05/04/2009

Le complexe suisse

Tu sais, toi, pourquoi un Suisse refuse de dire qu'il est Suisse quand il voyage à l'étranger?

 

J'ai passé dix jours à Tenerife avec une bande de potes. A la question "vous venez d'où?" mes copains répondaient "de Lyon" ou de "Casablanca", frère Hassan étant d'origine marocaine. L'un était pharmacien, les deux autres informaticiens, moi je n'étais rien d'autre qu'une sorte de SDF.

 

Eh oui. On était devenu des Frouzes ou des Arabes de souche, de frousse d'être un peu plus arnaqué par les commerçants locaux. Parce que tu vois, si en Suisse, t'a beau être quasi à la rue avec ton salaire relativement minable, poursuivi par le fisc, lessivé par ton propriétaire, à l'étranger, tu restes un bon Suisse et t'as les lingots bien agrippés au corps. Le plus étrange de cette histoire, c'est que moi je n'hésitais pas à dire que j'étais Suisse, sans crainte. En fait, si j'y réfléchis bien, je crois que de la richesse helvétique, il m'en restait encore l'étiquette, donc j'étais devenu le produit, le produit de luxe à convoiter, la chose à observer sous toutes les coutures, le tissu unique, exotique et précieux à toucher, humer, sentir et à essayer sans plus attendre dans la cabine.

 

Elles m'ont remis bien rangé sur le cintre à la fin des vacances. Je ne pouvais quand même pas leurs avouer que dans la poche du costard il n'y avait plus qu'un bouton de rechange, que je ne possédais ni comptes en banque, ni cartes de crédit, ni maison, ni voiture, ni économies, et les poursuites aux derches... et que j'avais déjà quatre enfants. J'aurais préféré leurs dire alors que j'étais roi du pétrole quelque part du côté de l'Arabie Saoudite. Mais s'annoncer nouveau roi du pétrole vert, elles ont pris ça pour du dégueulé d'orties. J'étais pas sérieux, un tocard. Salut, les filles.

16:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |

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