28/02/2013

Réinventer l'amour en maltraitant l'amour

Il y a une chose que Marcela Iacub ne semble plus vouloir aujourd'hui: être aimée et vouloir aimer...si ce n'est son chien et les animaux dans sa règle monastique générale. Peur instinctive de l'appropriation, d'être soumise à l'amour de la famille, du partenaire, du clan, du pays ou, que sais-je encore, de DSK, son dieu impie. En trahissant la confiance, en agissant en traîtresse, en exprimant tout le dégoût pour l'homme et son approbation irréductible au cochon qui vit en lui, elle prend le parti de s'extérioriser du romantisme et de la niaiserie pour n'appartenir qu'à la femme qui explore les zones troubles, perverses, narcissiques, obscures des êtres humains et de sa propre intimité.

Ce qu'elle se refuse de faire, absolument et définitivement, c'est de porter l'enfant en soi. On le voit dans son fantasme de vouloir extérioriser la maternité pour ne pas être soumise à l'ordre naturel du mouvement de la vie. Pour ne pas être instrumentalisée et dominée par les autres, l'homme essentiellement, ne serait-ce que par cette vie si fragile, d'apparence innocente, à venir en elle et qui l'attacherait monstrueusement et de façon tyranique à sa chair, elle renonce donc à « sa part d'aimer ».

Mais l'enfant, ce fut elle un jour. Une enfant qui avait besoin de son père et de sa mère pour qu'elle apprenne à grandir, à faire des choix, à se construire dans le respect et dans l'amour de soi et des autres. Cet enfant qui devrait vivre en elle est comme mort, abandonné, déraciné, désincarné. Plus grave encore. Elle ne le respecte plus et le détruit comme on détruit sa poupée adorée en lui hurlant à sa muette condition : « Je te haïs ! ».

« On ne saurait qu'aimer dans l'indignité ». Voilà ce que Marcela Iacub écrivait et interrogeait après « avoir aimé dans le respect » concernant sa critique du film « Amour ». Elle, qui s'imagine volontiers en sainte nonne sauveuse des hommes dépravés et lubriques, cherche donc à aimer dans l'indignité. C'est ce que devait démontrer son dernier ouvrage sur sa relation sexuelle avec DSK. Tuer le cochon qui règne en lui pour le ressusciter en homme bon puisque cet homme, de nature, est mauvais sous l'empire du cochon. C'est la mission finale de l'espionne au service de Sa Gracieuse Vertu. Retrouver l'homme idéalisé, l'être majestueux et moral, le gardien de la beauté féminine, en quelque sorte le dieu de l'Olympe en commettant par le roman le meurtre passionnel et dramatique sur le cochon qui vit en lui. D'abord le traitement doux des articles et du livre par la défense absolue de DSK face à la meute des assaillants dans les affaires du Sofitel et du Carlton. Puis le livre choc du meurtre virtuel et littéraire de DSK, meurtre qui, à dessein, sépare outrageusement l'être en deux entre son identité de cochon et son identité d'homme. Et à la fin, scène finale et à venir, laisser ce cochon pourrir dans sa fange afin qu'il ressuscite en homme. La sainte nonne réussira-t-elle là où tant d'autres femmes ont abandonné et échoué ? A commencer par la propre épouse de DSK, Anne Sinclair.

Marcela ne veut plus aimer et ne veut plus être aimée. Abusée par l'amour de tous, elle recherche une autre façon d'aimer et de se faire aimer. Parmi les animaux, peut-être. Voilà sans doute le cri ultime de son livre tant décrié. Explorons avec elle le monde fantasmatique de son amour. Et aimons désormais Marcela Iacub d'une autre façon, d'une façon qui colle à sa personnalité excentrique et dadaïste.

Au fait, sa première rencontre avec DSK, c'était au restaurant « Le Dali ». Toute une histoire surréaliste nous entraînant dans un monde à n'y plus rien comprendre venait alors de débuter...Et de ce tango argentin, nous n'avons pas encore explorer toute sa substance et toute ses conséquences sur nos vies.

Marcela Iacub est une vraie écrivain qui se met en jeu à ses risques et périls. A n'en plus douter malgré la meute de ses assaillants. Sa sincérité est à double, voir triple ou quadruple face. D'où les trahisons et son sentiment de culpabilité à géométrie variable. Car l'amour-prison ne lui appartient pas. Car la fidélité, sa fidélité, elle ne peut que l'exprimer et l'accepter à travers le reniement, telle que le fut Saint-Pierre au moment de la crucifixion du Christ. Elle veut sa liberté, rien que sa liberté, toute sa liberté. Et pour cela, elle va le payer très cher. On ne plaisante pas avec les cochons.

A lire en accompagnement de ce billet :

http://www.liberation.fr/societe/2012/11/02/reinventer-l-amour_857782

Le reniement de Saint-Pierre

 

Qu'est-ce que Dieu fait donc de ce flot d'anathèmes
Qui monte tous les jours vers ses chers Séraphins ?
Comme un tyran gorgé de viande et de vins,
Il s'endort au doux bruit de nos affreux blasphèmes.

Les sanglots des martyrs et des suppliciés
Sont une symphonie enivrante sans doute,
Puisque, malgré le sang que leur volupté coûte,
Les cieux ne s'en sont point encore rassasiés !

Ah ! Jésus, souviens-toi du jardin des Olives !
Dans ta simplicité tu priais à genoux
Celui qui dans son ciel riait au bruit des clous
Que d'ignobles bourreaux plantaient dans tes chairs vives,

Lorsque tu vis cracher sur ta divinité
La crapule du corps de garde et des cuisines,
Et lorsque tu sentis s'enfoncer les épines
Dans ton crâne où vivait l'immense Humanité ;

Quand de ton corps brisé la pesanteur horrible
Allongeait tes deux bras distendus, que ton sang
Et ta sueur coulaient de ton front pâlissant,
Quand tu fus devant tous posé comme une cible,

Rêvais-tu de ces jours si brillants et si beaux
Où tu vins pour remplir l'éternelle promesse,
Où tu foulais, monté sur une douce ânesse,
Des chemins tout jonchés de fleurs et de rameaux,

Où, le coeur tout gonflé d'espoir et de vaillance,
Tu fouettais tous ces vils marchands à tour de bras,
Où tu fus maître enfin ? Le remords n'a-t-il pas
Pénétré dans ton flanc plus avant que la lance ?

- Certes, je sortirai, quant à moi, satisfait
D'un monde où l'action n'est pas la soeur du rêve ;
Puissé-je user du glaive et périr par le glaive !
Saint Pierre a renié Jésus... il a bien fait.

Charles Baudelaire

De la fraude dans nos assiettes et dans nos vies

Si j'étais cheval

je me ferais passer pour bœuf

Si j'étais cochon

je me ferais passer pour homme.


« Et si t'étais une femme ? »

coupa l'enfant.


Je me ferais passer pour déesse.

 

« C'est quoi une déesse ? »

questionna encore le garçon

 

C'est une femme très sûre d'elle

qui assure qu'elle est unique et belle

afin que tes yeux s'éblouissent

et que tu deviennes aveugle,

épris de ses merveilleux sortilèges.


« Ah bon ? Et pourquoi

c'est bien de devenir aveugle ? »

insista l'enfant

 

Car plus tu deviens aveugle

plus tu acceptes, tu vantes, et tu profites des actes frauduleux

créés par les empires malsains, la nourriture malsaine,

l'amour malsain, les relations malsaines

qui te détruiront toi ainsi que ton entourage.

 

« Ah !.... » dit tristement l'enfant avant de rajouter:

« Mais alors si tout est détruit

il n'y aura plus de lumière

pour tous les laisser pour compte,

celles et ceux qui ont cru aux déesses

et qui sont tombés dans le piège? »

 

Rassure-toi, mon enfant.

C'est là que les aveugles grugés et abandonnés

commencent à redécouvrir la lumière,

et qu'ils s'indignent,

et qu'ils disent « Stop à la fraude ! ».

 

« Ah...Mais si la fraude continue

c'est que les aveugles refusent de voir la lumière »

 

Exactement, mon enfant.

Dans un univers de fraude

tu ne peux rester qu'un aveugle

participant à la fraude.

 

« La fraude c'est trop rigolo.

J'ai mis de l'eau dans ton vin

et tu as bu sans rien voir à ma tricherie »

s'esclaffa soudain l'enfant.

 

Sais-tu que Jésus lui aussi

a mis de l'eau dans le vin des mariés

afin que tous eurent assez à boire

durant les Noces de Cana 

et que l'on fit passer cela comme miracle?

 

L'enfant devint grave et soupira.

Puis il sourit au sage homme qui

venait de lui confirmer que l'on peut

être à la fois un cochon et un homme en amour

un cheval et un bœuf dans une lasagne

une femme et une déesse dans le lit.

Car de sa nuit d'être humain,

l'Homme est chargé de découvrir sa propre lumière

quelque part existante entre le Bien et le Mal.

 

Les travailleuses du sexe arpentent le pavé littéraire

Romancières ou putains? Ou putains et romancières? Elles font des expériences et tirent de leurs aventures amoureuses des bouquins qui alimentent les choux gras de la presse sérieuse. Sérieuse ? vous avez écrit « sérieuse » ? Disons plutôt curieuse et avide de sensations...comme leur lecteurs et lectrices. Car si la presse était sérieuse, philosophe, réfléchissante, et pesant le pour et le contre du dévoilement privé en public, elles se poseraient quelques bonnes questions.

Qu'est-ce qui captive tant les hommes et les femmes de notre temps à connaître la vie intime des autres ? Le goût de l'exhibitionnisme et du voyeurisme ? L'envie de savoir ce que font les femmes quand elles sont seules ou accompagnées dans leur boudoir ? Et pourquoi les femmes peuvent-elles tout raconter et fantasmer à leur manière sans jamais se faire expulser de nulle part alors que les hommes sont rejetés d'un peu partout comme des pestiférés lorsqu'ils osent un peu trop écrire à découvert sur leur « vraie et réelle» vie sentimentale et sexuelle? Est-ce la vieille culpabilité masculine qui s'est installée dans les années 60 et l'envie de revanche féminine qui font qu'un boulevard de la littérature intime s'ouvrent au sexe féminin alors qu'un trou béant et, au final, la Bastille littéraire s'offrent aux hommes qui décrivent d'un peu trop prêt leurs aventures intimes ? Au dépotoir, les hommes qui osent avouer leur « cochoncetés » par des textes littéraires qui mettent à nu leur façon de vivre et d'aimer au milieu des femmes ? Parce que l'homme serait l'infâme, la bête, et la femme, la belle, l'adorable suceuse vampire, la sauveuse se pâmant à l'insu de son plein gré dans les caniveaux du sexe masculin ?

Il y a des hommes soupirant et souriant d'ironie d'avoir osé un jour braver l'interdit moral et vertueux de notre époque. Mal leur en avait pris. Ils étaient devenus l'incarnation du Mal et du Vice. Surtout pas beau, poisseux et sans doute sordides, sales et pervers. On ne rentra donc plus en contact avec ces hommes-là mis aux oubliettes des médias...

Les femmes, elles, sont devenues la part du Bien et l'avenir de l'homme... On le sait depuis les années 60. L'égalité de traitement n'est décidément pas parfaite entre femmes et hommes. Elles sont devenues les mantes religieuses narcissiques d'hommes puissants, médiatiques, reconnus. Car des autres, elles ne sauraient qu'en faire dans leur vie. Pauvres, bourgeois et anonymes, sans statut particulier, ils ne seraient guère intéressant d'écrire sur eux...A moins d'être une authentique prostituée littéraire de la vraie vie qui arpente pour de vrai les trottoirs et aborde sans classe sociale les hommes du quotidien...

De ces questions sérieuses, la presse n'en débattra jamais...où alors par un jour de grand froid quand les poètes masculins du sexe se seront tus pour toujours à travers leur mort et auront enterré leurs errances familières...

 

Dédié à Maurice Chappaz 


Mains tendues

 

A travers tous les barreaux

 

Des cellules de la prison 

 

Mains tendues 

 

Sur le soleil et sur l’ombre 

 

Mains d’enfants 

 

D’innocence criminelle

 

Mains de femmes 

 

Mains captives, mains sans ailes 

 

Echouées sur les grilles 

 

De la liberté barrée 

 

Mains cassées 

 

Oiseaux morts d’épuisement 

 

Pris au piège de la haine 

 

Mains des hommes 

 

Mains fermées 

 

Lourdes d’actions oubliées

 

Et de révoltes perdues 

 

Les mains parlent 

 

Les mains crient 

 

Dans le silence des pierres 

 

Les mains frappent les mains prient 

 

Un dieu sourd depuis des siècles 

 

Celui qui vous justifie 

 

Celui qui vous abandonne 

 

Mains ouvertes 

 

Tendues vers celui qui donne 

 

La liberté tatouée 

 

Aux bêtes mises en troupeau 

 

Mains armées 

 

Mains de pièges 

 

Mains gardiennes de la peur 

 

Un jour dans vos veines sèches 

 

Jaillira le sang des nôtres 

 

Un jour nos mains seront libres

 

Et parleront leur langage 

 

A vos paumes fraternelles 

 

Tendues vers un seul visage 

 

Celui de l’amour du monde 

 

Vers le regard de ses sources 

 

Sous ses paupières de feuilles 

 

Où les mains des plantes bercent 

 

Le rythme ancien de la terre

 

Grisélidis Réal, écrivain du réel, prostituée de Genève, 1929-2005

 

Munich, écrit en prison, 28 juillet 1963, tiré de "Mémoire de l'inachevé", Editions Verticales

 



 

27/02/2013

Toi serpent Iacub; moi cochon Kahn

Tu te faufilais, ta bouche experte, dans mes bosquets

tandis que mon groin alléché reniflait ton oeillet.


Je voulais t'introduire ma puissance

par ton indécence arrière

mais tu me fis juste prière

d'aviver plus violemment ta jouissance.


Je voulais bouffer ton oreille !

 

Par devant !

Si tu veux !

Par derrière !

Si je veux !

Par en haut !

Si Dieu le veut !

Par en bas !

Si Satan le veut !


Par tous les sens de ton corps aux abois

tu as su engendrer et enivrer le cochon en moi

succombant à cette peau de porc mirifique

 

Magnifique !


Par toutes les vierges de ton corps

Tu as ordonné à l'homme en émois

  son rôle Mâléfique !

Vivait donc le divin cochon en toi

pendant nos orgies avant ma mise à mort

en Homme du Mal !

 

Je t'ai bouffé l'oreille !

Pour t'apprendre la loi du cochon.

 

J'étais entré heureux dans ton petit con

mais toi tu m'as pris pour un gros con

en t'adressant à l'oreille indiscrète médiatique

et sa grosse partouze chimérique.

 

Maintenant, la dérive de ton tango argentin

toi serpent m'arrachant, moi cochon, le groin.


Tu me bouffes le groin !

 

Tu étais femme-fleur adorant mon vice,

ma fange de cochon de lait, et mes sévices.

 

Maintenant, tu es le cobra,

et ta morsure rose baccara

me trouvant coeur et corps laids,

pervers, pas beau du tout et replet.


Le serpent, double de la femme

qui se mord la queue pour purifier son âme

après avoir dégusté avec ravissement

et extase celle du cochon, son désir, son art au firmament.

 

Qui est le (la) violeur (violeuse) ? Qui est le (la ) violée ?

 

Tel était notre rendez-vous amoureux,

toi, Marcela ; moi, DSK


à lire ce matin 28 février, en dégustant votre café et votre croissant bien chaud, ce texte grave dans son intensité et sa teneur qui est une réponse à la vie, à l'oeuvre romanesque, philosophique, et culturelle de Marcela Iacub:

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/791736-affaire-d...

 

Avec cette question:

Une société médiatique qui fait la place belle à ses pervers narcissiques, manipulateurs et manipulatrices à outrance, peut-elle s'imaginer et engendrer un avenir serein, une liberté démocratique, et un désir du vivre ensemble à la recherche du bien commun?

 

 

 

 

26/02/2013

Tunisie: le Harlem Shake secoue les cheikhs

La Révolution continue... Et cette fois, c'est en musique que les traditions sont bousculées en Tunisie et que la jeunesse s'éclate sur des rythmes mondialisés par les réseaux sociaux.

On pourrait y voir une simple activité de liberté d'expression lycéenne comme on en voit tant à travers le monde démocratique. Mais en Tunisie, cela devient une affaire d'Etat, et aussi une affaire religieuse. Alors que le monde arabe se crispe sur les conséquences des lendemains de révolutions, la jeunesse refuse de se faire voler sa liberté d'expression, son envie de dépasser les coutumes et de braver les interdits religieux. Nous ne savons pas ce dont cette jeunesse est capable pour faire de la Tunisie le premier pays arabe véritablement démocratique et laïque. Elle en a l'ambition, la volonté, l'énergie, le désir, le courage. Mais devant les menaces de prison, de meurtres, et de viols, il est dans l'ordre possible de la folie religieuse islamique que demain de jeunes martyrs de la démocratie s'écrivent en lettres de sang sur les murs de Tunis et remplace l'acte culturel d'aujourd'hui par l'obligation cultuelle de plaire aux hommes et aux femmes d'Allah très attachés à la théocratie.

La théocratie, une façon de vivre à l'époque des rois et des princes, de leurs serviteurs, les esclaves et les ignorants soumis à leurs bonnes ou mauvaises volontés. Une façon verticale de croire en Dieu en passant par des maîtres à qui Allah aurait accordé puissance, argent, luxe, et gloire pour des siècles et des siècles sur les pauvres soumis...

Le Premier Mars, 2013 il y aura fête révolutionnaire en Tunisie et foule devant le Ministère de l'Education. Et quand la fête rejoint celle de Neuchâtel qui chassa en 1848 le roi prussien pour devenir un Etat démocratique, on ne peut que se réjouir du calendrier et de son hasard.

A lire aussi : http://www.lematin.ch/monde/Le-Harlem-Shake-passe-mal-en-...