25/05/2008

La grande leçon des salauds déguisés en saint (et vice versa)

Commençons par des exemples de salauds déguisés en saints. Nous avons, tout au sommet nos copains Ben Laden et Bush, talonné de près par nos deux lascars Poutine et Berlusconi.


Donnons aussi le nom de quelques saints déguisés en salauds. On les trouve essentiellement dans notre histoire passée. Guillaume Tell qui ose tirer une flèche mortelle en direction de son propre fils, Farinet qui vendange la monnaie pour les pauvres, sa petite copine et lui-même en fabricant sa fausse monnaie; voir même notre grand frère élu au rang de Dieu, Jésus Christ, qui savait fabriquer les miracles bibliques comme les ouvrières et enfants chinois réalisent aujourd'hui le miracle économique d'un immense pays grâce à nos actes consommateurs frénétiques. Sans oublier sa super copine Marie-Madeleine, belle garce romantique, qui le poussait à se montrer à la face du grand public pour enfin obtenir le titre de Roi de la Terre et des humains en touchant les royalties qui auraient du aller avec. En conséquence de quoi, il sera crucifié pour son orgueil démesurément passionnel qui n'était pourtant que le reflet de sa divine résistance à un système dépassé et corrompu. Comment expliquer, par la suite, le rejet de Marie-Madeleine par les apôtres autrement si ce n'est en imaginant une sainte prostituée follement libre de son corps et de ses actes qui voulait que Jésus aille jusqu'au bout de sa démarche?


Lorsque l'Histoire bascule, nous avons des personnages mythologiques qui sortent des rôles classiques dévolus à l'humanité. On les voient alors se dresser dans l'histoire comme des cas uniques de résistance ou d'allégeance au système en place.


Nous savons que cet article risque de scandaliser nombre de croyants et nombre de laïcs qui respectent les pouvoirs éternels ou temporels. C'est dommage. Pour comprendre l'homme, il faut commencer par se pencher sur ses failles, ses réussites, ses échecs, voir sa folie. Pour comprendre Jésus, il faut comprendre qu'il n'est même plus crédible auprès de sa propre famille qu'il feint d'ailleurs de haïr. ce même Jésus déserté par tous ses disciples au seuil de sa mort sauf peut-être de cette Marie-Madeleine si libre dans sa propre vie et qui sera la première au tombeau à constater l'inimaginable. Rêve ou réalité de la volonté divine?…


Les salauds déguisés en saints tentent par tous les moyens de maintenir le système de pensée dépassé pour l'époque. Les saints déguisés en salauds font tout pour se rendre haïssable aux yeux du système établi afin d'amener l'humanité vers de nouvelles libertés. C'est le prix à payer. Il est cher pour tout le monde… et les dégâts bien souvent irréparables. "Salauds de pauvres", scandait Coluche…

Peut-on, à notre époque, éviter de faire de ces drôles de "héros" des martyrs ou des tortionnaires en leur rendant leur part d'humanité réelle? C'est le défi lancé à une démocratie qui se voudrait enfin adulte…Dépasser l'utopie pour voir l'humain, le simple humain qui se faufile derrière la figure mythologique des légendes de l'histoire.


"Je crois – dit-il au curé chargé

de tous les malheurs du monde –

je crois à l'imagination des gens.

A deux ou trois grands inventeurs géniaux

qui distendent notre cerveau et

élargissent les sillons tracés

pour rendre plus agréable

notre existence sur la planète."


"Le Promeneur", Adriaan Van Dis

éd. Gallimard


P.S. Un psaume à Lapp & Simon: le saigneur a décidé qu'il ne désertait pas sa chaire dominicale en pataphilosophie malgré les turpitudes vécues et le manque de réponses de ses discrètes ouailles. Il demande aux deux compères de faire la quête comme deux servants de messe réguliers qui sonnent les matines afin que la belle gitane décide bientôt de lâcher "le métier" et qu'elle vienne le coacher au quotidien dans ce monde impitoyable et sauvage. Avant la fin, il aimerait vivre au quotidien une grande love story. Cela le changerait de sa morosité printanière dans sa tanière sans envergure. Merci de jouer les Indiens et de faire passer plus loin la fumée du calumet.


"Et il y en avait un que Van Bergen montrait et dépeignait, un énorme vaisseau noir, bas sur l'eau, et si singulièrement bâti, avec son haut château d'arrière et sa coque à la ligne irrégulière, qu'il semblait ébréché. Il était affourché au milieu du bassin B… Des coulées de rouille décoloraient le goudron de ses flancs. Et, par vastes plaques, le minium rouge, à nu, lui faisait des espèces d'énormes plaies. Rouge et noir, parmi la sombre grisaille du port, il semblait saigner. Autour de lui, sur des pontons, dix grues, sept ou huit aspirateurs, se pressaient, s'agitaient. Il en supportait jusque sur ses ponts. Par les écoutilles grandes ouvertes, on voyait ces engins plonger des bennes béantes, ou de longs tubes articulés, comme d'immenses suçoirs. Et tout cela, ensuite, dégorgeait à plein jet des trombes de blé d'Amérique dans une flotte de péniches et de bateaux pressés à l'entoure. Les grues, hautes et bizarres, semblaient se pencher sur le vaisseau. Les aspirateurs, massifs, dominés d'une espèce de casque, et prolongés par de longues trompes, comme des scaphandres, faisaient penser à d'effroyables insectes d'un autre univers. Et un lourd nuage de suie, brun, compact, traînait et s'appesantissait autour d'eux, et complétait l'aspect fantastique de la scène. On pensait à quelques grands cadavres ensanglanté, qu'aurait dépecé et sucé des monstres.

Un cri montait, parfois un long beuglement de sirène. Et au loin, graciles, antiques, et d'une élégance des temps jadis, dominant cette activité cyclopéenne, montaient les pignons et les clochers d'Anvers, sa cathédrale, le Steen, le Pilotage, Saint Jacques, Saint-Paul…" "L'empreinte du Dieu", Maxence Van der Meersch, Albin Michel, 1936

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