28/05/2009

La prostitution, job de dernier recours

picture056_3.jpg

 

« Fille invisible aux lèvres de sang

posant dans la ville sourire »

Morges, 2007

 

La liberté s'achète. Du moins la liberté matérielle. Le sexe s'achète. Du moins le sexe sans amour. Difficile de dire combien de jeunes femmes ont une fois ou l'autre pratiquées le job. Est-ce que la promotion canapé fait partie du métier, par exemple? Ou la contrainte sexuelle plus ou moins acceptée d'une femme de la part d'un patron très influent qui à le pouvoir de licenciement et de charme sur elle, autre exemple marginal de prostitution déguisée? Ou la femme mariée qui couche juste avec son mari pour avoir la paix? La prostitution est plus diverse et plus courante qu'on peut le croire.

 

Les filles de joie, on pourrait d'ailleurs les appeler les filles de deuil étant donné que beaucoup d'hommes fréquentent le milieu le jour où tout va mal dans leur couple, voir le jour où ils se retrouvent seuls à la suite d'un divorce. Les filles de joie ont donc un rôle social très important à jouer. Sans elles, combien d'hommes franchiraient des barrières interdites par manque de compagnie et de satisfactions sexuelles?

 

Pourtant, ce monde-là reste à part de la société, figé dans un monde de masques, genre carnaval de Venise à l'année où les gondoles ont des airs de corbillards et les corbeaux des airs de têtes de charognards. Les filles qui, par contrats de travail, mettent ouvertement le pieds dans l'engrenage du monde de la nuit (exercé de plus en plus de jour et en plein midi), sont difficilement réintégrées dans le monde du travail classique. Soit parce que leurs exigences financières sont devenues trop importantes en rapport à leur formation professionnelle acquise lors des études, soit parce que la société les refuse et rejette leur ancien statut de prostituées.

 

Les secrets d'alcôves sont souvent partagés entre prostituées et hommes aussi riches que puissants qui dirigent le monde. Le scandale, ce ne sont pas les filles. Le scandale, c'est le ghetto qu'on leur dresse... et les hommes qui les fréquentent en leurs imposant leurs fantasmes parfois pervers et dégoûtants tout en leurs interdisant l'accès à un statut d'honorabilité.

 

picture053_3.jpg

Elles voyagent en solitaire

Ce sont des îles solaires

Les hommes ont labourés leurs terres

Ils n'ont jamais visité les profondeurs de leurs mers

 

Elles vivent dans de religieuses cellules

Pareilles à des milliers d'amibes photovoltaïques

formant de gigantesques libellules

volant gracieusement vers des temps héroïques

 

Il faut changer la vision de la société sur les filles de cabaret et de salons de massage. Elles méritent

la reconnaissance. Et surtout, elles méritent à la fois l'amour et trouver un jour une situation stable, situation qu'elles rêvent comme n'importe quelle femme de la société qui rêve d'aimer son prince charmant, d'avoir un job intéressant et une situation financière correcte.

 

Une prostituée, c'est d'abord une entraîneuse de toutes sortes d'hommes à la dérive qui ont perdu leur foyer. Une prostituées c'est aussi une partenaire de jeu pour riches bourgeois avides de fantasmes. Une prostituée, c'est surtout une fille qui doit boire souvent, qui risque à chaque instant de tomber dans un monde d'où elle ne reviendra plus, un monde d'ombres, rempli de violences, de psychotropes, d'hommes sans respect pour la femme et l'humain en général.

 

Rejeter les prostituées dans le monde des ténèbres pour de soi-disant considérations morales et religieuses, c'est déclarer au monde nos propres ténèbres. C'est dire aussi les propres ténèbres des puissances économiques et politiques qui fréquentent cabarets et salons de massage en chassant la chair fraîche comme des bouchers s'acharnant sur des bêtes d'abattoir à qui on ne permettra jamais de quitter le salon de boucherie.

 

Les femmes de la rue ne revendiquent pas « ni pute, ni soumise ». Les femmes de la rue questionnent: « Une pute a-t-elle le droit de trouver un jour sa terre promise? » et « Une pute peut-elle devenir autre chose qu'une femme soumise à la volonté d'une société qui la rejette sur le trottoir? »

 

picture052_4.jpg

 

« Kiev, Ukraine.

Tu kiffes pour une teup?

Offre-lui le statut de reine.

Car le water-closet d'une pin-up

a connu beaucoup de larmes et de peine. »

 

 

La réponse va peut-être bientôt venir. Si, entre autres situations réelles, vous, Madame, Monsieur, redonnez une place visible et honorable à la fille de cabaret et à son poète des bouges communiquant avec vous depuis pas mal de temps déjà. Les tabous ne sont que des choses dérangeantes que l'on glisse, comme la poussière, sous le tapis quand personne n'a envie de les étaler au grand jour. Encore faudrait-il être capable de rendre un statut acceptables aux perles que l'on a tristement confondu avec du chenit poussiéreux.

 

picture053_2.jpg

 

« Carnavalsex, Louve dans la nuit »

Lac de Zürich, 2006

 

La balle est dans le camp des vertueux.

Les commentaires sont fermés.