14/04/2010

Docteur Saille et Mister Caille

 

Ils se sont condamnés à être deux épouvantails à moineaux. Il se chamaillent depuis quelques lustres de cristal comme deux enfants en ordre de bataille. L'un assaille, et se protège grâce à une valeureuse cotte de mailles médiatique. Car en matière de moutarde qui monte au nez, il n'y a que le filet de perche qui décaille et Maille qui maille pour préparer une sauce Julie bien piquante et brûlante. L'autre fait dans la nouvelle politique, à l'hydrogène liquide, comme d'autres font de la cuisine moléculaire sur leurs blogs caravansérails. Le deuxième a aussi inventé la politique de chambre comme d'autres font de la musique en chambre, histoire de rendre son lit conjugal plus gai et celui des autres plus enragé. Cela donne, réunit sous les mêmes draps journalistiques, une symphonie dédicacophonique postmoderniste un brin surréaliste. Ils faut ajouter qu'ils se chamaillent pour les passe-murailles, ces frontaliers qui passent la frontière en quête de travail.

Tous les deux travaillent durs et endurent du matin au soir pour leurs fans et leurs futures funérailles. Ils bataillent, ils assaillent, ils mitraillent, ils raillent et tentent de mettre en tenailles la défense de l'Autre, l'adversaire médiatique, le serpent corail à transformer en rocaille. Cela se passe comme à Versailles. Les belles soupirantes mettent leurs pieds en éventail, se vernissent les orteils, et attendent que l'un des deux adversaires déraille avant d'entrer en coulisse par le soupirail des artistes. Les mots féminins entrent alors en action, se bousculent et glissent vaille que vaille sur les solides pistons à coulisse. Les commentaires foireux et obscènes suivent obligatoirement la nuit de noce. Acides, amers, vantards, ou puant l'ail, ils surgissent des bouches embourgeoisées, installant leurs pensées mal assurée sur les entrailles mal entretenues d'une femme ventrue et de peu de vertu qui baille au lieu de jouir.

Chez eux, le temps des semailles s'est éloigné depuis fort longtemps. Il n' y a plus que la paille et la limaille de fer où le bétail quotidien vient se gratter la tête et les épaules en ne posant même plus de question. Les vaches laitières rentrées au bercail pour la traite, ou est-ce la retraite?, meuglent bruyamment sur le site de la Julie. Leurs tendres ouailles sont toute ouïe à leur prose mosaïque en vrac formant un orgueilleux vitrail lacté. Ils n'ont pas le trac mais font des trackback à tire-larigot sur la bouille de la blogosphère. Dans l' Eglise, ils se sont tous réunis pour la messe, et du haut de leur chaire, les grands dignitaires piaillent leurs discours. Les jeunesses baudelairiennes, absentes, se sont évanouies loin de cette nature en perpétuelles fiançailles. Reste la lisse gamelle des personnages, exagérément ombragées par des commentaires délirants encombrés de scories verbeuses. Les prêtres malades précipités dans la faille luciférienne demandent pitié et se tiennent à l'écart des nouveaux curés sacrés au nom de Saint Pascal et Saint Philippe. Les effluves vaticanesques ne sont hélas plus en odeur de sainteté.

Ils tirent encore de temps à autre de la belle grenaille pour corneilles. Mais leurs mots ne s'encanaillent plus du tout aux anses des Demoiselles Grailles qu'on sonne d'un simple appel des yeux pour s'envoyer en l'air. Leurs voyelles trop polissées plutôt que polissonnes ne produisent plus que le triste bruit dérangeant du ressort d'un vieux matelas garni de paille, usé et cassé par d'éprouvantes épousailles médiatiques. Ils ont besoin de tout un attirail impressionistes et d'artifices usuels, du viagra et des petites pilules bleues, pour garder la bonne taille et la tenue légendaire de leurs longues diatribes ennuyeuses afin d'assouvir de leurs galanterie passagère toute la galerie de lectrices et de lecteurs qui sautent dans leur lit français à baldaquin.

Prenez le rail vers leur ville médiévale. Alors vous les verrez encore régaler la piétaille populaire. Le MCG vous rendra grâce de leurs terribles représailles et on vous servira avec générosité une soupe popu à la cochonnaille. Préférez alors le chapon et les volailles des bas quartiers des Pâquis. Avec de telles victuailles au dîner, vous obtiendrez à coup sûr la médaille des coquins littéraires qui sont sortis des catacombes de Versailles pour ensemencer la vie de leurs nouvelles semailles.

 

23:58 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Cher pachakmac

Je viens de jeter un très petit coup d'oeil sur votre billet, mais faute de temps, je ne peux le lire jusqu'au bout, mais je me réjouis déjà de le faire à tête reposée dans deux heures de temps! Rien que le titre est prometteur! J'aimerai surtout connaitre un autre avis sur le débat politique qui les animent tous les deux car je n'y comprend pas grand chose!

A tout à l'heure donc et très bonne journée à vous.

Écrit par : zakia | 15/04/2010

Bienvenue en démocratie représentative, Zakia...

Écrit par : Rabbit | 15/04/2010

Cher pachakmac, je viens de vous lire et c'était un régal! J'aime le style enlevé de votre billet (c'est mon mari qui m'a soufflé ce mot, car je ne le connaissais qu'en arabe). Il l'a aussi apprécié d'ailleurs. Je me demande si nos deux messieurs l'ont lu et ce qu'ils en pensent. Décidément le monde politique n'est guère très tendre!

Bien à vous

Écrit par : zakia | 15/04/2010

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