20/08/2009

La rançon de l'amour

 

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« Je fais des bulles d'hélium

et je m'envole avec toi, mon homme »

 

En ce temps là, je m'étais donc constitué prisonnier d'amour auprès de ma belle de château. Je croyais à notre invraisemblable histoire romantique fait d'un mélange de passion, de libertinage, de retour à la surface du monde dans une sorte de gloire médiatique qui allait nous permettre de vivre simplement une belle vie bourgeoise et artistique, exaltante, pleine d'imprévus et de séductions réciproques. Faisant quasi voeux de chasteté par esprit de pureté pour elle, je vivais comme un moine travaillé durement par sa libido.

Mon grand amour, mon pays d'Einamour, c'est-à-dire Roumanie écrit à l'envers, semblait toute excitée à l'idée de sortir avec un écrivain-journaliste, comme elle disait à ses copines, un type qui réfléchit et qu'on lit, quoi. Fierté de fille qui tombe amoureuse de celui qui atteint un certain seuil de célébrité sortant de l'anonymat déprimant et pas du tout motivant pour une fille qui fait oeuvre de grande beauté physique et spirituelle dans l'enceinte des cabarets helvétiques ordinaires et sordides.

Nous avions donc nos jeux érotiques, nos rendez-vous furtifs, nos petits mots doux et d'espoir pour atteindre ce bonheur prévu à terme qui nous était forcément promis. Mais la vie ne cesse de rappeler à celles et ceux épris de liberté que la liberté se paie justement très chère.

Les années passèrent faites de ruptures ressemblant à des coups de grisous dans une mine de charbon puis de réconciliations foudroyantes et formidables. A force de manquer nos rendez-vous glorieux avec la presse, le temps nous signifiait que nous ne sortirions pas aussi facilement de l'anonymat. Avec le temps, j'avais aussi appris à tromper mon ennui amoureux avec des belles aussi vite présentes que passées sous d'autres cieux. Par une sorte de dépit et de vengeance, ma belle d'Einamour exigea toujours plus de moi sans pour autant en faire de même pour moi. Elle se moquait parfois cruellement de mes mots, de mes soupirs, de mes désirs foireux qui ressemblaient tous à autant de mirages. Elle me fit même un foutage de gueule en règle quand on parla enfin d'enfants. Nous étions assis un soir de début juillet sur une terrasse devant un verre de rosé pour lequel elle avait daigné pour la première fois sortir le porte-monnaie, juste avant de faire une dernière fois l'amour avant son départ. Il n'a pas neigé cette nuit-là. L'atmosphère était trop lourde de regrets. Mais je reçus néanmoins sa grêle sur la tête: « T'es capable de faire des enfants, toi? » me dit-elle de son ton ironique. Devant mon air vexé, elle se permit d'ajouter avec un demi-sourire: « Je veux dire d'entretenir et d'offrir une vie à tes enfants? ». Je me tus. Elle soupira. Je lui pardonnais à peu près tout et lui donnais à peu près raison sur tout.

Ainsi nous sommes arrivés après cinq ans de rêve et d'illusions avortées à ce début d'été 2009. Comme d'habitude, Einamour est rentrée seule chez elle pour ses grandes vacances annuelles. Impossible, une fois de plus, de s'offrir une seule petite semaine ensemble sur une plage de sable fin ou en villégiature dans son si beau pays. Il fallait du pognon. Toujours du pognon pour son train de vie rêvée à la Souchon: « dans la nuit des éclairs bleus lâchés par notre locomotive idéale, par le jeu compliqué de ses talons-aiguilles de métal, jambes élancées, fesses envolées, échappées solitaires organisées, notre Compagnie internationale des wagons-lits a déraillé ». Ce n'est pas le texte exact mais ça y ressemble quand même un peu.

Elle, ma comtesse des bordels, elle pensera toujours comme une montgolfière, que tout s'arrangera toujours pour nous et que même si cela ne s'arrange jamais, je resterai son comte d'amour, son homme providentiel, son champion compétitif adoré demandant peu et offrant ses marathons d'amour avec lit de champagne, cadeaux suspendus au plafond par la grâce d'un Père Noël mensuel qui puise dans sa botte magique le budget incompressible après déduction des pensions et des charges.

Le règne des princesses modernes qui ont appris la vie dans les feuilletons télévisés des riches familles de top-model et à travers les films pornos de toutes les petites Paris Hilton de la planète. Quant aux êtres qui n'arrivent plus relier leur réalité minable à la riche réalité sanguinolente ou pipolesque du monde, ils se rabattront sur Lost et ses îles aux mystères bucoliques.

C'est la rançon de l'amour. Quand tu tomberas sous les charmes d'une princesse de l'Est, mon frère en humanité, n'oublie jamais qu'elle t'estimera à ta capacité de t'enrichir ou non. Tout le reste n'est que baratin d'église et prêchi-prêcha sentimentaux pour petites filles helvétiques sorties des livres de Mme la Comtesse de Ségur. La bibliothèque rose des demoiselles de l'Est ressemble davantage à un PMU avec sa ronde aux étalons chères à nos parlementaires fédéraux. Pour devenir l'élu définitif de leur coeur, il faut avoir gagné le gros lot à l'Euromillion ou exercé profession de banquier, ou alors, plus affolant et criminel encore, braqueur de banques. Ô fumées vaticanesques, pourquoi Dieu ne m'offre-t-il que du broyage de noir depuis des lustres? Je ne serai jamais le papa de son enfant.

Soleil et canicule m'ont frappé d'un éclair de lucidité, ce matin. Le système bancaire suisse est sauvé. Quelle bonne nouvelle pour la Suisse!

 

 

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« Dans ma bulle idéale, je t'aime mon Comte Dracula »

 

P.S, Si un jour vous croisez un suicidé vivant, chères lectrices, chers lecteurs, offrez-lui un sourire réprobateur. Ce sera le terrible Comte de Dracula, spécialiste en pieux et dévoreur cruel de coeurs féminins.

 

 

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« Un pacha seul dans son hamac et sans ses amours

c'est comme un chameau qui devrait vivre sans eau et sans électricité »

 

 

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