25/05/2009

Carton rouge de Radu Mihaileanu

 

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Carton rouge sur la Croixette.

Croix rouge sang.

 

Le jury oecuménique de Cannes a attribué un anti-prix à Antichrist deLars von Trier, soit un carton rouge.

 

Et son Président, Radu Mihaileanu, vient de Roumanie! Comme quoi les mystères de Dieu sont impénétrables. L'Eglise est mal dans sa peau. Sa mue n'est pas achevée. On dirait une sorte de libellule prisonnière de sa vieille peau, refusant d' advenir au nouveau monde.

 

Il est intéressant de supposer, comme Lars, que « la femme doit être brûlée sur le bûcher pour sauver le monde et pour que l'homme puisse enfin se mettre debout ». Au Moyen-Age, l' Inquisition brûlait les sorcières, l'homme était alors en état de toute puissance par rapport à la femme.

 

A notre époque, on peut suggérer que l'homme, à l'exact opposé du Moyen-Age, doit brûler la femme pour se mettre debout. Comme hypothèse, on doit chercher quelle vision de la femme il se doit de brûler. La femme objet? La tentatrice? L'infidèle? La prostituée? Voir la fidèle? Je crois, sans avoir vu le film, que Lars suggère en fait que l'homme primitif qui sommeille en chacun d'entre nous cherche encore et toujours à castrer la femme (l'excision du clitoris comme preuve de notre barbarie postmoderne), donc à brûler le désir féminin, à chasser des fantasmes de la femme sa liberté sexuelle pour qu'elle se consacre à l'assouvissement des plaisirs de l'amant ou du mari à ses côtés.

 

En admettant cette hypothèse, on doit se demander alors qu'elle vision, quelle attente de la femme l'homme moderne doit brûler sur l'autel de ses désirs à lui. Alors vient avec clarté l'idée de la mise au bûcher de la femme soumise et de la femme castratrice, deux femmes qui se réfléchissent l'une dans l'autre. Et en ressortirait alors, la femme majeure, à l'égale de l'homme majeur, sauvés tous les deux des détraquages et des trucages sentimentaux pour arriver au couple sincère, aventurier de ses désirs, ouverts sur le monde et les cultures, un couple moderne, détaché de la culpabilité religieuse, dépassant le patriarcat comme le matriarcat, le couple démocratique dans sa vision moderne et achevée.

 

 

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Huppert, Haneke,

HH = 88

Noir + Blanc = Gris

deux êtres d'où surgit une croix blanche presque invisible.

La plus belle, mystérieuse et prophétique image

de ce Festival de Cannes, cru 2009,

Cuvée exceptionnelle.

 

Monsieur Radu Mihaileanu, grâce à mon statut d'homme amoureux, j'ai découvert peu à peu et intensément ce que peut être la souffrance cachée et le bonheur rentré d'une citoyenne de votre pays. La culture du machisme est encore très vivace chez vous comme dans la plupart des pays du monde. Je trouve dommage qu'un cinéaste de ce pays merveilleux attribue le carton rouge clérical au film de Lars von Trier. Peut-être qu'à travers une belle et grande histoire d'amour, vous découvrirez petit à petit une autre vision possible de la relation homme – femme, de notre culpabilité ancestrale d'enfants nés sous l'influence de très vieilles traditions chrétiennes.

 

Votre intervention d'arbitre sur le terrain filmographique a permis au joueur que je suis de protester avec véhémence auprès des instances arbitrales du cinéma cannois. Ce film ne mérite sûrement pas

l'expulsion du terrain, et la faute décisive du joueur von Trier n'était sans doute présent que dans l'imaginaire de l'arbitrage du jury oecuménique qui n'avait peut-être pas vu que ce cinéaste à marquer au-delà des apparences et des falsifications de l' Histoire. Quatrième dimension? Peut-être.

 

Enfin, je ne sais pas si vous êtes comme moi bouleversé par les références au Christ à travers les oeuvres présentées lors de cette édition. Thirst, ceci est mon sang du Coréen Park Chan Wook, et Kinatay la mort lente et insoutenable d'une prostituée par Brillante Mendoza, complétant, entre autres, la sélection de cette année presque vécue sous le signe comique du mysticisme léger malgré le poids des violences vues et vécues durant ce mai 2009 pas comme les autres.

 

 

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Chaussures de femme astronaute.

Charlotte Star, femme astronaute.

 

13:17 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bonjour l'auteur de cet article s'est focalisé sur cet antiprix symbolique et fictif qui au moins aura permis de lancer un peu de débat dans un univers réglé par les convenances. . Il a oublié de donner les informations essentielles : le prix du jury oecuménique de cette année a été remis à Ken Loach pour "Looking for Eric" + une mention spéciale à Haneke pour son " Ruban blanc" !

Un très bon choix !

Écrit par : Vaccaro | 28/05/2009

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