15/02/2013

De la liberté d'expression et de l'argent sur les blogs

Fallait-il plus plaire que déplaire aux princes et aux rois du temps de Voltaire et des mécènes protecteurs des lettrés afin d'être protégé de ces mêmes puissants tout en étant libre de parole devant sa conscience sans être proscrit, voir condamner au cachot ou à la peine de mort?

Lisons Denis Diderot:

Autorité Politique

      Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l’état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d’une autre origine que la nature. Qu’on examine bien et on la fera toujours remonter a l’une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s’en est emparé ; ou le consentement de ceux qui s’y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils on déféré l’autorité.
      La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent : en sorte que , si ces derniers deviennent a leur tour les plus forts, et qu’ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l’autorité la défait alors :c’est la loi du plus fort.
      Quelquefois l’autorité qui s’établit par la violence change de nature ; c’est lorsqu’elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu’on a soumis : mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler et celui qui se l’était arrogée devenant alors prince cesse d’être tyran.
      La puissance, qui vient du consentement des peuples suppose nécessairement des conditions qui en rendent l’usage légitime, utile à la société, avantageux à la république, et qui la fixent et la restreignent entre des limites ; car l’homme ne doit ni ne peut se donner entièrement sans réserve a un autre homme, parce qu’il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui seul il appartient tout entier. C’est Dieu, jaloux absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et pour le maintien de la société que les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu’ils obéissent à l’un d’eux ; mais il veut que ce soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglément et sans réserve afin que la créature s’arroge pas les droit du créateur. Toute autre soumission est le véritable crime de l’idolâtrie. Fléchir le genou devant un homme ou devant une image n’est qu’une cérémonie extérieur, dont le vrai Dieu qui demande le cœur et l’esprit ne se souvient guère qu’il abandonne à l’institution des hommes pour en faire, comme il leur conviendra des marques d’un culte civil et politique, ou d’un culte de religion. Ainsi ce ne sont point ces cérémonies en elles-mêmes, mais l’esprit de leur établissement, qui en rend la pratique innocente ou criminelle. Un Anglais n’a point de scrupule à servir le roi le genou en terre ; le cérémonial ne signifie ce qu’on a voulu qu’il signifiât ; mais livrer son cœur, son esprit et sa conduite sans aucune réserve à la volonté et au caprice d’une pure créature, en faire l’unique et le dernier motif de ses actions c’est assurément un crime de lèse-majesté divine au premier chef.

L'Encyclopédie - Denis Diderot

 

http://www.bacdefrancais.net/autoritepolitique.php

 

En démocratie, le prince c'est la communauté de bien. Celui ou celle qui abuse de sa liberté pour diffamer, calomnier, exclure, mentir, usurper l'identité de quelqu'un ou se cacher derrière un pseudo pour attaquer , rabaisser, détruire une personne sans argument et sans aucune raison ou preuve valable peut se voir retirer son droit à l'expression sur un média.

La planète blog ouverte il y a quelques années sur le bassin lémanique a voulu, à ses débuts, offrir une liberté et une ouverture maximale à toutes sortes de courants d'idées politiques, de philosophie, de religion, de culture. Confrontée parfois au pire de la liberté (les abus cités ci-dessus), elle a dû se résoudre à réguler la liberté débridée et parfois criminelle de personnes négatives et parfois très agressives qui abusaient de leur droit à la liberté d'expression. Qui décide quoi? Qui fait le choix d'exclure ou de conserver un blogueur, une blogueuse, un commentateur, une commentatrice ? Là réside l'arbitraire d'une décision venue d'en-haut. Car à ce jour, nous ne savons pas ce qui mène la rédaction de 24 Heures et Tribune de Genève, ainsi que le groupe de presse Tamédia à exclure X ou Y ou Z de sa plate-forme. L'excuse de la réorganisation et du manque d'argent ne vaut pas tripette. Nous vivons hélas dans un pays qui préfère souvent le couvert neutre de l'hypocrisie silencieuse à une bonne et sainte remise en place de personnes qui ne comprennent pas bien le sens de la liberté et du respect en démocratie. On peut faire de l'humour sur tout et avec tout le monde. Mais dépasser les bornes de l'humour pour s'attaquer frontalement à l'âme et à la substance même des individus, leur individualité, leur singularité en utilisant l'arme du mépris et le rejet de leur façon de vivre ou de penser, leur "négritude" oserais-je écrire ici, n'est tout simplement pas admissible. On peut décrire le mal d'une philosophie perverse, d'un acte abjecte perpétré sous couvert de religion, on peut dire tout le mal que l'on pense de telle ou telle façon de se comporter en homme ou en femme mais on ne peut pas attaquer par le mensonge, la diffamation, et sans aucune preuve des personnes qui offrent juste au monde leur liberté intellectuelle et leur sensibilité, leur intimité, leurs espoirs, leur utopie, leurs rêves, face à l'état de notre monde.

Cette zone grise actuelle en cours parmi nos médias conduit certains d'entre nous à remettre en cause l'existence de la liberté démocratique voulue ou supposée des médias suisses et à parler carrément de censure organisée par l'Etat et ses affidés, voir de blogosphère indigne d'une volonté démocratique réduite en "peau de chagrin" servie à la populace plutôt que l'émancipation et la promotion d'une vigoureuse et indispensable liberté d'expression nécessaire à toute démocratie bien vivante.

Il faudra un jour que l'on nous offre une « charte du blog » à signer et que l'on puisse s'en remettre, en cas d'exclusion, aux vrais motifs individuels retenus contre la personne et autres griefs répétitifs qui amènent une rédaction à supprimer tel ou tel blog de sa structure médiatique.

La décision de l'exclusion en vrac, fait dans l'arbitraire, de tout une série de blogs sur la plate-forme 24 Heures est d'ordre totalitaire et non ouvert. Nous attendons autre chose de journalistes qui se respectent et prônent la liberté d'expression. Une exigence de clarté est voulue afin que chacun et chacune sache pourquoi, à l'avenir, il est exclu ou maintenu dans ses droits à bloguer.

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