18/03/2009

Et si la crise financière était d'abord dans le changement du véhicule?

Ce qui a transformé à toute allure la révolution industrielle fut le changement du transport des marchandises à l'intérieur des continents de la voie fluviale à la voie ferroviaire et terrestre. Les péniches étaient lentes, dépendaient d'un parcours obligatoire unique, les cours d'eau ne communiquant souvent pas entre eux.

Une destruction économique précéda une reconstruction sans précédant avec de nouveaux métiers à la clef et d'autres qui disparaissaient. "Economie Suisse" devrait se souvenir de cela et appuyer les changements irrémédiables qui arrivent à toute vitesse.

Et si la banque mondiale en était arrivée au même stade? Avant l'air Internet, le réseau ultra rapide et mondial manquait. La Bourse se faisait à la criée. Les risques de dérapage étaient beaucoup moins nombreux. En fait, ce qui manque aujourd'hui, ce sont des pilotes de locomotives électriques qui savent maîtriser les nouveaux monstres d'acier de nos temps modernes: les marchés globalisés. Peut-être roulons-nous encore sur des voies réservées aux locomotives à charbon qui dégagent plein de C02 et de suie mêlée à la vapeur d'eau salissant une clientèle pas forcément malhonnête mais soucieuse de garder un certain réalisme canaille sur l'état de leur monde matériel.

Essayons de parler à l'imparfait pour bien comprendre notre futur: "Le secret bancaire helvétique n'était qu'un outil fantastique au bon fonctionnement des locomotives à vapeur. Et quand les tunnels des secrets bancaires alpins étaient franchis, tous les clients en ressortaient noirs comme des ramoneurs suisses. Mais personne ne le remarquait où voulait le remarquer. Cela pouvait être drôle de voir ces visages plein de suie. Mais vu d'ailleurs on savait que ces gens risquaient un cancer aussi rapide à se développer que chez les fumeurs de clopes. Bleu pétrole…"

Revenons au présent. Une fois la douche d'eau glaciale subie par nos clients, ceux-ci se mettent à réfléchir sur le confort de leur moyen de tran(sport) favori et se disent que finalement, si on passait du charbon à l'électricité cela ne serait pas si mal ni pour leur santé ni pour le monde qui pourrait à nouveau respirer et se sentir mieux. Révolution verte en mouvement.

Voilà où nous en sommes. Des locomotives électriques flambant neuves remplacent nos vieilles casseroles bruyantes et polluantes. Nous allons repartir d'un pied neuf vers un merveilleux voyage. Les contes, ce n'est pas fait uniquement pour les enfants. Quand la Belle au Bois Dormant, encrassée dans le tunnel du bordel par sa clientèle, se pointe et attend le baiser salvateur du prince, il est temps pour le prince de sortir sa montre du gousset et de la porter au poignet, histoire de signifier à sa Belle qu'il ont tous les deux franchis les limites du nouveau monde. Verte canaille, ils formeront un couple vert canaille…

*Adam Smith: "L'homme sage et vertueux sera en tout temps incliné à sacrifier son propre intérêt privé à l'intérêt public de sa corporation ou société."

Hum! Y'a malaise. Notre monde étant devenu fou et vicieux par le fait que nous avons érigé l'intérêt privé de chacun comme absolu en sacrifiant l'intérêt global de tous, dans la bascule du temps, il ne faudrait tout de même pas en revenir à la frugalité calviniste intégrale et à une police des mœurs effroyable. Un zeste de folie dans notre zénitude, un brin de vice nappant le bon sens de notre vertu, beaucoup de transparence pour éviter les malentendus, un peu de jardin secret vert pour tous, et nous serons des citoyens du monde libres, responsables, pleins d'indulgence pour les petits écarts au timing mais sans reconnaissance pour celles et ceux qui refusent d'être tenus par des engagements sincères qu'ils ont eux-mêmes voulu ni ne respectent ceux déjà pris. Wait and see… You are a new world citizen, baby. Take care of you.

  • *voir Le Temps Finance, 16 mars 09, "Adam Smith et la montre qui retarde", Jean-Claude Péclet

 

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