14/03/2010

L'engagement, une histoire de sexe ou de divinité?

La polémique autour de l'engagement des artistes après la disparition de Jean Ferrat me permet de donner un avis sur la question.

Les artistes actuels n'ont plus vraiment envie de faire de l'engagement une affaire idéologique et même politique. Ils ont envie de nager en liberté, sans être partisan de la droite ou de la gauche. D'une certaine manière, ils sont piégés par le test de l'audimat qui demande du « formater » et du « consensuel ». Tout sauf de la revendication et des droits, tout sauf un combat pour un monde moins égoïste et meilleur tel que l'espérait un chanteur comme Jean Ferrat.

A titre individuel, je trouve déplorable que l'artiste n'a pas mieux à faire que du divertissement, divertissement que l'ont pourrait, si l'on voudrait être péjoratif, vite transformer en culture d'appauvrissement, d'acculturation, d'abrutissement, d'éradication du sens critique chez les jeunes oreilles des nouvelles générations. Soupçon d'imposture? Oui. Nous pouvons franchement poser cette question aux artistes. Il est absolument facile de dire que Ferrat tombait dans le premier degré et la naïveté. C'est tellement plus simple de croire cela. Hors, si on lit par exemple « Justine » de Sade, nous savons parfaitement que la naïveté de Justine la perd non qu'elle ne serait qu'une pauvre idiote inculte mais qu'elle a en face d'elle, opposée à sa façon candide et noble de voir le monde, un système du Mal axé sur le cynisme, la quête du plus grand plaisir possible, de la satisfaction la plus vile et méprisable. Justine ne perd pas à cause d'elle. Elle perd à cause des autres, de tous ceux et toutes celles qui veulent l'entraîner dans le Mal, abuser et profiter d'elle. Sade en fait la victime parfaite d'un régime froid et liberticide plutôt que libertaire et libertin.

Je crois que fuir l'engagement c'est être un peu lâche, un peu soumis au système, à ses lois, à ses faveurs sexuelles, à ses diktats économiques. Vendus? Peut-être pas. Mais d'une certaine manière corrompu, oui, beaucoup d'artistes le sont sûrement.

Nous pouvons pourtant marcher et rester debout dans le système sans lui marcher dessus et sans se faire marcher dessus. Et plus nous serons nombreux, plus nous serons respecter des cyniques. Nous pouvons dire nos douleurs, nos manques, nos frustrations, nos désirs de plus de justice sans passer pour un crédule, un crétin ou un idiot qui ne veut pas comprendre le système. S'engager divinement plutôt que s'engager sexuellement. Car notre époque, c'est évident pour moi, s'engage à fond sexuellement mais très peu spirituellement. Preuve en est le désir de baiser à outrance plutôt qu'aimer avec romance et engagement amoureux.

Voilà. C'est le point de vue d'un homme de 50 ans qui a fait le tour de la question tout au long de son existence. J'espère que le débat va s'engager. Car il est temps que les artistes se réveillent non seulement quand il y a un tremblement de terre ou un tsunami quelque part dans le monde mais aussi au quotidien de leur vie et de leurs expériences avec les gens du peuple...pour peu qu'ils côtoient encore, comme Jean Ferrat dans son petit village ardéchois, les gens simples, la Môme de Créteil, par exemple.

 

Comme le disait si bien Jean Ferrat. « J'écris des chansons politiques...mais avec elles, j'écris beaucoup de chansons d'amour. Les uns aiment plutôt mes textes engagés. Les autres aiment plutôt les poèmes d'amour ». On pourrait trouver aujourd'hui une nouvelle génération qui aiment à la fois les chansons politiques et les les chansons d'amour pour casser la pipe au cynisme ambiant...

Ambiance musicale... avec la double version très belle de « Gila » par le groupe Beach House avant d'écouter « Ma Môme ».

 

 

La seconde version du titre "Gila" est à regarder directement sur Y Tube

car l'intégration n'est plus possible sur un site. Merci.

 

21:17 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Non, Pachakmac, ce n'est pas les artistes, qui... C'est la propriété des diffuseurs (quel que soit l'art) sur la production, qui génèrent ce fait! Les artistes "engagé" dans tous les sens du terme, on leur ferme la gueule! La censure n'est pas de fait,elle est économique!

Écrit par : An-artiste | 15/03/2010

Bien d'accord avec vous, An-artiste. Les pressions sur les artistes sont très nombreuses. Ils n'ont entre-guillemets pas le choix. Mais tout de même, depuis l'avènement de l'Internet, nous les artistes avons quand même plus de facilité pour diffuser ce que nous obsède et nous bouffe les tripes. Bien sûr, nous sommes un peu comme les esclaves noirs qui chantaient jadis leurs blues dans les plantations de cannes à sucre sans rien gagner du point de vue économique pour nos chants d'espoir, de combat, et d'amour. Alors je comprends les artistes qui se donnent au système sans les condamner. J'aimerais juste qu'ils entament de temps en temps un chant de résistance maintenant qu'ils sont dans la place du château-fort. Un peu comme nous qui vivons à travers nos blogs nous coûtant beaucoup d'énergie, de temps, d'improvisation, de créations quasi instantanées, sans en recevoir les dividendes financières. Partager gratuitement les fruits de sa passion, n'est-ce pas le début de la solidarité communautaire?

Écrit par : pachakmac | 15/03/2010

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