30/09/2009

Samantha Geimer, le courage d'exister

Samantha Geimer a 45 ans aujourd'hui, l'âge de son violeur de l'époque. En 2003, dans les colonnes du Los Angeles Times, elle s'exprimait avec des mots simples sur la situation de Roman Polanski. Extraits trouvés dans Le Temps:

 

  • Il a fait quelque chose de terrible. Mais le battage autour de cette affaire m'a tellement traumatisé que ce que Polanski m'a fait me semble moindre en comparaison.

  • J'espère que je n'aurai plus jamais à reparler de cette histoire. Parfois j'ai l'impression que nous avons été condamnés tous les deux à perpétuité. Les gens ne savent pas à quel point nous avons été injustement traités par la presse. Comme un autre viol!

  • Aujourd'hui, je suis très heureuse de ma vie. J'ai un mari et trois fils. Je vis dans un bel endroit et aime mon métier. Que pourrais-je demander de plus? Personne ne doit s'inquiéter pour moi.


 

Alors je pose ces questions à la presse: Saurez-vous rester digne lors du procès de Mr Polanski en ménageant et la victime et le bourreau tout en appuyant le point de vue de la victime qui souhaitait que Mr Polanski résolve ses problèmes avec la justice? Saurez-vous prendre du recul sur la vindicte populaire des extrémistes qui demanderont une très lourde peine envers l'accusé? Saurez-vous défendre l'oeuvre du cinéaste tout en sachant que sans sa fuite, cette oeuvre n'aurait jamais existé?

Et je pose cette autre question au juge, voir au jury, de Mr Polanski. Saurez-vous apprécier à sa juste valeur une personnalité hors du commun qui a occupé sa vie, ses heures de travail à créer un monument du cinéma plutôt qu'à traîner sa dégaine dans des zones illicites à vivre de la mafia et du crime organisé? Un abuseur de jeune fille, d'où qu'il provienne, est certes coupable du même délit. Mais il y a ceux qui n'ont aucun remord et qui sont susceptibles de récidiver sans arrêt et les autres qui à travers leurs créations expriment des sentiments humains, des choix d'existence, des libertés que seules l'art permet d'entrevoir pour les générations présentes et futures. Alors, il y a une sacrée différence d'appréciation entre ces deux situations: l'odeur des égouts et le goût d'un crachat perpétuel sur la vie chez le premier fugitif; une valeur de rachat, une beauté recherchée, une humanité sublimée chez le second. Un couteau barbare qui lacère la vie chez le premier; un pinceau cultivé qui tente de racheter ses égarements chez le second.

C'est toute ma différence, ma préférence à moi. (pensez à la chanson de Julien Clerc). Croire à l'Amour, c'est la leçon numéro 1 que Roman Polanski nous dessine à travers son oeuvre. Croire à la Justice des hommes sera sa leçon numéro 2... Et sa leçon numéro 3 sera de prouver au monde entier que l'immunité et l'impunité en matière de viol n'existe plus dans les pays démocratiques!

 

 

 

 

 

 

 

 

Excentricités d'artistes, tout n'est pas permis

« Il est interdit d'interdire ». Ce mot d'ordre stupide de Mai 68 continue de semer la zizanie dans les consciences d'aujourd'hui.

Le milieu artistique, du moins certaines célébrités féminines comme masculine, ont tranché définitivement pour le « camp Polanski ». On n'arrête pas un génie pour une affaire vieille de trente ans, une affaire qui, semblent vouloir dire les stars, ne reflétait que les excès de l'époque. « Sex, drug, and rock'n'roll » clamaient les hippies. Et tant pis si dans l'histoire, de trop jeunes filles et garçons passaient à la casserole des fantasmes de personnages plus âgés qui profitaient de la permissivité de l'époque. Rappelons-le ici. La fille avait 13 ans, son violeur 45 ans.

Alors on ne va pas faire encore une fois le procès de cette époque, mon époque d'adolescence. On va s'intéresser au « cas Polanski » puisque son arrestation nous met devant l'obligation de revisiter ce passé douloureux. Il est temps pour les cercles d'artistes et d'amis qui ont pris sa défense de le soutenir sur un terrain convenable: celui de sa situation psychologique personnelle à l'époque des faits. On ne peut pas continuer à tenir le discours que certains viols doivent rester sans jugement alors que d'autres doivent absolument être dénoncés et punis. Cette réaction stupéfiante que nous avons eu au moment de l'arrêt du cinéaste est due à notre admiration pour son oeuvre et le respect immense que nous portons à un homme qui a eu une vie difficile, qui a su prendre le bon tournant, qui a connu une carrière colossale d'artiste,... et qui est marié, père de deux enfants. Il a cependant été arrêté pour une chose qu'il a vraiment fait, nous ne pouvons pas l'absoudre pour ce crime-là. Nous pouvons juste l'aider à s'en sortir le mieux possible face à une justice américaine qui n'a pas toujours eu « le doigté » nécessaire, ce doigté désormais cher à Mme Calmy-Rey.

Chers artistes, cher milieu de la culture, pouvez-vous comprendre que le peuple, les anonymes, n'ont jamais, même après trente ans, le soutien de tout un clan quand ils ont commis une petite ou grosse bêtise? Pouvez-vous imaginer que votre position vous éloigne encore d'eux, que leur méfiance va encore s'accroître devant un « Star System » qui les a abandonnés à leurs soucis et problèmes quotidiens? Pouvez-vous comprendre que si Roman Polanski refuse son extradition jusqu'au bout, il passera pour un lâche qui ne veut pas assumer ses actes? Et que si l'Amérique le punit sévèrement personne n'aura envie de se lever pour lui parmi le peuple et les médias qui ont déjà choisi leur camp: celui du droit et de la justice identique pour tous.

Monsieur Polanski, je ne vous abandonnerai pas aux mains de la justice américaine. Et je ferai ce que toute personne douée de conscience devra faire pour vous si elle prend le soin de défendre une personne aux qualités de coeur et artistiques aussi grandes que les vôtres: vous défendre sur le terrain de votre intimité et de votre douleur.

Bonnes salutations à vous, Monsieur Polanski. La réflexion est la meilleure des intelligences.

 

 

 

 

 

29/09/2009

Sharon Tate, source du chagrin Polanski

« Après pareil malheur, certains choisissent le couvent, d'autres vont au bordel. Chacun sa façon. »

Roman Polanski, quelques temps après le meurtre de son épouse.

« Ghost », le prochain film du réalisateur va frapper et hanter les esprits. Ce monde ne comprend pas les conséquences de traumatismes subies par les artistes. Ce monde est autiste et ne veut rien savoir.

A propos de faire face à ses responsabilités, on peut se tourner du côté de la Suisse et de ce qui est arrivé à certaines personnes dans les années 70, Monsieur Darbellay. L'émission de la TSR « Mise au Point » de dimanche dernier a soulevé un lièvre assez énorme. Celui des « Arrêts administratifs », une mise en prison automatiques de personnes déclarées irresponsables sur simple dénonciation de leurs proches parents. Des personnes rebelles au système. Des personnes dans la mouvance de Mai 68. Des femmes libres, surtout. Des femmes avec bébé qui, pour certaines, n'ont jamais retrouvé leur enfant, et pour les autres l'ont retrouvé bien plus tard.

Cet acte manqué de la Suisse officielle, c'était dans les années 70, les années Polanski et son drame. Incognito, des jeunes filles et jeunes gens disparaissaient de leur domicile pour se retrouver en tôle comme des criminels. On peut parler là de méthode de Gestapo. Où quand une Révolution libertaire fait peur à la bourgeoisie bien-pensante.

Et aujourd'hui? Qui n'assure pas forcément ses responsabilités? L'artiste en général ou un certain milieu politico-médiatique qui a pris ses distances avec un dénommé Dracula, maître et seigneur du Royaume des Ombres?

Je vous laisse à votre méditation, chers blogueurs. Roman Polanski skiait jusqu'à épuisement dans la station de Gstaad. Cela fait des années que je surfe sur mon clavier en attendant que l'on me dise ce qui s'est vraiment passé dans les années 1995, quelles sont les personnes qui ont fermé les portes à un horrible vampire ne sachant pas dissimuler une partie de sa vie pas très reluisante mais justifiable par des conditions sociales désastreuses où personne ne semblait s'inquiéter de la précarité d'une famille suisse en danger malgré les démarches faites auprès des services sociaux.

On choisit son parcours de vie. On ne choisit pas les décisions administratives qui mènent des individus à faire des choix délicats pouvant amener des désastres familiaux.

 

P.S. L'avocat Christophe Piguet pense que Polanski doit accepter maintenant l'extradition. Je le pense aussi. C'est une question d'honneur pour Polanski et sa famille. Dans les circonstances actuelles, un jugement sévère serait au détriment de l'Amérique. Lui proposer un travail d'intérêt général, comme le préconise Mr Piguet, pourquoi pas? Mais il produit déjà depuis si longtemps un travail d'intérêt général, que je me demande s'il ne serait pas mieux de le laisser tout simplement en liberté pour continuer son travail d'artiste...

 

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Une folie érotique

peut mener à une grande création artistique

 

En long et en large,

de nombreux fantômes visites ce site.

Et si Halloween transformait les citrouilles en carosse

pour toi, ma petite chérie?

 

17:08 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Polanski, Hollywood Avenue

La loi, c'est la loi. Et comme elle n'est pas la même partout, qu'elle n'est pas forcément égale pour tous (franchement Ospel et Cie n'ont-ils pas commis un gros crime financier qui a du même coup jeté indirectement des millions de gens dans la précarité voir la pauvreté durable?), la Suisse aurait pu, par Nicholas Bideau patron de la culture, écrire à Monsieur Polanski pour lui dire de ne plus jamais venir en Suisse.

 

Personne n'avait envie de se salir les mains pour lui? C'est possible. Le crime commis à l'époque par cet homme ne donne pas nécessairement le courage à se risquer dans une démarche officieuse qui aurait pu devenir publique par une fuite journalistique ou autres.

Mais alors, ne peut-on derrière la victime du viol, pardonnez à cet homme? Suspecte cette soif de justice après 32 ans; suspect le fait que personne n'ait pu l'arrêter avant. Nos polices et Interpol sont-elles si inefficaces? Ou bien faut-il y voir un signe de répression supplémentaire? Un exemple pour dénoncer encore une fois les années 68? Et rendre du coup aux conservateurs toute leur hargne coutumière pour détruire les derniers restes d'une époque libératrice?

Les chiens mangent dans la gamelle du chat.

La notoriété de Polanski l'aurait-elle protégé pendant toute ces années? Mais soudain, elle ne servirait plus de bouclier à cet homme? Je n'y crois pas un instant. Il n'y a pas de hasard dans cette arrestation. Il y a un deal psychologique entre la Suisse et l'Amérique à cause de l'affaire UBS. Et au lieu de voir Ospel extradé en Amérique pour y être jugé, y a-t-on préféré expédier un artiste européen purger sa peine des dizaines d'années plus tard?

Du même coup, on fait encore une fois le procès de Mai 68, le procès de la Culture (l'arrestation à Zurich en pleine remise de prix est un affront aux artistes qui étaient tous au courant du lourd passé de Polanski), et on oublie de faire le procès des années folles de la finance et du cynisme.

Maintenant qu'il est trop tard, acceptez l'extradition, Mr Polanski. Ayez le courage d'affronter la justice américaine et examinons tous comment vous allez y être traité. Les artistes européens feront alors un ramdam du diable si on vous jette pour des années et des années dans une cellule. Les êtres libres n'ont pas à laisser les courants conservateurs exercés leur répression et leur intimidation sur les mouvements culturels.

 

 

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Ceci n'est pas un viol

 

 

 

 

08:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (14)

28/09/2009

Les limites de l'imprescriptibilité

L'arrestation de Roman Polanski montre à quel point un crime resté totalement impuni ou partiellement impuni durant des dizaines d'années peut provoquer des émotions contrastées auprès de la population.

Un viol est un viol. Et en plus commis sur une gamine de 13 ans aggrave encore le cas. Je n'excuse pas l'acte abject de Polanski même si la demoiselle en question de l'époque a peut-être joué avec le feu de son adolescence naissante. Mr Polanski devait se rendre compte jusqu'où la gamine voulait jouer avec lui et où elle ne voulait absolument pas aller. Il n'a pas su s'arrêter. Il devait être puni pour ça.

Maintenant arrêter ce cinéaste 32 ans après les faits, et après le pardon de la victime qui semble ne pas avoir subi de séquelles psychologiques de cet instant d'oubli de son photographe, me semble totalement déplacé. Monsieur Polanski a-t-il récidivé avec d'autres jeunes filles? A-t-il violenté de nombreuses femmes dans sa vie? Est-il ce monstre pédophile que certaines âmes bien-pensantes désignent d'office? Apporter les preuves de sa monstruosité et j'accepterai le verdict du juge.

Par contre, juger un homme sur son passé révolu, et je le souligne après que sa victime ait pardonné, après plus de trente ans de vie consacrées à la création cinématographique, me paraît aussi sauvage et violent que l'acte sexuel lui-même commis sur cette jeune fille.

On peut amener Mr Polanski devant les juges. C'est inscrit dans notre code civil. C'est la loi. Mais parfois la loi n'est ni réparatrice ni bénéfique aux principaux concernés. Le silence vaut parfois mille fois le jugement humain après tant de temps écoulé. Si la victime serait en demande de jugement, ce serait très différent. Ce n'est pas le cas. Je suis donc en faveur de la libération de Mr Polanski quelque soit les arguments bétonnés dans les consciences des gens qui veulent à tout prix le voir condamner et derrière les murs d'une prison.

Je me joins à la pétition des artistes romands.

Jean-Marie Gumy

 

 

 

 

 

 

 

16:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (6)