31/03/2011

Libye: intérêts contre idéal, qui sera le plus fort?

La Libye devient peu à peu le laboratoire de nos résistances démocratiques face à la dictature du fric et de notre confort personnel ou nationaliste. En Crètes*, par exemple, une partie de la population, celle qui est directement concernée par les retombées de la manne touristique, critique ouvertement l'intervention internationale et l'occupation du sol par les avions de la coalition.

Une population qui se réjouissait en douce des révoltes arabes pour mettre encore plus de beurre dans ses épinards grâce à des touristes plus nombreux chez eux. Des personnes qui regrettent que le bon Saïf al Islam, ce doux agneau, rejeton du tendre mouton Mouammar Kadhafi, ne viendra plus chez eux pour cause de soutien aux "néocolons occidentaux" porté par le gouvernement grec.

Nous vivons sur une seule planète. Nous appelons à la coopération internationale, nous demandons de l'aide quand un malheur frappe notre pays. Nous acceptons volontiers les touristes et leur argent qui viennent d'ailleurs et qui nourrissent nos estomacs. Mais voilà. Quand une population prisonnière de la dictature réclame sa liberté, il n'y a plus grand monde pour accepter les sacrifices indispensables et internationaux à cette libération réclamée. On trouve de nombreux justificatifs à une non-intervention, on critique les opérations, on prend exemple sur les mauvais exemples (du style guerre du Golf de papy Bush) pour défendre une stricte neutralité et une non-ingérence, on met en avant les intérêts pétroliers qui sont forcément la source de l'intervention (au Kosovo, il n'y avait point de pétrole, mais on avait quand même des arguments de type impérialistes pour ne pas défendre une population massacrée dans un génocide). Bref, chaque fois que l'on parle idéal, il y en a toujours et de plus en plus pour nous dire: "mais laissez-les se battre entre eux ces sauvages" en donnant forcément raison au bon dictateur qui lui, sait et saura toujours tenir par le crime et la corruption sa population. Et ce sont de bons démocrates de chez nous, imbus de la supériorité de leur conscience qui nous racontent ces balivernes-là. Bref. Une honte occidentale si coutumière et bien moins courageuse et entreprenante que celle, si honte il y a à avoir, qui consiste à s'investir avec les risques que cela comporte dans une intervention militaire que la dictature aboslue d'un monstre à pousser à exister. Solidaires avec les Libyens, je le suis et resterai. Mieux vaut la pauvreté matérielle d'une vie que la manne touristique de gens criminels et odieux qui ont deux visages: l'un pour séduire et corrompre. l'autre pour dominer et détruire.

*Lire l'article sur le site du Figaro International "Les Crétois craignent les répercussions de la guerre"

A propos de manne, un peu d'Histoire biblique pour terminer:

Selon l'Exode[1], Toute la communauté des Israélites se mit à murmurer contre Moïse et Aaron dans le désert. Les Hébreux murmuraient contre Moïse, parce qu'ils mouraient de faim ; sur le soir, il leur tomba des cailles du ciel ; le matin suivant, il se répandit un brouillard ou une rosée ; lorsqu'elle fut évanouie, elle laissa sur les arbustes du désert de petites concrétions analogues au givre ; Les enfants d’Israël regardèrent et ils se dirent l’un à l’autre : "Qu’est-ce que cela ?" (מָן הוּא Man hou ?) car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : "C’est le pain que L’Éternel vous donne pour nourriture". Et plus loin [2], la maison d'Israël donna à cette nourriture le nom de "manne".

 

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