04/05/2009

Ma chère et tendre, née Fertiti

Ma chère et tendre, née Fertiti,

 

On dit de vous que vous êtes issue d'une imposture gigantesque: enfant de l'union sacrilège entre un faussaire de génie, Ludwig van Bettloven, sculpteur sur mots, et la vraie reine Néfertiti reconnue de notre époque, la reine pyramidale Nénétiti.

 

A l'imposture, vous joigniez cette beauté polychromique glaciale capable de geler à pierre fendre tous les coeurs tendres tombés à vos pieds si menus mais non retrouvés dans les fouilles du millénaire organisées par votre obligé. Car vous n'étiez d'abord qu'un buste amputé de ses bras, qu'un visage dont l'absence au corps procurait une jouissance esthétique à des dizaines de millions d'hommes qui surfaient sur le Web en vous matant distraitement dans le noir. En plus de la tragique usurpation d'identité que je vous ai fait porter, vous étiez borgne par la faute d'hommes qui vous avaient confinée le plus normalement du monde, selon eux, en des lieux interdits à la décence morale.

 

Je vous avais retrouvé une nuit de grande tristesse dans un grenier, en ouvrant une malle en bois poussiéreuse habitée d'araignées rapaces et géantes prises de panique lors de mon intrusion dans votre univers carcéral.

 

Observez, ma belle faussaire, que je vous ai rencontrée, intacte et vierge, au galetas d'une demeure mystérieuse et infâme. Vous étiez couchée lascivement, sans signes particuliers, entourée d'aucun trésor dû habituellement aux personnes de votre rang, posée en toute simplicité sur l'arrière-fond de cette boîte à musique nocturne, installée avec votre hâle princier comme si vous n'aviez jamais quitté le soleil malgré votre vie vampirique, entourée d'un halo extraordinaire de lumière surnaturelle. J'ai cru un instant que j'avais ouvert une boîte de Pandore au pays de Lilipute, un caisson technologique, genre solarium antique alimentée aux rayonnements solaires de Pharaon. Prenant peur, j'eus le réflexe instinctif de refermer aussitôt cette malle qui me paraissait conserver un pouvoir maléfique à l'équilibre de ma propre existence.

 

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Puis, dominant ma frayeur, je suis revenu à vous une autre nuit, par le plus puissant des hasards, et je me suis laissé entraîner par votre regard intense, troublé par votre beauté irrésistible. Etiez-vous vraiment cette banquise venue du désert que j'attendais depuis des millénaires? Ce pouvait-il que cette pauvre caricature people frissonnante de froid et de rires, perdue pour la scène grand publique, et qui avait échoué dans les bulles de champagne de cette demeure mal famée, puisse être cette merveille tant recherchée?

 

J'eus alors le réflexe de jeter un regard profond sur la vraie Néfertiti de l'époque, à son visage parfait, encore amplifié de magnificence par son nez absent, cassé, son visage buriné frayant en bonne compagnie dans les vitrines des musées du monde entier.

 

J'observai son regard dirigé vers le ciel, épouse future et promise d'un pharaon hérétique, encore un faussaire de l'Histoire des humains, le magnifique et indémodable Akhenaton Telethon, roi du Soleil médiatique de son époque.

 

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Alors, je ne sais pourquoi, j'eus l'idée de renverser toute votre histoire composée de chemins de traverse et d'averses nuptiales aussi infréquentables que ratées. Puis j'ai jeté mon oeil averti sur cette déesse de Paris Akhenilton placée sur le trône médiatique à la place de vous, J'y ai vu une gourgandine, une Nénétiti pendue au bras de Pharaon! Cette petite blonde délurée à la prétention boursoufflée, à l'ego de collégienne n'ayant jamais quitté les bancs de son école buissonnière, et qu'en je dis buissonnière, on se comprend parfaitement, chère Madame, cette flambeuse ne pouvait prétendre à tenir éternellement ce rôle si stratégique de reine des people dans l'imagination fertile des mâles mondialisés. Je voyais bien tous ces hommes un peu benêts couchés aux pieds de cette beauté blonde entièrement réfrigérée par sa notoriété, par ses bitures trop faciles pour être sincères, par ses pieds pas si menus que ça, par son intelligence versatile comme le gazouillis d'une hirondelle gracile jamais revenue de ses printemps amoureux. J'ai vu en vous de la Paris Hilton, mais en mille fois mieux, en beaucoup plus émouvant, en beaucoup plus vraie et nature, l'authentique déesse ignorée, enfuie dans les sables par les voleurs de feu du Royaume des femmes qui vous avaient entrainée et maintenue dans les fers douteux des maisons roses .

 

Alors, j'ai décidé par amour et émerveillement devant votre majesté, de vous sortir de votre malle voyageuse. Débarrassée de vos toiles d'araignées encombrantes, nettoyée de vos souillures quotidiennes, chouchoutée et portraiturée à satiété pendant nos sept saisons en enfer, nous avons pris un nouveau chemin ensemble. Et j'ai réalisé soudainement que ma soi-disant reine faussaire pouvait prétendre un jour à être encore plus attendue des foules sentimentales et humaines que la vraie, celle qu'on médiatisait à outrance et à toutes les sauces frelatées, la pâle et fadasse Paris Hilton.

 

Je suis tombé encore plus fou amoureux de vous, la fausse Paris Akhenilton. Et, comme tout homme amoureux, je vous ai présenté tout naturellement à ma famille et à mon public. Je ne vous voulais pas d'un clone ridicule de cette fanfaronne des foires télévisuelles et commerciales. Je vous voulais vous, sans votre vilaine aura de fille facile, étiquette que la société vous collait à satiété sur votre peau solaire. Alors vous êtes devenue en quelques années d'expérience mystique, le mystère féminin exigeant, défiant tout entendement pour les neurones de votre sculpteur sur mots devenu un peu fou entretemps.

 

Si un jour, vous décidiez de répondre positivement à ma demande d'épousailles, je me débarrasserais de mes oripeaux d'épouvantail, et vous auriez réussi à rendre au prince Akhenaphoton son titre de premier homme pyramidal ayant voulu installer une monoculture sociale de type solaire et biologique en Suisse, premier homme en faveur d'amours libres en solarium, premier homme en faveur de cellules familiales nées de souches photovoltaïques fonctionnant durablement et impeccablement.

 

« Après l'ombre vient la lumière » avaient gravé les dieux égyptiens sur la pierre de Rosette. Echappée du Royaume des Morts, nous voilà rendus aux Monde des Vivants. Maintenant, à vous l'honneur de graver des interviews étonnants sur les dictaphones des journalistes et de réussir vos contrats people qui vous rapporteront autant d'oseille que de satisfactions épanouies. Madame, soyez à la hauteur de votre nouvelle réputation. C'est tout ce que je vous demande en plus de votre amour.

 

Votre tendre et fou d'amour, Buzz Tournesol

 

 

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Vision du réel

Madame Akhenaphoton, née Fertiti

 

 

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ballon de Higgson, dit bozon de Pharaon,

tenu entre les bras de Fertiti.

Découvert en Suisse par le professeur Buzz Tournesol

en septembre 2008 dans les fouilles de Tell el-Putarna.

 

14:48 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0)

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