30/10/2013

"Cette tache blanche au centre de l'Europe"

L'Europe comme une réjouissance. L'Europe comme une jouissance au coeur du monde.

On croit vivre dans un authentique délire psychédélique en lisant cette petite phrase de votre serviteur. On croit que la Suisse pourrait être ce moteur, ce coeur, cette passion amoureuse qui a réussit à construire au centre de l'Europe, une Europe qui nous ressemble, qui nous rassemble, qui nous unit dans un nouveau pacte confédéral faisant de notre Continent cette première puissance mondiale humaniste, démocratique, libérale, sociale. L'exemple à suivre par tous les Etats du monde dans leur chemin vers le futur.

Las. Ce n'est là qu'une très mauvaise fiction sortie de l'esprit d'un idéaliste qui a raté sa carrière de journaliste et d'écrivain en restant caché dans l'ombre de la statue gigantesque que représente Christoph Blocher pour toute la Suisse.

« Cette tache blanche au centre de l'Europe est une absurdité géostratégique ». Petite phrase de Jean-Claude Juncker lancée au début de l'année 2011 qui lui a valu l'éloge d'une réponse toute blochérienne. Juncker = Hitler et sa déclaration sur la Suisse, il y a plus de 70 ans : « Sale petit hérisson arrogant ».

En fait, Juncker voulait juste dire que la Suisse avait tant à apporter à l'Europe, qu'elle est au centre d'un processus confédéral reproductible pour tout le Continent par son savoir-faire, sa connaissance en matière de gouvernance décentralisée et pourtant parfaitement rodée.

La Suisse absente de l'Europe, il manque toujours le cœur au Continent pour qu'il fonctionne non comme une machine froide de technocrates mais avec l'ensemble de ses forces sociales et libérales. L'Europe profiteuse et dilapideuse de subventions ; l'Europe monétaire et non politique ; l'Europe suicidaire et non solidaire ; l'Europe sans la tache blanche au centre de l'Europe, c'est une Europe impuissante qui s'enfonce dans la crise.

Pourquoi la Suisse est capable de beaucoup ? Parce qu'elle pourrait être de la façon la plus motivante l'organe reproducteur de cette Europe frigide rendue à des élites politiques de plus en plus populistes dans beaucoup de pays, Suisse comprise.

Et alors, sans doute, un autre départ pour le Continent aurait pu se faire...

En attendant on ne sait quel désastre à venir, l'expérience Blocher a gagné sur toute la ligne. Un château avec des murs de trois mètre d'épaisseur, une voiture blindée, des gardes du corps, l'argent qui s'enferme à qui mieux en mieux dans les porte-monnaies des milliardaires et dans le bunker de Monsieur Blocher ; une Europe financière détruisant l'Europe économique, son tissu économique et sociale ; et des populations mixtes, à cran, prises dans l'angoisse des lendemains qui déchantent, le chômage, la précarité, l'exploitation à outrance, et la haine de la différence.

La Suisse s'en sort bien, installée confortablement dans ses glaces éternelles. Est-ce Blocher qui a sauvé la Suisse de la catastrophe prédite des élites financières ou Blocher qui a coulé l'idée d'Europe politique, libérale, sociale, et humaniste ?

C'était une autre Europe que celle des poètes, des troubadours, et des artistes. C'était une toute autre Europe idéalisée. Mais la Suisse a fait confiance à son tribun fanfaron. Et les poètes sont restés dans son ombre, anonymes, seuls, abandonnés, perdus à jamais dans un monde qui n'a plus envie de partager et d'échanger la moindre idée d'idéal humanitaire. Les idées populistes au pouvoir et l'extrême droite triomphante comme une lame de fond évacuant peu à peu toute idée de réconciliation, de joie de vivre ensemble, de confiance réciproque envers les différentes strates de la population. Défiance en France, défiance en Italie, défiance en Grèce, défiance bientôt partout. La Finance a gagné la guerre en donnant le pouvoir aux extrêmes droites. Mais c'est l'Europe de ses visionnaires qui a perdu la guerre qu'elle aurait du remporter.

http://www.lesinrocks.com/2011/01/03/actualite/pour-un-ex...

 

 

Christoph Blocher en juin 2010. (Reuters/Pascal Lauener)

 

Un jour ou l'autre, le Temps vous donnera raison

 

 

 

 

 

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