15/01/2011

Toute la démocratie du monde...dans la Révolution de Jasmin

 

Elle devait être jeune et belle, la Révolution de Jasmin. Elle avait occupé la rue, toute la rue. Elle criait, elle hurlait, elle mourrait sous les balles, puis se relevait comme une femme immortelle. Elle ressemblait aux émeutes de Gaza avec ses lanceurs de pierres d'un côté, et, de l'autre, ses super-flics bien protégés avec armes au poing automatiques.

Les nations et les consciences du monde restaient scotchées à son chevet tandis que les touristes, inconscients et loin des problèmes tunisiens, continuaient leurs bronzette, thalasso, et autre consommation d'alcool haram. Le « all inclusive » n'avait pas prévu que la Révolution et l'imam viendraient troubler leur petit bonheur et paradis de vacances.

Mais voilà. La Révolution de Jasmin avait été la plus forte. Et maintenant, les touristes tentaient de fuir vers l'Europe tandis qu'à Tunis s'installait un pouvoir transitoire faible, sans conviction, sans légitimité, surtout, et vieux de surcroît. La Révolution était belle et jeune, sans ride, ni entachée par la corruption. Au palais, un vieil homme s'était installé à la place d'Ali, baba pas coule du tout, et voleur à ses heures du sang et de la sueur de son peuple. La Révolution était en marche. Le vieillard de façade, homme de paille qui allait très vite flamber, était prostré au moment de sa nomination de carnaval. Cela sonnait si faux devant l'écran de télévision. Ce Président-là pour les jeunes de la rue! C'était confondre le rêve et trahir la réalité souhaitée. Les jeunes de la rue avait créé leur propre intifada, peut-être étaient-ils fadas tout court de croire en cela, mais leur intifada ne pouvait pas déboucher sur ce vieillard, bras droit de Ben Ali.

Mais en Allah, ils croyaient sincèrement. Alors de l'extérieur, on vit ressurgir des vieilles photographies journalistiques jaunies du chef de l'islam de là-bas, un homme charismatique prêt à enflammer le coeur des jeunes et des moins jeunes. On se dit alors, dans notre rêve de liberté, qu'il saurait être un chef démocratique qui ferait bien l'affaire d'Allah et du peuple tunisien, assis à sa place sur le trône de l'ex-président corrompu dans le palais de Carthage. On pria tous, nous les démocrates, pour que ce chef soit un bon musulman, libre, démocrate, sensible à la liberté d'autrui, laissant le droit aux uns et aux autres d'envisager leur avenir hors de l'islam, si tels étaient leurs désirs et leurs destins.

On ferma les yeux. On pensa aux morts de la Révolution de Jasmin. En particulier à Mohamed Bouazizi. Puis, on saisit le Coran. Et surgit alors le cas de conscience pour le chef de l'islam. Faire preuve de souplesse avec l'Occident, continuer à vendre du rêve occidental, des plages pour les filles en bikini d'Europe, et des excellents vins du pays pour les garçons européens qui aimaient déguster leur repas avec autre chose que de l'eau. C'était un grave cas de conscience. Car alcools et filles dénudées ne faisaient pas bon ménage avec l'islam. Haram c'est haram.

La Révolution de Jasmin était belle et pure. Mais la corruption guettait déjà comme un léopard s'agrippant à la gazelle. Que ferait le chef de l'islam pour concilier pureté de la religion et impureté païenne des personnes croyantes et incroyantes?

On continuait à rester scotcher devant nos écrans de télévision. La Tunisie serait-elle le premier modèle d'une démocratie islamique viable où, au contraire, la suite royale aux dictatures coraniques qui sévissaient dans de nombreux Etats du Golfe? L'ex Président Ben Ali avait fui en Arabie Saoudite, lui le Corrompu, rejoignait le pays des Princes Corrompus ou régnait la Charia la plus sévère au monde envers le peuple après les Talibans. La Tunisie serait-elle capable de proposer un Prince d'une grande pureté sachant combattre la corruption des puissants tout en protégeant les libertés de son peuple avec une Constitution inspirée de l'Islam proche des droits humains occidentaux?

Tel était le défi moderne lancé par Allah à la Tunisie et à ce Prince qui revenait de son Désert Médiatique grâce au Temps. Rien n'était gagné. Mais rien n'était perdu non plus. Dans la rue, la Révolution de Jasmin sentait encore bon le printemps de son existence. On avait tous envie de croire au rêve d'un islam démocratique et modéré. Du moins, celles et ceux qui croyaient à la fois aux vertus de la démocratie et à la Bonté d'Allah. « Dégage, Ben Ali! » Les jasmins de Tunisie allaient se rappeler en cette année 2011 les odeurs de parfums dégagées dans l'atmosphère des charters à touristes débarquant à Djerba ou Hammamet.

De Mohamed Ghannouchi à Rachid Ghannouchi, on devait se demander ce samedi 15 janvier 2011 dans la rue de Tunis qui était l'usurpateur du trône. L'Intifada venait juste de commencer. Il fallait aller au bout de la Révolution de Jasmin. Et ne plus baisser les bras devant les dictateurs injustes qui instrumentalisaient le Coran pour leur propre pouvoir.

Vive la Tunisie! Le peuple juste qui a eu le courage de chasser le Corrompu et qui a été écouté de Dieu.

 

 

09:37 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

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