30/01/2010

Pour le Meilleur et pour le Per

Nous avons failli engager une jeune fille au pair, l'autre jour. Mais quand ma femme m'a dit qu'elle s'appelait Per, j'y ai renoncé. Vous vous imaginez, vous, avec une demoiselle au pair qui s'appelle Per? Moi, pas du tout. J'aurais l'impression d'avoir mon statut de père usurpé à chaque instant. Et puis, il y aurait trop de confusion des rôles. Mais voyons plutôt:

 

Ma femme dirait par exemple: « Bastien, demande à Per de t'aider à lacer tes chaussures » ou « Per, tu me relaves vite fait la vaisselle avant d'amener les gosses au jardin d'enfants » ou « Per, va vite m'acheter un kilo de pain pour la fondue ». Per par si, Per par la. Per partout. Je deviendrais un père esclave de mon image de marque préférée. Et encore le pire du Per, c'est quand ma femme parlerait vraiment de la relation de « père-jeune fille au pair ». J'aurais trop peur de commettre un impair. Mais voyez plus tôt: « Sonia, demande à ton père de venir prendre Pers au Mac Do à la sortie des cours, cet après-midi.  » Et Sonia qui répondrait à sa mère: « Je crois qu'elle saute le cours de langue aujourd'hui. Elle va direct au cours de crac-crac dance. Ce n'est pas nécessaire que papa fasse une passe dans le quartier de l'université ». ou, le pire de Per déclenché par ton gosse en forme de raz-de-marée pour belle-mère baudruchée: « Mais ton père, où c'est qu'il est fourré? » Et ton foutu gosse de déclencher un tsunami asiatique juste pour rire en mettant tous tes oeufs, donc seulement deux, dans le plat de panier à lessive maudit: « Il est avec Per à la lessiverie ». Et la mère de conclure: « Il faudra que je songe vraiment à remplacer Per. » Et le gosse d'en rajouter: « Mais pourquoi tu veux remplacer papa, maman? » Et la mère de s'énerver: « Parce que ton père tourne autour de Per ». Et l'aînée de la famille de lancer sa flèche mérovingienne avec son petit air narquois en direction de sa plantureuse mère. « Mmmh! Il est pervers comme tous les pères, papa. Fais gaffe, maman. Tu devrais mieux serrer la vis de Père ». Et la mère de n'y rien comprendre: « Non. C'est pas ça le vice de forme dans notre couple. Per est une très compétente jeune fille au pair. Mais elle a aussi un sacré châssis, si tu captes ce que je veux dire. Et ton père a besoin de repères sexuels bien définis pour comprendre où se trouve les réels intérêts de sa femme. J'ai pas envie de lui coller un GPS au cul avec carte géographique éclairante sur mon corps et ma voix langoureuse qui lui rappellerait que tourner à gauche à cent mètres, puis continuer tout droit jusqu'au prochain rond-point féminin indiqué par un point G lumineux, c'est aussi, pour sa gouverne en rade, faire un crash à cent à l'heure dans ses ténèbres maudits sans être secouru ni d'un pompier, ni d'une infirmière, ni d'une ambulance ». Là-dessus, tu verrais évidemment le père et la jeune fille au pair se pointer tout guilleret dans le salon et être pris à partie par le petit dernier qui aurait évidemment tout entendu de la discussion: « Papa, tu faisais quoi avec Per à la lessiverie? ». Le Père, pas totalement fou, mais presque, répondrait d'un ton sarkostique et aussi coupable que la main d'une miss prise dans le sac du Président français : «  Je relavais Per avec du Perwoll parce que c'est plus doux pour les pulls en laine de ta mère. Je suis toujours la fameuse devise de notre cher Président français à la lettre plutôt qu'à l'esprit: travailler plus, pour gagner plus. ». Et le gosse de répondre: «  Parce que maman dit qu'elle veut changer de Per ». Et le père de s'inquiéter: « On change pas de père, on change de mari, mon fils. C'est comme avec la banque. On change pas un hold.up qui marche, on change de cocu, mon fils ». Et l'enfant de couiner: « Mais non papa. T'as rien capter. Elle veut changer la jeune fille au pair! ». Et le père tout innocenté par son propre étonnement; « Ah bon? Une si bonne jeune fille au pair? C'est bien dommage. Il faut que j'en parle à ta mère. Parce que Per est une perle précieuse dans notre ménage. Et elle équilibre très bien le story board de notre petite famille ».

 

Un peu plus tard dans le conditionnel:

 

« Dis, chérie, paraît que tu veux virer Per. On peut savoir pourquoi c'délire? ». Madame, déjà fine énervée par la manière de parler de son mari, répondrait alors crânement: « Peuhh! Et toi, tu faisais ta politique du père avec cette minaude de Per dans la lessiverie? ». Et le père d'éclater de rire en gardant son sang-froid bouillonnant: « Ma parole! On dirait que t'es jalouse de Père chaque fois qu'il nous rend visite ». Et la mère, interloquée: « Mais qu'est que ton père vient foutre là-dedans? Fais pas exprès. Je te parle de Per avec toi dans la lessiverie. la petite perverse, la petite vipère qui te tourne autour comme un boa constricteur prête à te sucer tout cru ». Le père, de parfaite mauvaise foi chrétienne, renchérirait: « Mais chérie, t'es malade, t'as attrapé le mal de mer? Moi, m'intéresser à une gamine à peine sortie de son gymnase. Per aime juste discuter avec moi. Je suis un peu son second père, son secundos de père, quoi. Comprendos? ». La mère de plus en plus agacée: « Tu l'aurais pas des fois passé dans l'essoreuse, ta petite dévoreuse, qu'elle avait une drôle de coiffure en revenant à l'appart? » Le père d'éclater de rire: « Ah! Ah! Ah! J'aime pas les coiffeuses T'es trop fan de Recrosio, Madame la jalouse. » Et Madame d'en rajouter de rage: « Des fois, tu lui aurais pas mis du Per voll les cheveux, qu'ils étaient tout mouillé, espèce de gros pervers à lunettes sans luminescence et tout plein de benzène hydrocarburé par ton sous-sol enrichi des courbes magiques de la Belle-au-Bois givré. Tu remarques même pas que ton pipe-line se voit jusqu'à Bagdad, espèce de salaud ». Alors que la mer est au bord de la crise de nerf et que sa marée haute aux relents de petites crevettes ravage le coeur de la mère totalement brisée à marée basse, la grande bringue de fille de revenir à la charge: « Mais t'es complètement parano folle, maman. Papa n'a rien fait de mal. C'est Per qui l'a suivi à la lessiverie pour aller récupérer la lolette de Bastien qu'il avait laissé tomber ». La mère encore plus dingue de rage: « Choupa! Choupa! Ma fille. Tu connais encore rien aux hommes, toi. T'a pas vu les yeux de Per pour ton père? ». Et la fille de conclure de manière canonique: « La Trinité psychologique habituelle des couple, maman. Le Père, la Mère et la Sainte Per. Amen. Alleluia ».

 

A Per Amann, encore une dédicace qu'il va devoir subir sous le mille-feuille de son lit d'hôpital, le pôvre, et en souvenir de sacrées scènes de ménage en famille.

 

08:58 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) |

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