12/05/2011

Bertrand Cantat: crime et châtiments d'un artiste

 

Les artistes ont une conscience. Sinon pourrait-on affirmer qu'ils sont artistes? Un musicien-chanteur qui a commis un meurtre reste-t-il un artiste qui a droit à l'accueil du public et à son pardon où doit-il se taire à vie, culpabiliser et ressasser jusqu'à sa propre mort une faute terrible sans avoir plus aucun moyen d'expression visible? Sorte de peine capitale pour l'artiste.

Se rendre invisible suite à un agression tragique est-il le meilleurs moyen de rester vivant? S'absenter à la scène, s'absenter au monde est-il d'un meilleur goût que celui de s'y montrer, de continuer à vivre dans l'émotion de la rencontre avec son public? Combien de criminels politiques vont à la rencontre de leur public en ce monde dévasté? Combien de dirigeants et d'affidés du pouvoir se gargarisent en ce moment et se montrent dans des shows télévisuels à « leurs » peuples afin de lui signifier qu'ils ne quitteront jamais le pouvoir, qu'ils continueront à commercer, à rire, à voyager, à trafiquer avec toutes sortes de people dans le monde? Tant de gens qui ont fait fortune en écrasant le peuple. Et ce printemps arabe qui peine tellement à produire ses fruits après les fleurs hivernales. Et aussi toute cette gloire dans les stades de football avec des présidents de clubs richissimes et adulés qui ont commis et commettent encore des crimes de type mafieux.

Etrangement, aucun avocat au monde ne trouve leurs fautes de mauvais goût. S'ils s'exhibent, eux et leurs petites poupées accrochées au bras, devant les écrans de télévision du monde, dans les bars à scotch, sur les plages de Saint-Tropez, ce n'est pas pour faire leur cinéma, ni pour chanter du rock. C'est juste pour vivre et bien vivre, profiter de tous les aspects de la vie, des honneurs, du respect des gens... Et cela, malgré tous leurs petits et grands crimes.

Mais un artiste ça a une conscience. Et quand une conscience commet un acte barbare, alors évidemment on doit lui signifier qu'il ne doit pas remonter sur scène après avoir subi sa peine judiciaire car lui, l'artiste, il est un être étrangement à part de la société, une sorte de citoyen que l'on tolère tout juste quand il se tient à carreaux, et que l'on jette à la rue s'il a connu les barreaux. Le meurtre d'une séductrice, certes, est un acte totalement odieux. Mais qui a dit que si l'artiste commet un acte odieux, il doit, à vie, se retirer du monde? Pourquoi Polanski a eu droit à sa carrière malgré le viol d'une gamine et Cantat devrait disparaître à jamais pour le meurtre de Marie Trintignant?

Parce que, mes chers, Polanski n'a pas violé la fille d'un couple d'artistes reconnus alors que Cantat a tué la fille d'un couple célèbre du showbizz et que, comme dans tous les clans, on ne touche pas à ceux du clan. Si Marie n'avait pas eu de nom, Bertrand aurait-il eu tant de peine à continuer sa carrière? Permettez-moi d'en douter. Une petite starlette allumeuse se voyant gifler à mort par le même homme aurait été elle-même mortellement condamnée pour sa vie délurée, ses tromperies, et sa façon de jouer dangereusement avec les hommes. Bertrand s'en serait bien tiré et le monde aurait plus facilement pardonné. Mais Marie, il ne faut jamais cracher sur la tombe de Marie. Marie était une grande artiste comme Bertrand. Alors, quelle faute impardonnable et de mauvais goût que d'avoir porté la main au visage de la belle Marie. On ne touche pas à la famille ni aux personnes sacrées...

Imaginons un seul instant ces fous de djihadistes jetés une bombe sur le tapis rouge à Cannes. Personne n'ose imaginer l'ampleur du drame. Alors Bertrand, il a agi avec Marie un peu à la manière d'un terroriste et pour ça, comme pour Ben Laden, il devrait à jamais se retirer du monde.

Pourquoi faut-il toujours que nous autres humains ne soyons pas tous de même valeur devant la justice des hommes?

 

16:53 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) |

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