18/03/2009

Maître Poncet, n'avez-vous pas un peu honte ?

Cher Maître,

Lors de l'émission du grand super 8 du vendredi 13 mars (jour de chance pour la Suisse, Jésus apparaissant ce jour même sous la croix dans un tissu de matelas argenté quelque part en Amérique du Sud?!), vous avez avoué l'inavouable. Durant le débat sur le pornogate jurassien, vous vous êtes rappelés qu'à une époque lointaine, vous aviez été invité à visionner, entre amis du Parquet genevois, un des "monuments" historique de l'art porno: un muet noir et blanc tourné en caméra super 8 ordinaire, genre "Charlie Chaplin au lupanar".

Maître, le Parquet bien ciré de votre bonne Cité de Calvin a sans doute condamné le téméraire cinéaste à quelques journées de prison ainsi que, à la suite du châtiment de cette dite Cour galante, il a été banni de la Cité et du cinéma décent, populaire et subventionné. Ce pauvre artiste qui commit cette œuvre révolutionnaire et embryonnaire était peut-être une personnalité naissante que vous avez tué dans l'œuf par ce jugement.

Mais cela n'était rien encore (car un artiste qui sait ce qu'il fait est un artiste qui trouve la solution de durer dans le temps).

Que trouva de mieux le Parquet après avoir jeté aux orties publiques le film porno et son auteur? On vous l'a dit: ni brûlée ni soumise à la démolition, la dite œuvre sulfureuse fut visionnée en cachette afin d'en tirer quelques plaisirs onanistes entre calvinistes bien en vue de la place. Non. Décidément, ce genre de libéralisme là, je le honnis. C'est de l'obscurantisme camouflé sous sa carapace de conservatisme. Comment vous, Maître Poncet, chantre de la liberté d'expression avez-vous pu participer à ce crime d'hypocrisie? Au lieu de vous rincer l'œil entre amis, vous auriez du défendre l'auteur sur la place publique en lui dédiant le titre de l'audace cinématographique de l'année et en fustigeant ces Juges qui censurent devant public une œuvre et planquent derrière leur propre boudoir le produit de leur condamnation pour en jouir. Moyen Age!

Aujourd'hui, je comprends mieux ce qui tue l'artiste révolutionnaire: l'arbitraire de Dieu. Et Dieu, dans ce cas, est toujours la Justice dirigée par la puissance d'hommes comme vous qui vous amusez à défendre des gens importants, niveau puissance, comme la famille Kadhafi par ailleurs pas si fréquentable que ça (lire article de Jean-Claude Buhrer dans le Temps, 17 mars), et à ignorer la défense automatique de celles et ceux, faibles et petits, qu'on exclut à vie de la Cité de Calvin pour de clairs ébats sexuels effectués pour un film amateur en couleur, quasi muet et en pleine nature, sur le bleu Léman innocent. Cela fait déjà quinze ans d'exclusion pour le dit artiste maudit loin des amitiés des "gens bien qui pensent la Cité". Et combien se sont amusés à visionner cette cassette parmi les journalistes pour leur plaisir personnel? Les filles libres sur le bleu Léman étaient-elles au moins belles en chair, chers journalistes?

Aujourd'hui, quand je pense que seule Lola Quasar du Qatar attend et défend son émir SDF, c'est la preuve par sept que ce sont encore les princes bleu pétrole qui ont de l'essence verte dans le moteur et de la suite démocratique dans les idées. La révolution verte vient d'Arabie. Et cela fait bien rigoler. Notre cynisme à l'occidentale en tombe de la lune. C'est un comble.

Maître, votre interlocuteur est un être humain plein de rêves comme la plupart d'entre nous. Il sait être souriant et très déterminé. Il n'aime pas qu'on le prenne pour un con, et surtout, il veut sa réhabilitation et être jugé à l'aune de sa juste valeur participative à la société. Pour certains, je suis peut-être un bédouin qui a joué au babouin avec des princesses guenons, violant la loi de la Cité car réalisé en des lieux publics, et qui mérite donc l'opprobre de la République. Mais pour les autres, tous les autres?

Chacun vit selon ses convictions. Mais chacun a le devoir de se faire connaître et reconnaître. Maître Poncet, si vous désirez être mon défenseur littéraire libertin… ou au contraire le Procureur de la République des Journalistes Vertueux, ce serait avec plaisir que je monterais à la barre fixe du cabaret Voltaire pour m'exprimer. A moins que la fuite, encore une fois, soie la meilleure conseillère devant l'abominable homme d'amour.

J'ai un amour qui m'attend depuis quatre ans et plus. Je n'ai plus de temps à perdre avec un anonymat qui m'épuise, me mine, me ruine et me désole. Quinze ans, c'est long, vous savez. A la Stammtisch d'un bistrot jurassien, on a entendu ceci d'un apprenti politicien: "Ils veulent du cul à l'Etat. Moi j'aimerais des têtes." Un chef pataphysicien lui a répondu: "A l'Etat, ils aiment le cul comme tout le monde. Moi j'aimerais des têtes chercheuses et des bêtes à bon dieu qui apparaissent sur les écrans."

Maître, connaissez-vous la différence entre la strip-teaseuse roumaine professionnelle qui savait compter en francs suisses et le banquier suisse amateur de vampires roumains? La strip-teaseuse prétendait toujours qu'elle manquait de liquidité, alors que le banquier avouait qu'il manquait de coffres pour vivre avec elle. La chute de l'histoire? Le pognon durement gagné, ô sésame, s'évadait des poches du fisc suisse pour finir frauduleusement sur un compte roumain. Mais la Belle était innocente. Seul son banquier agissait mal envers le fisc de son pays.

"Et pourtant ils s'aimeront toujours, ces deux imbéciles là!" s'est exclamé Cooper Nique au moment des délibérations sur le matelas de la belle déguiseuse de charmes. "Il est temps pour eux de retrouver un mode de vie plus bourgeois afin que leur maladie cancéreuse ne détruise pas leur amour." Cooper Nique a encore dit aux censeurs: "Sur le Bleu Léman, on joue au ballon et on y fait l'amour comme entre quatre murs. Quelle différence?"

 

Bien cordialement.

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