14/01/2011

Tunisie: l'Europe et la France désavouées

 

La fuite du Président Ben Ali est aussi le résultat de l'échec d'une politique européenne marchande de moins en moins tournée vers le respect des droits humains dans les pays des partenaires commerciaux..

Le constat fait très mal. Le silence des gouvernements, dont celui du Président Sarkosy, en dit très long sur l'embarras des directions nationales européennes. La Tunisie, ce soir, vit suspendue entre l'espoir de voir naître enfin une démocratie pluraliste et le désespoir de voir perdue l'ouverture d'une fenêtre vers la liberté après le départ en catastrophe de son Président.

Que va-t-il se passer dès cette nuit? Une prise de pouvoir par l'armée? Un régime militaire succédant à un régime civil corrompu? Une déstabilisation des structures? Un chômage encore plus grand suite à l'absence des touristes et la fermeture des investissements européens dans un pays devenu trop instable? Ou l'inverse. Point de diable peint sur la muraille. Un pays qui change en bien et retrouve un chemin vers la prospérité, démocratique, et fort?

Ce soir, c'est à mon tour d'être sceptique sur les chances d'un renouveau après ce coup de tonnerre dans le ciel tunisien. Qui vivra verra. En attendant, la Tunisie pleure ses morts. Et cela, personne ne l'avait prévu il y a encore un mois avant l'immolation du jeune Mohammed Bouazizi.

Excusez-moi d'avoir cru à une transition douce vers la démocratie. C'est la foi des non-violents qui n'accepteront jamais les tueries et les prises de pouvoir illégitimes au nom de l'idéologie des hommes d'où quelle vienne et de quelle croyance elle procède.

Qui a chassé celui qui enfin avait pris l'ampleur des mesures à prendre? La rue? Où des gens bien organisés qui savent très bien ce qu'ils font et ce qu'il veulent?

Une question encore, si j'ose: qui était derrière le policier qui a tiré cyniquement sur l'infirmière suisse pour la tuer? Un snipper fou dans les forces de la police? Excusez-moi, je n'y crois pas du tout. Il y avait une volonté de produire plus d'émeutes et des traîtres au gouvernement parmi les forces de police. On peut être traître à un régime corrompu. On ne peut pas tuer des innocents pour se débarrasser d'un régime corrompu à des fins évidentes de dominer à nouveau le peuple.

 

 

Voici une déclaration qui donnera à réfléchir à tous, amis lectrices et lecteurs:

A Paris, Mezri Haddad, ambassadeur de Tunisie à l’Unesco, a annoncé sa démission. "Je démissionne aujourd’hui parce que je ne veux pas, quelle que soit l’évolution de la situation d’ailleurs (...) Je ne peux pas et je ne veux pas être en quoi que ce soit cautionnant quelque chose qui est aux antipodes de mes convictions et de ma conscience", a-t-il déclaré sur BFM-TV.

 

19:57 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

"Qui a chassé celui qui enfin avait pris l'ampleur des mesures à prendre? La rue? Où des gens bien organisés qui savent très bien ce qu'ils font et ce qu'il veulent?"

Bravo pour cette analyse clairvoyante qui me conforte dans mon opinion.

Ben Ali a parlé de combattre la corruption, cette phrase n'a pas dû plaire à certains de son gouvernement qui l'auraient lâché ? Je me pose aussi cette question.

Je crains pour la Tunisie car je ne crois pas qu'elle se dirige vers la démocratie et la liberté. Les Iraniens y croyaient aussi...

Pour ce coup, j'aimerais que les évènements à venir me donneront tort, mais je garde peu d'espoir. J'ai toujours préféré la Tunisie et les Tunisiens à l'Algérie et au Maroc. Les Tunisiens sont plus doux, plus évolués, instruits et moins fanatisés que ses voisins .

Écrit par : Patoucha | 15/01/2011

Les arguments invoqués par Sarkozy pour ne pas recevoir Ben Ali sont d'une médiocrité et d'un misérabilisme lamentables!

Écrit par : Patoucha | 16/01/2011

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