13/03/2010

T'en pète pour sortir, t'en rame pour rentrer

L'exil, à quelque part, ça sent toujours mauvais. D'abord tu pètes et tu produis des gaz chez toi. T'es à la rue, t'as pas de boulot, pas de copine fixe, pas de projet, pas d'histoire à raconter à part celle du miséreux que plus personne ne veut écouter car son CO2 fout le moral en bas en même temps qu'il donne une certaine atmosphère de puanteur dans la bulle des biens nantis.

Alors dans ta tête, ça trotte. T'imagine un paradis ailleurs loin de chez toi, histoire de reconstruire ton histoire sur autre chose que des sables mouvants dans lesquels tu t'enfonces jour après jour. Pour certains, cet ailleurs passe fatalement par le suicide. La pire des non-solutions puisque tu disparais à jamais des statistiques humaines... sauf dans celle de la catégorie « suicide ». Point final.

Alors tu te dis que puisque tu en chies, tu vas encore les faire chier là, les biens-pensants, avec tes histoires à la con. Et tu te construis ton petit théâtre de l'absurde. Et soudain, tout devient drôle. D'abord ta situation qui ressemble à celle du rat d' égout que t'appelle avec un certain dandisme « Rat de Goût » et qui raconte toutes les cochonnailles qui se déroulent dans les bas quartiers de la ville. Il en voit passer du beau monde qui vient fréquenter ces petites zones à fromage, le Rat de Goût. Du syndic de la ville en passant par Monsieur Truquemiche qui aime les grosses laitières en passant pas Mr Bourretonfric qui tringle les burqas des filles invisibles en mini-jupe et porte-jarretelles. Tiens, c'est très marrant ça. Elles sont à poil et pourtant sans aucune identité, plus invisible encore que la greluche qui se les gèle dans les montagnes afghanes avec son déguisement pour carnaval.

On n'invite pas aux mondanités la fille à poil qui se donne au bourgeois de peur de dézinguer le bourgeois gentil pas homme de sa bourgeoise. Une fille de la mondaine, l'homme la prend un peu comme sa poubelle de petites affaires personnelles pas très ragoûtantes. On en a bien besoin, mais plus elle est invisible et cachée sous l'évier, mieux la maison restera belle et propre. Tiens, Madame la Fidèle. Tu devrais visiter la poubelle de ton mari pour voir combien de latex y nagent à l'intérieur avec tous ces spermatozoïdes qui se sont éclatés en zone franche entre plusieurs aller-retour pour Bamako via Bucarest. Tu serais bien surprise d'y voir toutes les couleurs de peau ayant laisser leurs traces ADN. Pour ça, enfin disons-le clairement sans fausse pudeur exagérée, donc pour délit de cul, le bourgeois il n'est ni raciste ni regardant. Enfin presque. Il est très regardant sur la qualité « Barbie Bordel » de la chose et sur son prix. Une Black au rabais coûte évidemment moins chère que la Blonde. Il faut dire qu'une blonde s'est d'abord se vendre en négociant dur, ensuite seulement se donner. Alors que la Black donne d'abord et ensuite essaye de négocier le prix. Tout un art que de savoir se faire du pognon dans la vie. Les Blondes ont le gène de l'infidélité chevillé à leurs entrailles. Elles ne culpabilisent jamais. Alors que la Black...

Mais je parlais d'exil et de trouver un jour son paradis. Ben oui. T'as pas remarqué l'ami. On est en plein dans la politique de l'exil et de celle de l'asile quant on discute des quartiers chauds. Tu vois le sans-papier, le clandestin, l'émigré quoi, le vrai, celui qui ne fait jamais de politique dans son pays, comme 90% des gens de ton propre pays. Il n'a pas d'excuse valable pour quitter son pays. Il veut juste quitter l'enfer de la pauvreté pour trouver son paradis. Mais cela ne suffit pas comme explication. Le Suisse qui partait en Amérique du Sud le siècle passé connaissait, lui, l'explication. Et quand il arrive au paradis, eh bien comme les putes il doit rester invisible sous sa burqa. Il n'a pas le choix. Comme il doit se cacher illicitement, c'est un criminel pour nous. S'il ne se cache pas, c'est comme quand t'étais gosse et que ta copine de classe te dénichait derrière le chêne qui cachait toute la forêt. Cette copine qui te lançait froidement, avec son grand rire carnivore « T'as perdu Jean-Marie. J't'ai trouvé. Sors du jeu ».

L'exilé, comme il n'a pas le choix, il va voir le patron dès le premier jour de son arrivée. Et il lui dit: « Missié patron, j'ai besoin de boulot. J'ai pas de permis. Mais je suis un bon travailleur. J'ai de bons muscles et des dents blanches. Regarde patron ». Et le patron qui l'encule tout doucement là derrière son bureau en lui répondant: « Ecoute mon petit, je suis d'accord de prendre des risques pour toi. J'suis un humaniste moi. Mais tu sais bien que je risque gros à t'engager chez moi. Alors motus et bouche cousue sur ta situation. Tu commences aujourd'hui. C'est pas du gâteau. Je te paierai en fonction de tes capacités. On discute de ça à la fin du mois. Maintenant vas sur le chantier, Tu demandes Gilbert, le contre-maître. Il t'expliqueras ». Et le clandestin de s'exécuter, comme la Black, je te dis.

Pourvue qu'elle soit douce, chante Mylène. Oui, pourvue qu'elle soit douce chante Marine le Pen chez les Ch'tis. Et le Front National si fier de sa France a compris qu'en donnant des droits aux immigrés, des droits et des devoirs, on faisait d'eux nos égaux. Et ça, pas question que ces gens revendiquent chez nous, que ces gens vivent au paradis de la citoyenneté. Non. Jamais de cela. Car la France ne se transforme pas, la France doit rester la France. La France aux Français. Et toi, mon ami, mon amie, tu resteras pute et soumise. Tel est le message du Front National, Mesdames et Messieurs qui donnez votre vote à ces gens-là.

 

Seriez-vous pas des fois un peu maquereau de nature, Madame, Monsieur?

 

 

 

Commentaires

Pourquoi vouloir me déprimer tôt le matin?

Votre texte bien rédigé et pleins de compassion m'a emmené loin dans mon époque quand je n'étais qu'une adolescente, quand Michel Berger chantait:" je veux chanter pour ceux" j'ai mis le lien

http://www.youtube.com/watch?v=CgfIkiaFS-I

Écrit par : Fatima_la Franchise | 13/03/2010

Chère Fatima, ne déprimez pas. C'est exactement ce que veulent les gens mal intentionnés si heureux de nous voir malheureux à cause des problèmes humains et écologiques de cette Terre. Eux, c'est-à-dire les cyniques bouffent comme les dinosaures. Ils s'en fichent royalement de tout ça. Pire, ils en profitent un max. Alors le mieux, c'est de continuer à se battre en espérant qu'un jour cette race de dinosaures s'éteignent d'elle-même par manque d'adeptes. Il faut y croire tout simplement. Et c'est notre combat de tous les jours. A plus. Et merci pour le lien. Oui. J'adore cette chanson. Une des plus belles chansons au monde qui parle de l'exclusion et des souffrances de celle-ci. Ce n'est qu'une consolation devant la misère du monde. Mais c'est une consolation qui nous demande de nous lever tous les jours le combat vaillant dans le coeur pour créer les conditions d'un autre monde.

Écrit par : pachakmac | 13/03/2010

Les commentaires sont fermés.