07/09/2009

Un trop gros malentendu

Il y a eu l'aller-retour à Tripoli de notre Président qui devait être le voyage de la liberté pour nos otages. On a entendu: « Bravo Mr Merz. Lui au moins fait bouger le dossier libyen ». Dans les milieux libéraux, tout le monde, ou presque, applaudissait sa démarche. Mr Merz, Tell soeur Ane, a attendu avec angoisse la date butoir du 1er septembre pour échapper au piège de l'ogre Kadhafi. Tellement angoissé qu'il a créé un buzz désespéré et un bluff désespérant de vide diplomatique. Il a fait envoyer l'avion de la Confédération. Et on a tous entendu en notre coeur: « Il l'a fait! » Champion notre Président, comme quand il était parti à l'Est chercher un artiste.

Ensuite, l'avion est resté trois jours sur un terrain militaire avant de revenir avec les valises des otages. On a entendu: « L'avion n'est pas revenu à vide. Nous avons les bagages. Mais les Libyens veulent que les deux Suisses reviennent par vol de ligne ». On a attendu, Tell le Petit Prince, le vol de ligne. Ils ne sont jamais revenus. Là, nous Suisses, nous avons vraiment mal entendu. Notre Président si courageux qui avait d'abord promis de retourner les chercher au cas où... n'est jamais reparti. Pire. Il n'a rien exigé, jamais tapé le poing sur la table, rien dit à Kadhafi, pas même revendiqué un rendez-vous urgent avec lui. Rien. Nada.

Le dossier est reparti aux affaires étrangères. Et là, nous avons vraiment compris que nos deux otages n'avaient jamais été le but essentiel de notre Président lors de son voyage. Oui. Vous avez bien entendu: « Premièrement, mon rôle était de rétablir les relations économiques avec la Libye. Deuxièmement, c'était de trouver une solution à la liberté de mouvements de nos deux ressortissants. » Paroles de notre Président.

« Deuxièmement ». Les Libyens ont mal entendu notre Président. Ils avaient aussi compris, comme le peuple suisse, que le but premier du voyage du Président suisse était de voir les deux Suisses pouvoir sortir de Libye. Mais encore une fois, comme les Européens, les Suisses ont parlé économie, échanges juteux de contrats commerciaux, et accessoirement droits humains et liberté des otages.

Alors les Libyens y ont vu un gros malentendu. Pourquoi Hannibal et son épouse avaient été pris à parti à Genève alors que les Européens achètent tout avec l'argent. Ils suffisaient que la police accepte quelques milliers de francs de la main des Kadhafi à la chambre de son hôtel et tout rentrait dans l'ordre. Eux repartaient sans dommage. Et les domestiques restaient tranquilles dans la patrie des droits humains.

Vous avez compris le gros, l'énorme malentendu, Monsieur Merz?

 

 

08:54 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |

Commentaires

"Mais encore une fois, comme les Européens, les Suisses ont parlé économie, échanges juteux de contrats commerciaux, et accessoirement droits humains et liberté des otages."
C'est le point sur le i! Rappelée en Suisse après 34 ans en Afrique, tel fut le choc qui n'en finit pas: dans toutes les rencontres y compris dans les groupes d'église il était (et est encore si souvent) prioritairement question d'argent, et, s'il restait, et reste du temps, de ce qui concernait, et concerne, la lutte pour la justice! Qui est aussi question d'économie mais quid de partage concret et pas d'aumônes!!? Mais le "grave malentendu", ses conséquences, y compris l'humiliation nationale, peuvent nous aider à réfléchir à partir de l'Histoire des uns et des autres pour confronter notre réalité et sortir de ce bourbier, plus humains.

Écrit par : cmj | 07/09/2009

"Mais encore une fois, comme les Européens, les Suisses ont parlé économie, échanges juteux de contrats commerciaux, et accessoirement droits humains et liberté des otages."
C'est le point sur le i! Rappelée en Suisse après 34 ans en Afrique, tel fut le choc qui n'en finit pas: dans toutes les rencontres y compris dans les groupes d'église il était (et est encore si souvent) prioritairement question d'argent, et, s'il restait, et reste du temps, de ce qui concernait, et concerne, la lutte pour la justice! Qui est aussi question d'économie mais quid de partage concret et pas d'aumônes!!? Mais le "grave malentendu", ses conséquences, y compris l'humiliation nationale, peuvent nous aider à réfléchir à partir de l'Histoire des uns et des autres pour confronter notre réalité et sortir de ce bourbier, plus humains.

Écrit par : cmj | 07/09/2009

Sorry pour ce double click.Mais je me permets d'ajouter:
du lieu ou je me reposais, j'ai pu suivre le déroulement de l'affaire Al Jazeera English sur les chaînes BBC, et Al Jazeera English , là aussi, il avait eu promesse de rester discret quant à l'arrivée à Tripoli de Al Jazeera English . Arrivée triomphale télévisée. Réaction de la BBC sur place et en UK: choqués, dégoûtés! Là aussi, il y a "l'énorme malentendu" honteusement dissimulé mais nul n'est dupe quand on montre Gordon Brown, Tony Blair et d'autres embrassant et se laissant embrasser par Kaddafi ... affaire d'amour économique! N'y avait-il pas un délégué du Vatican au 40 ans de règne du chef de la Lybie? A-t-il parlé des droits humains?

Écrit par : cmj | 07/09/2009

Bravo pour l'article si bien écrit. Bravo aussi pour les commentaires de cmj.
Quant à moi, je suis dégoûtée de l'attitude des pontes de notre économie qui veulent maintenant se dédouaner en faisant semblant de ne pas avoir besoin de la politique. C'est tout juste, quand on les entend, si M. Merz ne les a pas trahis en se rendant à Tripoli. MM. Bührer, Mirabaud et consorts deviennent de plus en plus lamentables. En ce qui concerne le rôle d'ABB, qui laisse goger son employé dans le bourbier libyen et continue ses petites affaires par filiales étrangères interposées, qu'en dire ? C'est de la trahison pure et simple envers son personnel.
C'est comme les reproches qu'on fait maintenant à M. Ziegler d'être ou d'avoir été omniprésent dans les médias. Je ne suis pas une fan de ce Monsieur, mais sacré nom d'une pipe ! Est-ce qu'il a forcé la porte des rédactions de la presse écrite et audiovisuelle ou bien a-t-il été sollicité hors de toute mesure par des journalistes en mal de scoop ? Je penche plutôt pour la seconde proposition et je regrette l'hypocrisie générale à ce sujet.

Écrit par : gamine | 07/09/2009

Veuillez m'excuser de cette erreur dans le 2ème commentaire! Il s'agit de l'affaire Abdelbaset Ali al-Megrahi que Kenny MacAskill, secrétaire de la Justice écossaise a "libéré" "par compassion pour qu'il puisse mourir (de cancer) en Lybie, son pays. Le désastre de Lockerbie et les 240 victimes pèse moins que ce qu'on ne dit pas! Et dont Blair et Brown se lavent les mains!
J'ai pu suivre le déroulement sur les chaînes TV mentionnées plus haut. Il y avait eu la promesse de discrétion au landing de Tripoli. Ce fut le show télévisé de l'accueil!!! et le bafouillage des autorités britanniques. Nul n'est dupe. Pardon de l'erreur!

Écrit par : cmj | 07/09/2009

Nous vivons dans un monde de l'illusion médiatique et du marketing. Hors, comme tout mensonge, croire en un produit, accepter d'avaler les yeux fermés ce qu'on nous vend grâce à des instituts scientifiques renommés qui instrumentalisent pour arriver à faire de produits inutiles, voir dangereux pour la santé, des produits miracles (écoutez Histoire vivante de cette semaine) ou ce que l'on comprend du monde (voir dimanche prochain sur TSR2 "Les sacrifiés du World Trade Center, ces simples citoyens héroïques qui ont déblayé les gravats de la catastrophe et qui, aujourd'hui sont abandonnés, seuls, sans ressources, et qui vont mourir d'une maladie directement liée à leurs activités bénévoles sur les lieux du drame) nous dégoûtent tout simplement de notre système soit disant démocratique et transparent. Tout reste à faire. Rien n'est jamais définitif. Mais il est vrai que parfois, on a envie de se trouver une petite chérie très amoureuse de vous, de l'emmener sur une île, de fonder une famille, et de refaire le monde dans notre coin nature. Rêve romantique du bon sauvage à la Jean-Jacques Rousseau...

Écrit par : pachakmac | 07/09/2009

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