24/01/2010

L'ardoise, derniers mots, sons, images de Djerba

 

« Le problème, c'est que les autorités ne sauront jamais que ces gens sont morts, car elles ne savent même pas si vous êtes vivants ». Rony Dalusna, jeune Haïtien.

Au moment de quitter Djerba, quelques derniers clichés fait à la sauvette dans le hall de l'hôtel pour ne pas oublier cette semaine exceptionnelle. Pour ne pas oublier la vie belle avant le retour à une misère relative toute helvétique.

Le coup parfait, une rencontre entre Muammar Kadhafi et Pacha K Mac, n'a pas réussi. La barre était placée bien trop haut. Mais aller savoir si finalement une rencontre virtuelle à travers la blogosphère n'a pas réellement eu lieu? Ne dit-on pas que la meilleur diplomatie est d'abord celle de l'art du secret?

Au moment de quitter Djerba, je laisse des personnes avec qui j'ai vécu des moments d'intenses fraternité et d'amour. Pas de cette fraternité de bazar qui sévit dans les stades de foot. Pas non plus de cet amour vite consommé à travers une relation sexuelle. Non. Une authentique et sincère fraternité, un amour en devenir qui grandit, qui tente une percée vers la sortie de ce gouffre que te signifie trop souvent la société quand tu as joué au con ou à l'inconséquent ou tout simplement quand tu t'es fait roulé dans la farine par plus profiteur que toi.

Je laisse en particulier trois femmes qui m'ont donné le goût de me battre encore et toujours, de me dire que même dans la faillite financière permanente, il suffit de montrer la vraie image de sa vraie valeur pour que les gens vous entourent et fassent preuve d'attention et d'amour à votre égard. L'image est à la fois terriblement saisissante d'angoisse et tellement savoureuse: tu possèdes le masque d'un presque SDF qui a su garder sa force psychologique pendant cinq ans, tu l'habilles de blanc, tu le laisses une semaine déambulé dans un hôtel pour riches et biens-portants, et tu assistes à un résultat extraordinaire. Le presque SDF prend le dessus, épate tout le monde, passe presque pour un prince, se fait diplomate pour une bonne cause qui dépasse même les plus avertis des fonctionnaires fédéraux, et devient le joujou des filles les plus séduisantes. Alors le masque d'infamie tombe pour faire place à la personnalité profonde de cet humain. Une personnalité qui rayonne mais dont l'humanité semble faire peu de cas dans l'ordinaire de sa situation économique réelle.

Alors société, tu n'auras pas ma peau. Alors gens de plume, vous qui avez fini par m'ignorer d'une main dédaigneuse en son temps, vous n'aurez pas le dernier mot sur la vie d'un homme qui a plongé dans le noir suite à votre soudaine absence incompréhensible devant cet homme qui se donnait avec conviction et coeur à travers ses écrits et ses images disparus. J'ai consacré tant de temps à l'observation du monde, j'ai tant négligé, jadis, mon épouse et ma famille pour me renseigner sur l'état du monde dans des conditions de travail qui étaient pourtant loin d'être faciles, et recevoir en retour ce « nada », ce silence mémorable de votre part a été une claque inimaginable pour moi, un quasi ordre de suicide immédiat. Je ne me suis pas suicidé. De justesse. Vous vous souvenez? Moi je m'en souviens. C'était à Noël 2004, exactement au moment du tsunami asiatique.

Voilà. Aujourd'hui, début janvier 2010, c'est une sorte de tsunami tout aussi calamiteux: Haïti qui souffre atrocement à la même période annuelle. Personnellement, ces cinq années passées entre deux tsunamis gigantesques, m'ont amené à considérer le monde avec moins de sérieux et plus de distance par rapport à un Occident qui aurait toujours raison et un Orient ou un Sud toujours tort. J'ai souffert de marginalité ici, j'ai senti le poids de la solitude ici. Ma dissidence, je ne l'ai pas pratiquée en Chine ou en Arabie Saoudite mais bien ici, en Suisse, pays démocratique et libre. Je n'ai pas connu les intimidations, ni la prison ou la torture, voir le meurtre. J'ai juste connu le rejet et le silence le plus sidéral. Ce n'est pas non plus, à proprement parler, très humain. Mais passons.

Madame le Maire de France, Nicole, les princesses Soumaya et Imen, le cheik Pacha K Mac vous envoient un dernier regard de ces moments inoubliables vécus hors du temps que sont les vacances pour les êtres humains du XXIème siècle. Le seul titre légitime décerné est celui de Madame le Maire parmi la bande du quatuor inferno, pour faire référence à un blog que j'aime bien. Les autres sont empruntés au conte des Mille et Une Nuits. A vous de savoir maintenant si un jour on reparlera de l'affaire K comme Kafka ou si à jamais on oubliera cette histoire de fou dans laquelle un être humain s'est de plus en plus marginalisé à la suite d'une simple affaire de littérature érotique et d'acteur à poil tournant dans un film porno amateur tourné sur le Bleu Léman... Et oui, le pacha dessinait ses fresques avec les filles légères mais le monde le prenait pour un affreux jojo aux frasques douteuses. Dire que toute cette aventure a pris racine un 6 décembre 1992 quand la Suisse a dit « oui » à un certain Christoph Blocher n'est pas un mensonge. Ils y avaient, à l'époque, ceux qui pavoisaient. Et ceux qui préparaient la résistance culturelle à l'enfermement d'un pays dans ses propres murs... Si ce que je fais aujourd'hui à quelque valeur pour mes lectrices et lecteurs, alors je n'aurai pas perdu mon temps, et surtout vous aurez appris à connaître quelqu'un qui aurait pu disparaître sans laisser de trace. C'est si facile d'effacer la mémoire d'un être humain. Il suffit de gommer son identité en jetant ses traces dans une simple poubelle de bureau...

 

 

 

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Sylvie et Pacha K Mac

Jeunes et plus beaux pour leur 31

 

 

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Sylvie et Pacha K Mac

Moins jeunes et plus sages pour leur 31

 

 

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Sylvie et Pacha K Mac

Plus Africains et moins Européens pour leur 31

 

 

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L'ardoise

 

Personne n'effacera jamais l'ardoise

d'un homme lors d'une fête villageoise.

 

Le bourgeois sait garder sa bourgeoise.

Le bourgeois rit, rote, et cherche des noises.

 

Un petit homme portait une lourde ardoise.

Des chiffres, mais aussi des histoires grivoises.

 

Le petit homme cherchait des mots framboises,

visibles au-delà de la forêt des bêtes gauloises.

 

Mais le monde autour de lui continue de boire et déboise.

Que veut encore et toujours ce drôle de type sans toise?

Il veut retrouver du soleil et de l'amour qui patoisent?

 

Qu'il aille se faire paître, lui et son ardoise!

Qu'il aille se faire foutre, lui et ses french cancanoises!

 

Sur le tableau noir de l'ardoise,

à côté des chiffres rouges framboises,

une fille du Maghreb dessine un coeur couleur turquoise,

et aussi des papillons et des fleurs qui se croisent.

 

Elle ne sait pas la pauvreté de l'homme qu'elle croise.

Elle imagine juste qu'un homme beau a plongé son âme turquoise

dans ses yeux brûlants envahis de cette eau carthaginoise.

 

Qui sauvera l'homme au regard turquoise

et lui permettra d'effacer son ardoise?

Qui permettra que s'épanouisse l'amour ardent

entre cette princesse d'Orient et ce cheik d'Occident?

 

Tremblement des coeurs

partout dans ce monde qui pleure.

Tremblement des coeurs

pour que mes frères, mes soeurs,

comme moi, comme toi, sortent de la douleur.

Tremblement des coeurs,

c'est elle qui a su toucher mon coeur.

 

« Mon mouton, je l'appellerai Mercredi,

lendemain de ce cataclysme à Haïti.

Dès que l'avion atterri, j'applaudis. »

 

Don't worry be happy

Du raï produit par le Laïco Djerba:

 

United Magreb

 

Les quatre cavaliers blancs de Djerba

(avec leur dose de noir)

 

 

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Nicole & Soumaya

 

 

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Soumaya et Pacha K Mac

 

 

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Soumaya, Princesse des Mille et Une Nuits


 

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Imen Omri, Princesse des Mille et Une Nuits

Pour nous deux, Imen Omri, cette chanson de Cheba Maria

 

You tube "Omri" Cheba Maria

 

 

"Omri" Cheba Maria

 

Merci pour cette semaine inoubliable.

C'était sans doute le Chant du Cygne

d'un homme qui n'aura pas droit à sa réhabilitation de son vivant.


 

 

 

 

16:57 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (3) |

Commentaires

(o_~)

Écrit par : Loredana | 25/01/2010

Coucou Loredana, votre discret petit clin-d'oeil me fait un bien fou (~_O). Mais faut carrément censurer votre regard sur les horreurs de la Guerre du Léman. Je rougirais tout net. J'm'appelle pas Rocco mais plutôt sirocco du désert et je sais que je suis un sacré coconuts. M'en voulez pas. J'ai besoin d'en rire car 1) cela m'a coûté peut-être une carrière à venir de journaliste 2) J'ai fait là-dessus connerie sur connerie avec mon ex, conneries qui nous ont conduit bien des années plus tard à un divorce dramatique. Avec le sexe, c'est comme avec l'alcool. Il faut savoir consommer avec modération pour éviter le delirium tremens qui peut suivre en cas de coma érotique succédant à une overdose kamasutresque... merci de ne pas me condamner sur un bûcher, chère Loredana.

Écrit par : pachakmac | 26/01/2010

Vous avez besoin de former des compétences sur un photoshop un peu, mais tout le reste est tout simplement génial.

Écrit par : travail domicile | 23/06/2011

Les commentaires sont fermés.