05/04/2009

Lucie rêvait de devenir people

"Tu sais, même si on t'offre une poupée Barbie, il ne faut jamais monter dans l'auto de quelqu'un qu'on ne connaît pas."

 

Lucie est montée dans le taxi, puis à l'appartement. Elle a cru faire confiance à un ange. C'était Satan, l'ange tombé du paradis, l'ange de la mort. Dans les yeux de Lucie, l'espace de quelques instants, tout le monde aurait pu voir ses rêves de gloire brisés par un malade pervers et criminel. Non. Elle ne voulait pas d'une poupée Barbie offerte par un inconnu. Elle voulait devenir la poupée Barbie, la muse d'un photographe inconnu rempli de folie créatrice, plein d'un amour, si ce n'est désintéressé, d'un amour passion qui la place, elle Lucie, née princesse, sur un piédestal.

 

Elle a cru découvrir la beauté d'un homme sur un quai de gare, l'artiste en devenir qu'était devenu en une fraction de seconde, dans son univers de princesse oubliée, Daniel le tueur. Elle a découvert l'horreur. La princesse ne trouvera jamais l'âme sœur qui l'aurait accompagnée un bout de chemin dans la vie et qui aurait réussi à lui donner cette confiance que toute adolescente recherche et espère.

 

Combien de Lucie sur cette Terre finissent dans le trou à cause de la folie criminelle des hommes? Combien de fois encore la beauté des femmes sera bafouée, défigurée, détruite, par l'humiliant regard de domination des hommes? Qu'aurait-il fallu changer à l'homme de Crocs Magnon pour que Lucie et lui fassent la pair d'anges qu'un jour la société reconnaît et estime? De la culture? Sans doute. De l'autorité parentale qui dit aux garçons qu'une fille est un être de respect et de beauté avant d'être un objet de désir et de plaisir? Certainement.

 

Et puis toutes ces erreurs des autorités judiciaires et tutélaires, toutes ces filles et ces parents qui n'ont jamais porté plainte contre Daniel, tout ce laisser-faire, images décadentes des années néolibérales. Daniel avait trouvé un bon job, une petite amie. Encadré, soutenu, surveillé, aurait-il commis l'irréparable? Aurait-il dérivé à ce point vers ce point de non-retour. Quand tu regardes Daniel dans les yeux, cette photo où ses bras deviennent ailes d'ange, une parole revient avec obsession à travers l'écho des murs clos de celui qui observe l'humanité: "Moi aussi j'étais un ange aussi beau que Lucie. Qu'avez-vous fait tous de moi pour que je devienne cet assassin fou?"

 

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dans mon village de Lessoc

je peignais les grottes de Lascaux.

au Rock Café, je montrais mes aurochs

et ma superbe salle des taureaux.

 

pourquoi Daniel m'a-t-il pris pour une proie?

pourquoi fallait-il qu'il me noie?

 

c'est quand la fin de la préhistoire

dans l'histoire des hommes en noir?

 

c'est quand l'amour et la liberté,

la lumière et la beauté?

 

c'est quand les beaux dimanches,

les perce-neiges et les pervenches

dans le miroir brisé d'une nuit blanche?

 

une adolescente de la grotte est tombée

sous les coups de boutoir d'un chasseur obsédé.

 

argent, sexe, pouvoir, peur.

apprendre l'amour aux garçons chasseur.

apprendre aux petits d'hommes la vie et les fleurs.

 

pour que plus jamais ne tombe une mère, une fille, une sœur.

 

il y a six ans moins dix-sept jours,

au Rock Café de Fribourg,

un homme pleura publiquement

des larmes d'amour énormément.

 

un éléphant ça se trompe dans l'O

et revient au pays les yeux dans l'eau.

le rêve de Lucie était pur et très beau.

 

avec un chasseur photographe sans fusil

elle aurait pu devenir people en faisant son nid.

17:08 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |

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