12/05/2009

Construction européenne, l'inertie mentale

L'utopie des alliances entre états se construit à partir de deux pôles, l'un chaud, appelons-le pôle équatorial, l'autre froid, le pôle polaire.

 

Comme pour la viabilité d'un couple, la tiédeur n'a jamais été un moteur de construction mais plutôt un motif de régression, voir de risques de conflits à plus ou moins long terme. Hors l'Europe vit une période tiède après avoir connu une période chaude juste après la fin de la guerre froide ayant régné en maître durant trente cinq ans entre les deux grandes idéologies. L' Europe occidentale s'est d'abord soudée plus par opportunité défensive et sur la peur de l'ogre russe que sur une volonté réciproque du vivre ensemble. Personne, après la deuxième guerre, n'aurait pu imaginer un axe si fort et si rapide entre la France et l'Allemagne si l'Union Soviétique et l'idéologie communiste n'avait pas existé.

 

Le pôle équatorial est arrivé plus tard. Il a commencé en Pologne au début des années 1980, à Gdansk avec le mouvement solidarnosc de Lech Walesa. L' Europe s'est mise à rêver d'un nouveau continent pacifié et libéré de la menace rouge.

 

L' Europe de l' Ouest de 1980, en souvenir de la Hongrie d'octobre 1956 et du printemps de Prague de 1969, s'est sentie d'un seul coup solidaire des satellites soviétiques en demande de liberté. Petit à petit, l'utopie d'une grande Europe démocratique à partout gagner du terrain, y compris dans les Républiques soviétiques. La fin du Rideau de Fer et la chute du Mur de Berlin en 1989 accélère le mouvement. La société capitaliste triomphe du dogmatisme social et criminel.

 

En même temps vient, hasard malheureux, se greffer l'idéologie du néolibéralisme qui fout par terre l'idéal de liberté pour tous et parasite l'utopie européenne. Délocalisations, abus dans les conventions collectives signées, immigrés clandestins mal payés travaillant au noir dans les grandes démocraties de l' Ouest, exigences maximales et soutenues des rythmes de travail. Arrogance des puissants, insensibilités des politiques aux violences néolibérales, montée du racisme, voir du fascisme, banalisation de la violence, en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie, en Suisse. Seuls l'Espagne et le Portugal, qui ont profité à fond de la solidarité européenne, semblent échapper à la poussée de grippe communautaire.

 

Devant ces courants glacés qui ont donné froid dans le dos des populations européennes, et dans l'impossibilité politique de faire fonctionner son pôle équatorial, les forces démocratiques ont appuyé naturellement sur la pédale tiède afin de préserver les conquêtes et les acquis. Hors, l'Europe vit et se construit sur sa dynamique de croissance et d'échanges culturels comme économiques. L'élargissement à l' Est est alors devenu suspect à de nombreux citoyens communautaires de la première vague. Que cherchait cette Europe technocratique de Bruxelles? Nous couler, nous les travailleurs? Nous réduire à un rôle congru de petites fourmis travailleuses et sans poids démocratique? Là-dessus, le mouvement altermondialiste et écologique à sonner l'hallali. Les « non » néerlandais et français à la Constitution européenne tombaient, cinglants, comme des fruits acidulés mais mûrs ainsi que le « non » de la cerise irlandaise sur le gâteau européen confectionné pour le traité de Lisbonne. Le cerf de Néanderthal était aux abois. L'humanoïde nouveau, le citoyen européen était touché en plein coeur. C'était non à la construction d'une véritable constitution et charte européenne. La Symphonie du Nouveau Monde était en berne et portait son brassard noir. Deuil provisoire? Ou résurrection? Jean L'Eclair frappait du tonnerre de dieu pour parler de nous, aujourd'hui.

 

Pour retrouver le pôle équatorial, il faudrait une vraie politique qui nous ouvre à une civilisation de l'échange culturel, pas seulement à caractère muséal ou musical, mais aussi au niveau scolaire et entrepreneurial. On ne peut pas obliger les gens à aimer l'Europe. On peut seulement apprendre à l'aimer par l'éducation, les voyages, les échanges, comme on aime son pays malgré ses défauts ou ses égarements. Être Européens, c'est d'abord, et surtout, avoir la conscience de la paix, de la non-violence, de la liberté, de la démocratie à un niveau supérieur de civilisation globale que nous devons préparer pour laisser à nos descendants une Terre viable, habitable, aimable et respectable.

 

Cinq ans après l'élargissement, nous pouvons construire une Europe verte, se préparant à un nouvel élargissement vers la Turquie, l'Ukraine, et la Russie, ceci dans les vingt ans à venir, et cela malgré Messieurs Sarkosy ou Berlusconi.

 

Le monde a besoin de ses forces de paix pour construire la démocratie. C'est peut-être une utopie difficile à réaliser. Mais c'est sans doute la seule utopie qui puisse avoir sens et chance de développement durable pour l'humanité toute entière.

 

L' Europe doit relever le défi. L' Europe est un continent à mobilité durable. Le seul qui, ces soixante dernières années, à intégrer des pays, autrefois en guerre, d'une manière pacifique, démocratique, économique, et culturelle. Malgré ses errements, l'Europe est un beau rêve qui peut continuer à produire de l'humanité, de l'individualité, et de la solidarité.

 

Faisons tous raisonner la Symphonie du nouveau monde dans nos coeurs et nos esprits afin que nous, Néanderthaliens d'aujourd'hui ne disparaissions pas pour avoir échoué à faire éclore l'homme de Flores, l'être humain aux fleurs multicolores. La mutation génétique est dans nos têtes et nos coeurs ou ne sera pas.

 

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1er mai 2004, frontière germano-polonaise

 

Lire dans le Temps du 12 mai 2009, page Eclairages, “Reconstruire l'Europe”

 

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