25/05/2008

Real politik et droits humains, il faut négocier vers le haut pour atteindre la pomme

Monsieur François Nordmann soulève les tensions existantes sur les manières que la Suisse utilise pour mener sa politique étrangère. Sur plusieurs dossiers sensibles, le Proche-Orient, le nucléaire iranien, les relations économiques avec la Chine, la Suisse fait preuve d'une politique offensive et d'un dynamisme qui dérange loin à la ronde et non seulement chez nous.


Notre pays est minuscule à l'échelle de la planète. A priori, il ne devrait avoir que peu d'influence au niveau international. Hors notre pays a une richesse que d'autres nous envient: sa capacité d'agrandir le cercle démocratique tout en sachant maintenir une stabilité exceptionnelle dans la direction du pays.


L'UDC, entre autres, a beau crié à la trahison de la neutralité. La Suisse n'a jamais été aussi neutre dans les conflits que depuis qu'elle se permet d'intervenir. Il faut bien sûr s'entendre sur le terme de neutralité. Si être neutre signifie que l'on s'occupe uniquement de nos pommiers et qu'on laisse en jachères chaotiques les plantations exotiques ignorés de notre jardinage quotidien, alors oui, les affaires étrangères innovent par les engrais semés dans les régimes bananiers de types totalitaires ou religieux.


Est-ce risqué? Oui. Evidemment. Rien ne dit que les engrais et grains à moudre multicolores semés portent leurs fruits pour le long terme sur des terreaux arides et dogmatiques. Rien n'indique non plus que la Suisse en ressorte plus forte, grandie et gagnante dans ce bras de fer mondial. Tant de paramètres peuvent faire basculer le monde dans la catastrophe globale plutôt que vers le miracle démocratique.


Mais, chemin faisant, en ne tentant rien, la Suisse ne serait alors pas neutre au sens noble et premier du terme. Elle serait tout simplement d'une neutralité lâche, démissionnaire, égoïste, retranchée sur son rocher. Bref. Nous serions un peuple d'enfants pourris gâtés qui réclamons toujours plus et ne donnons plus rien à la planète de notre savoir-faire humanitaire. Quel drôle de peuple serions-nous alors? Une sorte de cité idéalisée pour ses banques, ses montres, son chocolat et ses paysages où les humains seraient devenus de simples zombies friqués inconscients aux problèmes de la planète? En sommes, des animaux vivant paisiblement dans leur brousse alpestre qui ne s'intéressent pas plus au monde que notre brave vache violette Milka planquée sous son pommier. "Le train passe. Les Suisses regardent paisibles et ruminent dans leur pré." Victor Hugo, si je ne m'abuse. A vous de réfléchir à la question.


P.S. Le jus de pomme Lapp & Simon a fait sa première fermentation. Il ressemble à du cidre de Calvados, voir du Calvados, à sa seconde fermentation. Les cavalcades sur le dos continuent même si les pauvres banques ne paient pas la dîme sur les représentations érotiques de notre monde. La Milky Way est si légère qu'elle ne couperait pas l'appétit à un banquier même si celle-ci croque la pomme amoureuse d'un mendiant écrivant des âneries. Au fait, enfant, je payais 20ct. la pomme. A combien vous rachetez les miennes?


"Consensus et politique extérieure", François Nordmann, Le Temps, 21 mai 2008


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