07/11/2010

Il voudrait s'endormir sur un lit de chanvre...

 

 

Bernard Rappaz va peut-être nous quitter prématurément. Son choix de mourir semble de la pure folie en regard du combat qu'il défend: la lutte pour la légalisation du chanvre et son refus de subir une peine de prison pour exploitation et vente de cannabis.

On ne va pas s'arrêter ici sur les motivations d'un homme qui a fait un choix plus que discutable. On va tenter de lire le message qu'il nous laisse. Un message non-dit mais qui suinte de par les commentaires politiques, judiciaires, journalistiques, et populaires.

A la question de savoir si il est juste de se laisser mourir pour une cause somme toute non-prioritaire, le philosophe répond:

« Libre-arbitre. Si Bernard Rappaz veut se suicider, libre à lui de choisir sa mort et nul n'est en droit de s'y opposer. »

L'homme d'Eglise réplique:

« Bernard Rappaz doit vivre. Dieu ne permet pas le suicide. Cet homme commet un péché mortel (pour être mortel, il l'est!) devant Dieu. »

La justice des hommes s'en mêle et se divise:

« Gavez cet homme! » vilipendent les uns. « Laissez-le mourir si tel est son choix » rétorquent avec courroux les autres.

Les médecins sont à la croisée de leur serment:

« Notre éthique nous interdit de ne pas tout faire pour sauver la vie d'un homme sain de corps. D'un autre côté, notre éthique nous interdit de forcer un homme sain d'esprit à s'alimenter s'il ne le désire pas. »

Cela nous rappelle le procès du Christ avec ses Ponce Pilate qui tentent déjà de se laver les mains en cas de disparition du citoyen Rappaz; et avec ses juges qui demandent au condamné:

« Si tu es le Fils de Dieu, démontre-nous ta puissance face à nous, tes Juges ». Jésus se tait. Il ne dit que cette phrase à son auditeur « c'est toi qui le dit ». Jésus meurt, selon les Evangiles. Mais coup de théâtre formidable des Révélations faites à Muhammad. C'est un autre homme qui aurait été confondu et pris pour Jésus. Jésus aurait été enlevé au Ciel par Dieu, sans crucifixion, selon le Coran. On se pose alors cette question cruciale. Si Jésus, si humain, a su qu'un autre homme était mort pour lui, qu'a-t-il fait? Jésus a-t-il suivi un jeûne définitif après cette mort injuste d'un innocent qui a payé à sa place. Jésus, devant cette terrible injustice, a-t-il demandé à Dieu de le reprendre auprès de Lui?

Revenons maintenant à Bernard Rappaz. A-t-il décidé d'un jeûne définitif suite à l'imperméabilité de la justice qui aurait condamné un innocent vendeur de chanvre à la prison? Car Bernard se trouve un peu comme Jésus dans le rôle d'un homme dans l'illégalité demandant pourtant une sorte de légitimité et une reconnaissance du pouvoir pour lui et ses disciples. Bernard commet le péché gravissime de se mettre au-dessus des lois humaines qui lui fait penser que sa faute n'est pas une faute, que le statut de producteur et vendeur de chanvre n'est pas plus illicite que la profession de viticulteur-envaveur, distributeur d'élixirs et de breuvages qui enivrent les corps et les esprits des foules. Bernard Rappaz condamne cette justice des homme pour sa partialité et son injustice commises envers lui. Il se montre plus puissant qu'eux. Quand le Juge lui demande: « Es-tu le producteur et revendeur de cannabis? » Bernard ne dit rien. Il ne se sent déjà plus comme un citoyen ordinaire mais comme un criminel dont personne ne veut ou ne peut reconnaître son statut « à part ». Ni les Eglises, ni les hommes de lois, ni les organisations des défenseurs des droits de l'homme prennent sa défense. Le coq a déjà chanté trois fois avant la mort de Bernard. Personne ne veut reconnaître le citoyen Rappaz comme prophète de la libéralisation du cannabis.

Mais Dieu, dans Sa miséricorde, a peut-être décidé qu'après ce jeûne définitif, Bernard devra revenir à la vie pour sa fille et les siens. Bernard n'est pas un saint. Son combat est un combat pour le droit à l'illicite consommation d'un produit dangereux, un droit illégitime à la toxicomanie. Bernard est un saint. Son combat pointe du doigt de Dieu les inégalités de traitement et les privilèges accordés à certaines pratiques euphorisantes légalisées au détriment d'autres, interdites. Il s'élève au-dessus des hommes pour une mauvaise cause. Mais il s'élève pour plus de justice équitable qui ne fait pas de simples chanvriers paysans des criminels tandis que les viticulteurs sont de bons citoyens bien intégrés et choyés.

Devant Dieu, il est en faute pour vente de produits appartenant aux tentations de Satan. Mais Dieu connaît son combat. S'il meurt, Dieu saura être juste pour cet homme en train de commettre l'injustice suprême envers lui-même.

En tant qu'être humain solidaire d'un papa prêt à mourir pour une cause injuste, j'ai envie d'écrire:

« Mets fin à ton infirmité, citoyen Rappaz! Lève-toi et marche vers ta fille, Bernard! »

En tant que Croyant, j'ai envie de dire à cet homme en détresse:

« Ouvre les yeux, ô toi mécréant! Lèves-toi et marche vers ta fille, Bernard! »

Et en tant que philosophe, j'ai envie de poser la question que j'aurais voulu poser à Socrate avant la prise de la cigüe:

« Pourquoi, toi être humain Bernard Rappaz, obéis-tu aux hommes plutôt que d'obéir au Commandement de Dieu qui te dit de Vivre. Vivre pour la Paix et l'Amour de ta fille et de ta famille ».

 

 

Merci à Soeur Claire-Marie et son blog Katutura

pour l'image ci-dessus

 

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