29/06/2010

Le monde des montres pleure un monstre

 

Ceci n'est pas une montre. Le papa de la Swatch a cassé sa pipe. Nicolas Hayek, patriarche et pâtre grec avait réussi, par un miracle dont il a gardé le secret, à créer une arche temporale mondiale en faveur de la patrie helvétique.

Hier, notre grand capitaine industriel a quitté la temporalité pour rejoindre l'éternité. Mort debout, tel un révolutionnaire à l'inventivité permanente. Mort en sachant qu'il restera la personnalité horlogère mondiale des années 2000.

Si on peut tirer un parallèle entre Diego Maradona, le dieu du foot, et Nicolas Hayek, le dieu du temps, c'est la volonté et cette soif d'humanité qui n'ont jamais fini de circuler dans leurs veines. Je me souviens très bien d'avoir vu à la télévision cette image du Che suspendu au mur dans le bureau de Nicolas Hayek. Sur le moment, je n'avais pas compris. Comment un homme aussi riche que lui, grand patron de l'industrie, influente personnalité de l'économie, pouvait avoir Che Guevara, son cigare à la bouche, exposé dans son bureau?

J'ai alors pensé: récupération économique d'une image révolutionnaire. Puis, en l'écoutant bien, j'ai réalisé qu'en Suisse, certaines grandes personnalités pratiquaient la révolution permanente. Cet homme avait la trempe des faiseurs d'Histoire. Avec une petite montre en plastique, il a créé un monde fantastique, psychédélique, descendant tout droit de la culture pop de Mai 68. Oui. Nicolas Hayek était notre Révolutionnaire portant deux montres au poignet comme fusils mitrailleurs. Des dizaines de milliers d'employés de l'horlogerie suisse et mondiale lui sont reconnaissant. Sans lui, le bateau aurait coulé corps et biens.

Si la Suisse pratiquait l'honneur des canons à ses grandes figures décédées, nous entendrions de La Chaux-de-Fonds à Granges, de Bienne à Delémont, De Genève à Bâle, de Berne à Zurich, le bruit cassant et net des salves fendant l'air pour couvrir durant quelques secondes le son ravageur des vuvuzelas.

Chasselas, cervelas, vuvuzelas, Nicolas. Tandis que le premier retournait en Angleterre en vol première classe après les lourdes insultes criées à son coach; que le deuxième récoltait la piquette aigrelette de l'équipe de France; le troisième recevra sur sa tombe les magnolias que l'équipe de foot suisse n'a pas réussi à nous donner. Foudroyé d'une crise cardiaque au bureau, à son poste de Commandement, il s'en va le sentiment du travail bien fait et accompli. Et surtout heureux comme un gosse dans sa baignoire chantant Bécault ou Patachou, sa voix se répandant sur la RSR1 les matins de cette semaine! Décidément, cet homme au temps exact aura toujours vu et fait tout juste pour la Suisse.

Que la Suisse ne vous oublie pas et qu'elle sache puiser longtemps encore chez vous, le sens de la vision, le sens du business durable et responsable, l'aura d'une humanité qui se joue loin des boursicoteurs et des banquiers véreux et tout près de la nature humaine, profonde, réalisatrice de rêves et de bonheur.

Merci Monsieur Nicolas Hayek. Votre tombeau restera celui d'un héros national de l'industrie. Et si l'équipe de foot d'Espagne devient championne du monde, malgré l'Allemagne, le Brésil, et l'Argentine, c'est que les grands capitaines découvreurs d'Amérique se seront retrouvés au paradis.

 

 

 

08:06 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Bonjour cher Pacha

Ce matin, j'ai dit à mon mari que le monde arabe aurai bien besoin d'un Nicolas Hayek! Malheureusement, ce même monde n'offre aucune opportunité ni ne sait reconnaitre les compétences des gens comme lui. C'est un homme dont j'ai toujours admiré la générosité, la sensibilité, l'humilité et la simplicité. Sur le premier billet de "Josef", j'ai ajouté ce commentaire de Mr. Nicolas Hayek :

"Petit, vous avez été dans une école catholique. Avez-vous des convictions religieuses?
Au Liban, j’ai suivi l’école française chez les jésuites jusqu’à l’âge de 12 ans. Ensuite j’ai fait les deux baccalauréats français dans une université américaine, avec un professeur vaudois que j’adorais. Enfant, je croyais en Dieu, mais je me suis révolté, à l’âge de 12 ans. Comme beaucoup de jeunes, j’ai commencé à douter de l’existence de Dieu, car il n’y a aucune preuve. Plus tard, quand j’ai suivi mes études de mathématiques et physique, à l’Université de Lyon, je me suis aperçu de l’immensité de l’univers. Or malgré diverses théories, comme celle du big bang, il n’y a aucune explication ni pour la naissance de l’univers, ni pour celle de la plus petite molécule ou du plus petit quark. Alors, pour le moment, je crois de nouveau en Dieu. Il n’y a pas d’autre possibilité de comprendre la création de ce monde. "

http://www.bonnenouvelle.ch/201004281734/30-mai-2010/rencontre/jai-toujours-ete-un-serviteur-de-la-communaute.html

Son immense richesse, sa notoriété et son savoir ne l'ont pas rendu imbu de lui-même et gonflé d'orgueil tels beaucoup de personnes dans son cas. Au contraire : sa science et son savoir l'ont rapproché du Créateur! Il me fait penser à la parole divine

"[...] Et c'est ainsi que, de tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants Le Craignent véritablement. Dieu est certes, Puissant et Clément." Chapitre le Créateur, verset 28

J'aime les hommes comme lui. Que Dieu Tout-Puissant lui fasse miséricorde!

Merci pour ton billet et très bonne journée à toi.

Écrit par : zakia | 29/06/2010

Merci pour le billet. Toutes nos condoléances à la famille. Un homme qui a su nous rappeler quels sont les valeurs essentielles de notre pays et de l'Europe. Bon repos Monsieur Hayek. Mission accomplie.

Écrit par : Richard Golay | 29/06/2010

merci à vous deux. Je suis bouleversé par vos messages. Oui. Richard. Bien sûr. toutes nos pensées se dirigent vers sa femme et ses enfants. Zakia, les Suisses ont bp de peine à reconnaître leurs géants. Ils veulent rester petits et égaux entre eux. D'un côté, c'est très bien. De l'autre, c'est dommage. Nicolas Hayek avait un côté très rock'n'roll. Les pubs et les évènements sportifs label Swatch sont un must dans le monde du business. On y respire la liberté d'entreprendre, la joie de créer, le bonheur d'échanger le savoir et les richesses des femmes et des hommes au-delà de l'argent roi. C'était cela, tout cela, cet homme venu de Beyrouth qui possédait les armes et le charisme des grands chefs révolutionnaires. Mais lui, c'était pour la vie de tous les êtres humains. Et non pour la destruction d'une ethnie ou d'un pays sur un autre. Reconnaissance à un homme de paix, de prospérité, et de respect envers les êtres humains et la nature.

Écrit par : pachakmac | 29/06/2010

Ô que je suis...lourde now que...
Voir de-ci-dessus pleuvoir Pacha.

Je suis swatchée pour vous.
Bon et bien...
Bisou.
Complètement!
Vous m'êtes aussi cher que vous l'êtes pour tout c' que vous êtes.
Je sais... Ce que je dis.
Et... Sobrement.

Ok, Mac K.
Je m'entend avec vos sanglots crus de pas en pas de velours sanguins.

Écrit par : Cristal Gagnante | 29/06/2010

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