU. Nous avons maintenant le roi du Réduit psychiatrique, Christoph Blocher, qui divise les Suisses et nous porte préjudice à l'extérieur de notre bulle idyllique. Et bien je vous le dis carrément Monsieur Baettig: la direction de l'UDC actuelle mène son parti dans le précipice et non pas au sommet du Cervin.


Enfin, le plus cruel pour vous et votre parti, Monsieur Baettig, et qui disqualifie votre pensée trop vite versée vers les certitudes de l'identité de souche, ce sont ces mots de vous-même: "Mme Widmer-Schlumpf (…) est un parfait caméléon, comme Nicolas Sarkosy, son modèle, elle se prête à incarner tous les désirs (…). C'est la sarkosysation de la politique fédérale à laquelle nous assistons: faire du Blocher sans Blocher, en le vidant de sa substance, de son style, de son projet."Extraordinaires de révélation que vos mots. Vous reconnaissez enfin que Monsieur Blocher est bel et bien le cousin germain de Jean-Marie Pen sèchement rejeté par la France! Alors qu'en Suisse, vous, les Suisses de l'UDC, rêvez vieille Suisse: "On adore Le Pen et son Front National. Nous sommes donc la majorité pensante du repli national et nous Suisses blochériens de souche et de sang exigeons toute notre place au pouvoir"… Désolation que ce fracas de mots imaginés en guise de passeport national et qui remuent l'âme saignée des autres Suisses qui pensent en silence: " On peut ne pas être d'accord avec la pensée widmérienne (sarkosyenne) mais se liguer avec elle quand la menace Blocher (Le Pen) pointe davantage que le bout de son nez au Palais fédéral (à la Présidence)"…


Une pensée africaine dit: "Le bûcheron a toujours eu la possibilité d'abattre fièrement son arbre sans le respecter. Mais s'il le fait ainsi, des racines de cet arbre humilié naîtront des milliers d'arbres qui viendront réparer le mépris du bûcheron pour son arbre qui le nourrissait."

C'est au tour du bûcheron de tomber sous le vote démocratique des jeunes pousses sorties des racines de l'arbre suisse. A chacun sa morale et ses héros de l'Histoire suisse.


Désolé, Monsieur Baettig. Nous n'habitons plus le même Pays des Arbres et des Montagnes magiques.


1706995823.jpg


On reconnaît la couleur et la fleur d'un homme ou d'un parti politique à sa façon calme de garder dans le (ou d'exclure rageusement du) périphérique de son cœur la femme qui l'a trahi pour sauver le navire fonçant droit sur un iceberg qui allait noyer leurs enfants. Il suffirait pourtant d'un geste de gouvernail de son cœur pour éviter le pire du pire et retrouver lentement et sereinement la route de la mer; ou alors se prendre tout l'éventail du mépris dans la figure en restant figé sur ses positions.


677483393.jpg


Marionnette japonaise infusée

dans le Salon de thé vert suisse


"On n'a pas vraiment conscience d'être éclairé par une lampe

et c'est tant mieux. Le but d'un objet est de faciliter nos activités.

C'est comme pour la peau: vous ne la sentez pas jusqu'à

ce qu'elle soit griffées ou blessée.

Beaucoup de designers pensent qu'il faut faire des entailles

dans la peau pour qu'on les remarque.

Pour ma part, c'est tout le contraire.

Je veille à ce que la peau soit le plus douce possible."

Naoto Fukasawa, dessinateur d'enchantements


1017620178.jpg


Mogari no mori (La Forêt de Mogari)

Naomi Kawase (Japon / France, 2007)

"Tulipe", jeune chanteuse beat 08'Art du Tessin


"Majestueux temple végétal, la forêt de l'indicible deuil

semble tout entière vouée à la guérison des âmes"

Norbert Creutz, Le Temps, 23 avril 2008


*Journal Le Temps, 22 avril 2008, "Eveline Widmer-Schlumpf finira par lasser ceux qui l'ont élue


20:31 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |

Les commentaires sont fermés.