17/12/2014

Russel Means...après Sitting Bull

En ce jour où nous célébrons la mort violente du grand chef indien Sitting Bull, j'aimerais vous parlez un peu de mes quelques mois de jeunesse passés parmi les Sioux dans les Black Hills, terre sacrée des Indiens Lakota.

Nous étions alors au printemps 1980. Je venais de quitter ma demi-année passée à l'uni de Genève pour un coup de foudre... Non. Pas un coup de foudre pour une femme. Un coup de foudre pour un peuple dont j'apprenais la grande résistance actuelle par l'intermédiaire d'un livret d'étudiants sur l'  « American Indian Movement » qui prônait un retour aux sources des traditions, des coutumes, et des croyances Sioux. Un peuple spolié, décapité, les survivants du massacre mis en réserve comme on met des haricots dans une boîte. Contre subventions fédérales de l'Etat américains, le peuple indien restant était chargé, dans sa grande majorité, de fermer sa gueule, consommer drogues et alcools, et ne rien faire de plus que s'autodétruire dans l'oubli.

Sont arrivés quelques hommes, quelques grands chefs Indiens, dont Russell Means, pour redonner fierté et liberté à son peuple ainsi maltraité. Ont été créé des écoles de survie (survival schools) pour donner aux enfants le goût de la culture indienne, un retour aux sources au milieu de la modernité américaine. De toute évidence, rien ne fut idéal. Les jeunes Indiens étaient habitués à la restauration rapide et à la musique pop américaine. Déracinés, ne sachant comment trouver un avenir entre une vie sans activité et une Amérique qui les rejetait dans leur réserve, les jeunes trouvèrent alors ce goût d'honorer leurs ancêtres dans des cultes à la sundance et aux séances de purification (sauna autour de pierres surchauffées dans un foyer et bénies par le chaman représentant le cycle lunaire et le cycle menstruel des femmes).

Les Indiens ont toujours eu d'immenses difficultés à s'adapter au mode de vie des Blancs. Un peu comme le monde de l'islam qui arrive avec beaucoup de peine à accepter les codes occidentaux qui semblent, à priori, contraire aux lois sacrées d'Allah...

C'est donc parmi ces « sauvages » que j'ai vécu. Des irréductibles, des gens qui se méfiaient des Blancs et dont la haine suintait parfois avant qu'ils ne vous adoptent pour de vrai ayant compris qui vous étiez et ce que vous étiez venu faire là. Un temps assez exceptionnel pour moi. Un temps où j'ai appris de l'âme Sioux et dont il me reste une façon d'être au monde. Je n'oublierai jamais cette époque fantastique, cette chevauchée américaine ( 3 mois chez les Sioux, 3 autres mois à connaître les Blancs d'Amérique à travers environ 15'000 kilomètres d'auto-stop, côte Est-Ouest et retour!).

Ci-dessous, une image tirée d'un dessin fait dans le camp de Yellow Thunder Camp par Lorenzo, un Italien très sympa qui était lui aussi venu à la rencontre des Sioux, une carricature qui représente votre blogueur à l'âge de 20 ans et sa compagne (ma première épouse Sophie), le bébé qui n'existait pourtant encore pas..., le chien, Fanchon, le chat, dont j'ai oublié le nom, et la souris de circonstance-:). Je ne suis pas très présentable (on dirait un frère Dalton) mais au moins c'est une image super marrante.

Depuis, Russell Means, le grand chef que j'ai connu de près et qui m'a lui-même transporté au camp alors que je visitais différentes écoles (Jésuites et Indiennes) de la réserve de Pine Ridge, est mort en 2012 d'un cancer. Avant cela, il a eu le temps d'être candidat à la présidence des Etats-Unis en 1987 pour le parti libertarien avec un score formidable, pour un natif indien, de plus de 31% des suffrages, juste derrière Ron Paul. Il a aussi été plusieurs fois acteurs dans des films connus (voir page wikipédia). Andy Warhol, le célébrissime artiste, a peint 18 fois son portrait (!). Et surtout il a laissé ce testament écrit, trouvé dans une page du quotidien Le Monde, deux jours avant de mourir :

« Dans une note écrite deux jours avant sa mort, Means appelait ses fans à dédier une partie de leur temps "au travail sur lequel j'ai tenté de m'engager toute ma vie : la libération et la liberté pour mon peuple lakota, pour toutes les populations indigènes et, en fait, pour TOUS les gens". »

http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/10/22/l-acteur...

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2007/12/22/les-in...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Russell_Means

Russell, si ton esprit vit quelque part dans le Ciel, sache que je reste dans ce combat que tu as prôné durant toute ton existence. Nous ne partageons pas forcément les mêmes idées quant à la manière de développer nos sociétés, mais nous avons le même objectif. Je n'ai jamais oublié les derniers mots de votre chaman: "Come Back, John". Je ne suis jamais revenu au camp. Mais mon coeur et mon âme, eux, ne vous ont jamais quitté.

"In Dio", Indien en Dieu...

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Commentaires

Aka.

Écrit par : Jmemêledetout | 17/12/2014

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