19/01/2011

Tunisie et Afrique du Sud, des similitudes

 

La Tunisie a vécu durant 23 ans sous dictature Ben Ali et quasi apartheid. Un seul parti, le RCD, détenait les leviers du pouvoir, offraient passe-droits, distribuait privilèges et prébendes, emprisonnait et faisait subir pressions et humiliations aux ennemis du systèmes et commerçants trop entreprenants et inventifs.

Le symbole tunisien qui a déclenché la révolution n'a pas la carrure et la carrière de Nelson Mandela. Le symbole tunisien est un jeune diplômé au chômage qui vendait des fruits et légumes pour nourrir sa famille. Inconnu avant la Révolution, Mohamed Bouazizi a disparu de la Terre pour permettre à cette Révolution de se faire. Le jeune Bouazizi s'est immolé parce que, sous ce régime il n'avait aucun avenir économique ou politique. Comme les Noirs d'Afrique du Sud, un nombre important de la population tunisienne portait sur elle une couleur noire et bannie: celle de l'opposition, et elle n'avait aucune chance, malgré les diplômes, de voir son pouvoir d'achat augmenté sous ce régime.

Les Tunisiens ont sans doute raison de refuser aujourd'hui de se faire encore gouverner par des membres du parti RCD. Cependant, comme Nelson Mandela et son parti ont su le faire, il ne peuvent pas exclure de la société, ni même totalement du gouvernement, et bannir à leur tour toutes les personnes qui ont profité de ce régime. Ces gens vivent dans le même pays qu'eux, et ils ont désormais les mêmes droits démocratiques que tous les Tunisiens. C'est l'ABC de toute démocratie. Si les Tunisiens veulent purifier les miasmes de la corruption, ils doivent agir sur les lois et les équilibres politiques du gouvernement ainsi que ceux de la justice. Ils ne doivent en aucun cas partir dans les mêmes dérives de l'ex-régime de Ben Ali avec épuration populaire et rejet de celles et ceux qui ont travaillé sous Ben Ali. Seuls les coupables de crimes graves comme meurtres, tortures, évasion d'argent d'Etat, doivent être poursuivis et punis. Pour tous les autres, ils doivent avoir une chance égale de participer à la démocratie à celles et ceux qui ont bouleversé la donne du pays.

C'est cela la démocratie. Sinon on ne pourra jamais parler de démocratie réelle en Tunisie. Peut-on imaginer de jeunes étudiants issus de parents inscrits au RCD stigmatisés à vie, portant étoile jaune symbolique de la race à éradiquer sur la poitrine, ne pas avoir de chance à leur tour de participer au nouveau système du pays?

Amis Tunisiens, la vraie démocratie a partout des exigences élevées dont celle de pardonner et d'agir en empathie envers l'Autre, fût-il un ex complice d'un système malade. Nous commettons tous des erreurs dans nos vies, nous sommes tous soumis à un système qui connaît ses petites corruptions, ses copinages, ses lobbies puissants, voir ses personnages détestables, très peu fréquentables et recommandables. Mais la démocratie, ce n'est pas la perfection ni même la solution à tous nos problèmes quotidiens. La démocratie c'est la justesse des équilibres permettant au peuple, sa majorité et ses minorités, de vouloir vivre en paix, et d'avoir un minimum économique légal et décent pour survivre. La haine et l'amour sont les ferments de toute démocratie. Partout dans le monde, les démocraties possèdent un centre d'équilibre et, aux extrémités, des partis qui n'aiment pas l'équilibre proposé et mis en place par la majorité du peuple et qui tentent de changer la donne. C'est ainsi que les majorités bougent et fonctionnent dans un sens ou un autre.

Tous les partis politiques (les membres actuels du RCD devrait changer le nom de leur parti et déclarer publiquement qu'ils acceptent de respecter les règles du jeu démocratique afin de donner le signe symbolique fort qu'ils approuvent désormais la volonté du peuple) doivent être associés à ce printemps tunisien. La Révolution de Jasmin ne sera belle que si elle arrive à relever ce défi difficile et exigeant demandé par des citoyennes et citoyens Tunisiens possédant une maturité et un esprit conquérant et apaisant. Le bonheur ou le malheur du pays en dépend. Le route sera longue, semée d'embûches, de désillusions, de personnages qui trahiront les principes de la démocratie. Mais si le peuple est fort, les lois respectées, la justice prononcée et appliquée, la démocratie sera la fierté de la Tunisie nouvelle.

 

08:36 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

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