05/04/2009

Le poids des mots d'un pape mondialement médiatisé

Le souverain pontife et l'Eglise catholique nous ont habitué au décalage horaire grandissant entre la vie terrestre et ce qui devrait être l'idéal de Dieu selon la Bible.

 

Certains prêtres défendent les propos indéfendables du pape sur la non reconnaissance de la valeur hygiénique du préservatif lors des rapports sexuels. Dire que le préservatif n'est pas la solution alors que l'abstinence l'est, c'est dire sciemment que le préservatif est mauvais, contre nature, à bannir de la vie d'un chrétien. On peut chercher toutes les arguties imaginables, les mots ont été clairement prononcés par le pape, remplis de sous-entendus affolants: le préservatif ne fait pas partie de la solution mais au contraire de il pousse à la propagation de la maladie en permettant la dissolution des mœurs. Donc à bannir de notre société.

 

Ce qu'un pape moderne aurait pu dire c'est d'annoncer d'entrée de jeu que le préservatif, comme la contraception, sont utiles à la société humaine, utiles et fondamentaux dans notre société moderne qui se veut libre, démocratique, ouverte, multiculturelle, sexuellement libérée et libre de ses choix d'existence.

 

Ce qu'un pape moderne aurait pu rajouter ensuite c'est de prôner le respect et l'amour dans la relation, la fidélité des sentiments contre l'inanité d'un simple besoin de consommer du sexe, avertir et prévenir, rendre compte combien l'infidélité peut atteindre l'autre dans sa chair et lui faire du mal en le déstabilisant et en rompant le contrat de confiance le liant à l'Autre, son partenaire, qu'elle met à mal l'équilibre du couple la plupart du temps, insister sur le fait que cette infidélité présumée ou voulue est à haut risque de destruction pour les unions, en particulier pour les couples avec enfants qui souhaitent peut-être plus que les autres couples une union durable. Une mise en garde forte, résolue contre les risques de la débauche d'une sexualité excessivement et essentiellement tournée vers son plaisir personnel plutôt que celle, revalorisante et respectueuse de son couple, aurait pu être prononcée en rappelant au couple que les plaisirs de la chair sont comme ceux de la cuisine. Pleins de recettes classiques, innovatrices et créatifs. Qu'un gratin aux petits légumes cramé dans le four est immangeable et comparable à une expérience sexuelle scabreuse qui a foiré à force d'oubli et de respect à l'intérieur de son couple. Qu'un dessert glacé parfumé au jasmin peut-être aussi délicat et frais qu'un acte romantique réussi dans les blés mûrs d'une journée d'août ensoleillée. L'amour est un petit plat neuf à confectionner tous les jours. Il faut avoir touché le fond des casseroles pour être sûr de cette vérité, de ce bon sens amoureux.

 

Ce qu'un pape moderne aurait pu encore faire lors de son voyage sur les terres africaines: déculpabiliser les infidèles en les appelant à plus de responsabilité au sein de leur couple, à plus de recherche de communion avec l'Autre, à plus de désir partagé. Il aurait aussi pu rassurer les fidèles à leur couple, les amoureux qui rêvent d'un idéal parfait en amour, du romantisme classique et durable. Leurs dire qu'une infidélité passagère ne signifie pas la fin du monde pour eux, même si elle peut être ressentie comme une trahison grave dans la sphère intime du couple. Faire savoir aussi à ces fidèles, inquiets et trahis, qu'ils détiennent la clef de leur amour, qu'ils ont le devoir de rappeler à leur compagnon ou compagne infidèle qu'eux tiennent leur engagement, qu'ils cherchent à comprendre pourquoi cela est arrivé à l'Autre. Et ensemble trouver le bon tempo dans la relation pour qu'elle prenne un chemin moins abrupte et durable à travers les ans où alors qu'elle se rompe de manière respectueuse. Dire aussi à tous ces gens amoureux et peut-être maladivement jaloux, que le crime et la violence dans le couple sont inadmissible aux yeux de Dieu, qu'il faut chercher un terrain où la Parole vraie s'exprime sans imposer à l'autre ses choix personnels ni vouloir pratiquer le chantage, les pressions financières ou tout autre moyen de faire plier l'autre à sa volonté grâce à un pouvoir pervers qui n'est plus basé sur la relation amoureuse mais sur le rapport de force et la possession sexuelle.

 

Tout cela et tant d'autres idées qu'un pape moderne pourrait développer. Hélas, encroûté dans un monde passéiste qui menace de faire rompre l'harmonie démocratique du monde, le pape actuel, par son attitude négative et son discours culpabilisant, pousse à l'intolérance entre croyants et incroyants, déstabilisent les croyants qui vivent leur modernité au jour le jour, casse la maison de Dieu, la maison de l'Amour.

 

J'appelle le Vatican, et c'est son Excellence le Préservatif qui lance cet appel, à faire sa révolution où alors à ne plus vouloir occuper tout le terrain de Dieu à la télévision, à la radio, dans les journaux. C'est un choix honnête et responsable pour que la schizophrénie des croyants ne s'amplifient pas davantage. On ne peut plus accepter ce qui ressemble à une dérive sectaire de plus en plus évidente de l'Eglise. Il en va de l'équilibre du monde inter culturel et spirituel. Il en va aussi de la confiance des chrétiens en leurs propres croyances intimes. Ce n'est pas rien.

 

Attention aux tables! a écrit le pasteur Pierre Wyss dans le QJ en ce dimanche des Rameaux. Les tables, même trop bien fixées, peuvent à tout moment être déboulonnées par l'Esprit. Et ce n'est ni Staline, ni tout autre dictateur qui pourra dire le contraire. Jésus a voulu la liberté du monde, la démocratie, et l'amour universel. Ce n'est pas pour le trahir aujourd'hui par des paroles qui réduisent la liberté des êtres humains au choix de la religion rigide et dogmatique de Rome. Il en va de sa responsabilité pour le Bien des humains. Benoît XVI à le devoir de faire bouger les tables de sa Foi.

 

P.S. Apprendre à se moquer de soi-même, c'est apprendre l'humilité. Apprendre à supporter la moquerie des Autres, c'est montrer la sérénité de notre idéal et exprimer la confiance envers nos propres valeurs d'existence. La Curie romaine actuelle ne semble plus très sûre envers ses propres valeurs… La preuve? Elle ne supporte plus les moqueries de ses contemporains.

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