31/01/2013

Un pont dans le jour

C'est wikipédia qui nous l'affirme et je la reprends volontiers pour nous autres humains qui cassons nos liens, parfois sans faire exprès, parfois et même souvent pour rien ou par erreur fatale sur la personne. J'ai envie de construire mille ponts ce matin, mille connexions, mille relations pour oublier les ponts détruits du passé ou mal entretenus, prêts à s'effondrer sous le choc des idéologies divergentes et peu (ré)conciliables. Si je déteste l'idéologie, c'est bien parce qu'elle rompt plus de ponts qu'elle n'en construit entre nous. Si je déteste la religion au sens strict, c'est que ces dogmes créent plus de sources de conflits et de haine que de paix et d'amour. Si je déteste appartenir à un parti politique, c'est que choisir un camp oblige bien souvent à exclure l'autre camp. Et pourtant la vie sans structure solide, c'est le chaos permanent. Et pourtant la vie sans règles de conduite, c'est l'accident fatal. Et pourtant la vie, sans attaches fortes, c'est l'absence, la solitude, le retrait sur son rocher, à l'image d'un ermite. Ce matin, j'ai besoin de mille ponts pour que mes mille soupirs de la nuit se transforment en Venise. Ce matin, j'ai la nécessité de prendre mes valises et d'aller partout sur la Terre, Mali, Brésil, Indonésie, Yougoslavie, Canada, Islande, à la reconnaissance d'autres terres, d'autres gens, d'autres cultures, d'autres désirs, d'autres fontaines de jouvence.

Ce matin, mes mille ponts me sont tombés du ciel et ils me protègent de la destruction, d'un coup de canon flanqué dans le cœur.

Le dormeur du val

 

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Arthur Rimbaud

"Un pont est une construction mentale qui permet de franchir une dépression ou un obstacle en passant par-dessus cette séparation"

Wikipédia

Commentaires

Salut Pachakmac,

Vous nous dites de bien jolies choses ce jour.
J'en partage avec vous, celle-là et d'autres: "Si je déteste appartenir à un parti politique, c'est que choisir un camp oblige bien souvent à exclure l'autre camp."
Et le Dormeur du Val, un texte d'une si belle cruauté. Un poème comme un coup de serpe dans les idéologies.
Et cette version de Shakira... Oui, oui, il y a des coups de canon comme ça...

Bien à vous.

Écrit par : hommelibre | 31/01/2013

Salut John. C'est un plaisir de servir la poésie. Un plaisir fabuleux. A propos de cette chanson de Cabrel reprise par Shakira, j'ai entendu au Trois et 1/2 de Neuchâtel, un bar super sympa qui attire la jeunesse de la région, une version salsa à tomber des nues avec des couples de danseurs et danseuses tellement lumineux et beaux tournoyant sur la piste improvisée. Je n'ai pas retrouvé sur You Tube cette version. Mais peut-être un jour... A la vie, à l'amour... C'est bien mieux comme engagement fidèle à soi que le fameux A la vie, à la mort... qui implique une possession et une adhésion définitive à une cause... Je n'aime pas les causes définitives car elles impliquent souvent un massacre et un génocide des autres causes existentielles. Foin d'idéologie, vivons tous d'amour et de poésie. Le monde s'en porterait et se supporterait mieux.

Écrit par : pachakmac | 31/01/2013

Ce poème, le Dormeur du Val, est un des plus connus du poète, bien qu'il présente une esthétique encore peu innovante : utilisation du sonnet, de l'alexandrin, de la rime. On est de fait encore loin de la modernité d'Une Saison en enfer ou des Illuminations, dernières œuvres du poète, et de l'audace des images qu'il offre dans le Bateau ivre, composé seulement un an plus tard. Le Dormeur du val n'en demeure pas moins un poème très abouti, et qui montre chez l'auteur une grande maîtrise des règles de versification

Écrit par : Manon | 01/02/2013

Les antidépresseurs tricycliques dérivent tous d'une même molécule, l’imipramine. Leur appellation traduit en fait les caractéristiques de leur structure moléculaire, composée de trois anneaux d’atomes. D’autres antidépresseurs aux effets comparables et que l’on appelle les tétracycliques, sont pourvus eux, de quatre anneaux.

Écrit par : Mol & moi | 01/02/2013

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