06/07/2008

E(u)rofoot 2008, une affaire de femmes au Tombeau (avant matches)

 E(u)rofoot 2008, une affaire de femmes au Tombeau (avant matches)

"Demain, c'est le jour J. Le monde se tourne vers la planète foot. Les gens croiront ce qu'ils verront sur l'écran, la réalité exacte de la performance, le nombre de buts marqués, la domination du terrain, le gagnant, le perdant, les qualifiés, les statistiques. Ils auront quantité d'explications, d'échanges, d'arguments, de critiques plus ou moins intelligentes, sympathiques, drôles ou assassines. Ils auront eu trois semaines de folies pour oublier les folies de la guerre, la misère, les crimes, la mort. Et après, on passera à la nostalgie de cette compétition… pour oublier encore la misère de cette planète… en attendant la prochaine Coupe du Monde.

 

J'ai eu envie d'essayer autre chose. Créer une sorte de mystère autour de la métaphysique du football. Puisque tous nos champions deviennent des dieux, des papes, des saints, alors poussons la logique jusqu'au bout et voyons si une dimension magique, voir spirituelle peut concurrencer une explication rationnelle à l'exploit. Je me suis lancé sur la trace de nos champions de manière décalée, en jouant les matches comme si ma vie, mon avenir ou non avenir en dépendait définitivement, et par extension, si la survie de l'Europe commune pouvait être expliquée à travers le foot. Le résultat me semble assez déroutant. A vous d'apprécier ou non le jeu de cette poésie surréaliste. Il n'y a aucun trucage dans ce journal de bord. Juste des mensonges artistiques qui ressemblent à des vérités fantastiques. L'ossature de la trame a été réalisé durant les trois premiers jours de compétition puis elle s'est étoffée de peau, de muscles et de graisse au fil du déroulement du Championnat d'Europe. La chronologie des matchs n'est pas forcément respectée, et, plus obsessionnel, la performance individuel et collective cède comiquement sa place au pouvoir de la séduction sur et à l'extérieur des stades. Le passé, le présent, le futur, se télescopent. Le feeling a parfois été laminé par certains résultats imprévisibles… et j'ai remplacé mes mots initiaux par d'autres, pareil à une équipe qui doit trouver d'autres ficelles pour venir à bout de l'adversaire. Comme si la sûreté et l'aisance du favori annoncé était mise à mal et sans cesse remise en question par la vista et le bluff de l'outsider. Dans cette optique personnelle, les filles de joie ont certainement eu un rôle à jouer décisif dans les victoires et les défaites de cet E(u)rofoot sans que cela en soit discuter durant les tournantes télévisuelles, en particulier dans la cabine TSR installée au sous-sol. C'est à la lueur de certains indices précis, vus ou lus dans la presse, que nous avons mené notre enquête. Le résultat final ressemble à une histoire où drame pachydermique et comédie grotesque prennent une dimension dont la beauté tombe d'ailleurs et les buts dévient de leur réalité visuelle vers des horizons métaphoriques extravagants mais pas si loin du fantasme humain auquel aspire généralement le commun des mortels. Revanche des morts-vivants sur ceux, puissants de ce monde, qui décident du sort de certains hommes sans aucun jugement préalable?…C'est probable, quoique. Tout devient possible dans notre monde fantaisiste exclu des normes sociologiques courantes. La vision exprimée de l'au-delà est parfois moins étrange qu'il n'y paraît.

 

Au moment où, coup de théâtre ultime sur les terrains de foot du monde, Ingrid Betancourt retrouve la liberté, ce texte autour de l'Eurofoot, écrit avant la libération des quinze otages, prend une dimension plus fantastique. Le Che ricanant comme effigie sur les faux T-shirts des forces militaires officielles colombiennes sonne le glas de toutes les guérillas du monde et donne, de façon magistrale et clownesque, le point final à la résistance armée en offrant la victoire définitive au capitalisme, à la rançon de la gloire, à la trahison des idéaux collectifs en faveur de la réussite individuelle. La statue de la liberté triomphe. Le fric, objet indispensable à toute liberté moderne réussie, triomphe partout en même temps que les causes humanitaires usent et abusent parfois de l'argent pour modifier la perspective des drames, et cela jusqu'au tréfonds de la jungle. Les islamistes et autres groupuscules terroristes obtus et brutaux devraient sentir le vent du cyclone tourné pour eux. Le surréalisme prend Ingrid comme icône à la Andy Warhol surpassant Marilyn et Hollywood dans cette nouvelle ambiance sirupeuse et cette mise en scène mielleuse du tout humanitaire qui cache cependant les aspects les plus sombres et machiavélique de notre monde. Pour un agneau Sarkosy qui enlace, combien de loups Sarkosy qui dévorent? Comme un mariage, les yeux bien fermés… et ce bon vieux Stanley Kubrick plus que jamais présent dans ce nouveau jeu de cache-cache. Les jeux Olympiques 2008 peuvent ouvrir leurs feux et leurs portes pour le paradis…ou l'enfer suivant que l'on est riche et peopolisé ou pauvre et exclu de ce monde sans considérations pour tous les perdants de ce système global triomphant. Le festival du film de Neuchâtel, le NIFF, peut ouvrir ses fastes. Il a beaucoup d'avenir devant lui. Plus que Cannes, peut-être.

 

Image saisissante que cette libération d'otages. Un quart d'heures de célébrité pour tous déclarait Warhol. C'est plutôt quinze minutes pour quinze joueurs sur le devant de la scène internationale. Betancourt, la star, capte l'essentiel des quinze minutes publicitaires, disons 12 minutes, trois Américains de la CIA montent sur le podium de la valeur marchande, disons trois minutes anecdotiques, tout le reste de l'équipe fait écran de fumée pour l'histoire ou le conte de fée suivant que l'on croit à la version officielle ou aux versions parallèles. Anonymat le plus complet pour ceux qui ont subi les mêmes sévices qu'Ingrid et aucun comité de soutien extérieur durant leur détention. Ils n'obtiendront, à cette libération soudaine, aucune propositions de réparations pour modifier positivement leur point de vue sur le parcours atroce de leur détention passée. A l'égalité des sévices subis répond l'inégalité cruelle du traitement médiatique. Qui inflige le plus de mal à la personne humaine survivante? Les bourreaux ou la société civile qui se désintéressent totalement des individus libérés pour privilégier à 100% son icône parisienne? Jésus ou tous les martyrs anonymes qui ont souffert en son nom?… Ingrid a déclaré qu'elle repasserait par là s'il le fallait. C'est la seule qui puisse oser de tels mots dans un tel contexte. Priver de ses enfants, de son mari, de ses amis, de son confort, de sa vie, subissant maintes sévices, elle dit qu'elle pourrait repasser par là! Comme Jésus, elle est la seule à pouvoir accepter le Calvaire, car elle est la seule à être un exemple reconnu de la communauté humaine. Tous les autres ne pourront que souffrir encore longtemps de toutes ses années de privation de liberté, et de cet abandon populaire au moment de leur libération.

 

La lutte continue mais les armes ne sont plus les mêmes. C'est désormais avec ses mains nues, son cerveau, son cœur et son âme qu'un être humain peut faire triompher sa cause ou la faire échouer. A chacun, individuellement, de se battre pour le monde auquel il aspire ou veut voir abolir. Bonne lecture. La non-violence triomphe de plus en plus. C'est déjà un immense succès collectif pour l'être humain. J.E.

 

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One Woman! One Writer! One Win!

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Championnat d'Europe de littérature fantastique

Coup(l)e "Milky Way 2008"

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