10/08/2012
K-Stew, une jeune actrice sur la route de Kerouac
Quel couac! On ne parle que d'elle cet été et de son mari, le présumé cocu de l'histoire. Elle déprime, annule ses futures présences cinématographiques, se morfond et tente de retrouver l'amour égaré auprès de son homme. Rien n'y fait. L'homme trompé est mondialement cocu et sa fierté de mâle en a pris un rude coup. Lui qui en plus se demandait fort récemment comment on pouvait tromper son partenaire de vie...
Mais la vie va plus vite, plus haut, plus fort que la musique romantique du couple. Une femme qui vit en aquarium avec des partenaires de film peut-elle sincèrement tourner des scènes d'amour pour de faux, des baisers chiqués, des sentiments biaisés? Pour être plus vrais, plus justes, plus authentiques, les actrices et acteurs s'investissent d'un rôle. Parfois ce rôle empiète sur la relation sentimentale qu'ils ont hors cinéma. Mais d'ailleurs, son homme officiel, son Robert, K-Stew ne l'a-t-elle pas découvert sur un plateau de tournage? N'ont-ils pas fréquenté alors que rien ne prévoyait une fréquentation rapprochée durant le tournage? Robert a beau chanter à « l'amour unique ». Sans le cinéma, K-Stew ne serait sans doute jamais devenue sa compagne à la ville et loin de la scène...
Pourquoi s'acharner sur K-Stew alors que le public l'a célébré à Cannes pour son rôle tenu dans « On The Road »? Pourquoi une femme infidèle devient-elle l'ennemie, la bannie, l'exclue? Et plus encore une femme qui a voulu tourner dans « ON The Road », film par excellence de la libération des moeurs? Une fois de plus l'hypocrisie et la pudibonderie l'emportent sur le droit à être soi-même. K-Stew a fauté. Mais dans sa suite d'hôtel à Cannes, elle luttait déjà contre la vie chère et l'attirance de sa propre chair pour une chair spirituelle... A Dieu, quelle folie s'agite en elle...
Qui a prétendu que la fidélité en amour excluait toute aventure amoureuse? La religion? La prison sentimentale? La culpabilité?
« Mais alors ils s’en allaient, dansant dans les rues comme des clochedingues, et je traînais derrière eux comme je l’ai fait toute ma vie derrière les gens qui m’intéressent, parce que les seules gens qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d’être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines explosant comme des poelles à frire à travers les étoiles et, au milieu, on voit éclater le bleu du pétard central et chacun fait : "Aaaah !" »
On The Road, Jack Kerouac
« Je vidai les lieux et errai dans San Francisco, sac au dos, plein d’allégresse. Je m’en fus rendre visite à Cody, chez Rosie. La vue de cette dernière m’étonna : elle avait soudain changé et sa maigreur était squelettique. Elle avait un regard terrorisé ; les yeux lui sortaient des orbites. « Qu’est-ce qui se passe ? » Cody me conduisit dans la pièce voisine sans me laisser lui parler : « Elle est devenue comme ça en quarante-huit heures, souffla-t-il.
- Que lui est-il arrivé ?
- Elle dit qu’elle a établi une liste de tous ses amis et de leurs péchés, après quoi elle l’a jetée dans les toilettes de la maison où elle travaille, mais la liste était si longue qu’elle a bouché le tuyau de vidange. Il a fallu faire appel à un type du service municipal. Comme il portait un uniforme, elle dit que c’était un flic, qu’il a emporté le papier au poste de police et qu’on va tous nous arrêter. »
Les Clochards célestes, Jack Kerouac
Croyances et techniques pour la prose moderne
Evergreen Review, vol 2, n.8, 1959 Jack Kerouac
Liste des points essentiels :
1. Carnets secrets, couverts de gribouillis, et pages follement dactylographiées, pour votre propre plaisir
2. Soumis à tout, ouvert, à l’écoute
3. N’essayez jamais de vous soûler en-dehors de chez vous
4. Soyez amoureux de votre vie
5. Ce que vous ressentez trouvera sa propre forme
6. Soyez fou, soyez un saint abruti de l’esprit
7. Soufflez aussi profondément que vous souhaitez souffler
8. Ecrivez ce que vous voulez sans fond depuis le fin fond de l’esprit
9. Les visions indicibles de l’individu
10. Pas de temps pour la poésie, mais exactement ce qui est
11. Des tics visionnaires tremblant dans la poitrine
12. Rêvant en transe d’un objet se trouvant devant vous
13. Eliminez l’inhibition littéraire, grammaticale et syntactique
14. Comme Proust, soyez à la recherche du joint perdu
15. Racontez la véritable histoire du monde dans un monologue intérieur
16. Le joyau, centre d’intérêt, est l’oeil à l’intérieur de l’oeil
17. Ecrivez pour vous dans le souvenir et l’émerveillement
18. Travaillez à partir du centre de votre oeil, en vous baignant dans l’océan du langage
19. Acceptez la perte comme définitive
20. Croyez en le contour sacré de la vie
21. Luttez pour esquisser le courant qui est intact dans l’esprit
22. Ne pensez pas aux mots quand vous vous arrêtez mais pour mieux voir l’image
23. Prenez note de chaque jour la date blasonnée dans votre matin
24. Pas de peur ou de honte dans la dignité de votre expérience, langage et savoir
25. Ecrivez de façon que le monde lise, et voie les images exactes que vous avez en tête
26. Livrefilm est le film écrit, la forme américaine visuelle
27. Eloge du caractère dans la solitude inhumaine et glacée
28. Composer follement, de façon indisciplinée, pure, venant de dessous, plus c’est cinglé, mieux c’est
29. On est constamment un Génie
30. Scénariste-Metteur en scène de films Terrestres Sponsorisés et Financés par les Anges au Paradis
A K-Stew, la folle, la timbrée du ciboulot, pour son rôle pourri par la critique de femme libre d'aimer à sa façon.

16:41 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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