14/10/2014

Ebola donne des allures de série télé à la « Walking Dead »

D'un côté, les humains qui n'ont pas été touché par cet atroce virus. De l'autre, des humains enfermés derrière des barrières et n'ayant contact avec les autres que lorsque ceux-ci enfilent des tenues de cosmonautes.

Cela ne vous rappelle-t-il pas une série télé où des zombies contaminés sont réduits à n'être plus que des morts vivants risquant de donner la mort aux êtres humains restés en bonne santé ? Encore que ceux-ci restent en liberté et sont appelés les « rôdeurs ». Alors que dans la réalité Ebola, les contaminés sont isolés du reste du monde dans des conditions les plus souvent lamentables et scandaleuses.

Des pestiférés placés en camp de concentration où ils se refilent parmi les germes du virus Ebola. Comment comprendre leur isolement total alors qu'entre eux il n'y a aucune protection pour empêcher de s'infecter davantage ne leur donnant ainsi qu'une chance extrêmement minime de guérir et de survivre ? C'est l'Afrique, me direz-vous. Et c'est terrible à avouer. En Europe, chaque malade serait isolé de tous les autres malades comme des personnes non contaminées... Sauf si les malades se comptent par dizaine de milliers...

Vaut-il mieux mourir en compagnie de gens touchés comme vous sans prendre aucune précaution dans les rapports humains ordinaires et même peut-être tomber encore amoureux une dernière fois avant de mourir presque ensemble, amour romantique à la Roméo et Juliette, ou est-il préférable de donner encore une chance de survie, même minime, à des êtres contaminés en prenant toutes les protections sanitaires mais en les isolant dans une solitude inhumaine ? Je laisse la question ouverte.

Ce qui semble le plus dramatique dans les rapports humains qui nous lient à cette maladie, c'est de réaliser que des malades veulent s'échapper de leurs grillages pour regagner le monde « libre » afin de se sentir vivants et non condamnés à mort. Et que de l'autre côté, on devine déjà des soldats chargés de la protection de la population non contaminées prêts à tirer sur les fuyards qui n'auront pas respecté les consignes de strict isolement.

Les morts-vivants sont-ils moins humains que les vivants ? Où les vivants sont-ils plus morts spirituellement que ceux pour lesquels on a décrété leur arrêt de mort ? C'est une autre question que je laisse ouverte.

Ebola nous condamne à combattre nos peurs, nos angoisses, et notre besoin irrépressible d'échapper à cette mort qui rôde en ravageant les corps et les cœurs. Que ferais-je en face d'Ebola ? Si j'étais malade ? Si des proches étaient malades ? Que puis-je faire pour donner de l'humanité à cette réalité dramatique qui ressemble à un cruel jeu de la mort ?

Nous sommes en guerre sur tellement de fronts différents. L'actualité nous met en demeure de ne plus vivre en paix avec nous-mêmes. Nous devons nous battre pour nos convictions, nos croyances, notre envie de survivre à un monde de plus en plus obscurcit par des consciences en mal de faire du bien. Le monde des bisounours n'est sans doute pas de notre réalité. Mais trouver tous les prétextes à la victoire de la haine parce que les bisounours, ou si vous préférez les gentils, sont impuissants face à la culture de la mort, je trouve cela odieux. Etre bienveillant, proche de son humanité, dégager de l'empathie, trouver les ressources compassionnelles nécessaires face des situations dangereuses au lieu de voir l'ennemi définitif en celui contaminé par une maladie mortelle physique ou mentale, voilà ce qui peut encore sauver notre humanité et résister à toutes les maladies mortelles.

C'est de loin pas gagné. Nous sommes plus près de toutes les guerres totales que de la paix mondiale. Ce n'est pas l'écrivain russe Mikhaïl Chichkine qui devrait me contredire.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/6f4193b4-5373-11e4-b9f9-6...

http://www.tdg.ch/monde/oms-prevoit-explosion-cas-debola/...

 

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