15/01/2015

Personne n'est obligé d'acheter ni de voir ce qu'il ne veut pas

Un paradoxe immense entoure actuellement « Charlie Hebdo ». Alors que la revue satirique explose son tirage de 100 fois la vente habituelle d'avant l' attentat (50'000 avant, 5 millions après), d'aucun pense qu'il faudrait demander à Charlie Hebdo de mettre la pédale douce et ne ne plus heurter les sensibilités religieuses, dont celles de l'islam...ou alors devenir une sorte de revue clandestine que l'on planque sous le manteau pour éviter de déranger la paix civile et heurter certaines sensibilités.

Si Voltaire et beaucoup d'autres n'avaient pas heurté les sensibilités religieuses par leur liberté de ton, les Lumières se seraient éteintes et la royauté ainsi que le dieu des chrétiens seraient toujours au pouvoir politique comme spirituel de la France. C'est ma première remarque d'importance capitale pour la suite de mon billet.

On ne peut pas, on ne doit surtout plus demander à Charlie Hebdo de se censurer après l'atroce attentat perpétré par des islamistes dirigés par des bandes très organisées et très riches de religieux fanatiques qui veulent instaurer partout la charia dans le monde, cela au mépris de centaines de milliers de vies si ce n'est davantage encore, et de la soumission de tous les autres à leur vision moyen-âgeuse de la société.

On ne peut pas, on ne doit surtout pas voir Charlie comme une sorte de maladie honteuse (je pense ici à ces revues pornos que l'on cache en haut dans les kiosques pour être invisibles aux yeux des enfants et des personnes choquées par la pornographie) alors que la maladie honteuse est chez certains religieux, les maîtres de spiritualité satanique, qui tiennent des discours scandaleux et prônent le meurtre de masse des infidèles ; le viol de toutes les femmes qui cherchent leur propre liberté loin de la tutelle obligée d'un mâle, père, frère, oncle, ou mari ; le massacre total des penseurs, des philosophes, des artistes, qui veulent donner une lumière et apporter une sorte de libération aux consciences et aux âmes.

Pourquoi les fanatiques musulmans auraient-ils donc leur tribune dans tous les médias du monde avec leurs discours délirants sur Allah et pire encore, leurs crimes en tous genres, alors que les sympathiques journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo n'auraient eux plus le droit de déconner sur la folie de ces hommes fanatisés ressemblant de plus en plus à des nazis islamistes ? Hitler serait-il devenu plus fréquentable dans les médias que Tignous ou Charb ?Les gens qui sont morts (pour nous) s'en prenaient à toutes les religions du monde mais aussi aux écrivains, aux artistes, aux intellectuels, aux politiques. Pourquoi les religieux ne devraient plus jamais être froissés dans leurs sensibilités religieuses alors qu'un écrivain comme Houellebecq devrait accepter, avec le rire si possible, les moqueries radicales de Charlie Hebdo sur sa façon d'exprimer ses idées ? Parce que les religions sont au-dessus de l'Humanité ? Quelle foutaise ! La spiritualité est au service l'être humain. Ce n'est pas l'être humain qui est au service de la spiritualité d'un dieu quelconque. La menace divine ne fonctionne jamais comme on pense en démocratie et chez les êtres humains qui comprennent que la seule menace réelle vient des zones d'ombres de l'Homme, de sa haine viscérale, de son envie de faire du Mal, de détruire, d'éliminer tout ce qui le dérange, et en premier celui qui dit des choses blessantes, voir insultantes, mais tellement vraies, parfois, à son égard.

Une personne religieuse doit porter en elle suffisamment de foi pour ne pas être atteinte par des caricatures, même si ces caricatures ne sont pas de la plus haute facture artistique. Une personne qui porte en haute estime des prophètes tels que Moïse, Jésus, Mahomet, Bouddha, ou tout autre figure emblématique de la spiritualité ne doit pas être heurtée par des athées gais lurons au point de vouloir la disparition de leur revue, leur destruction totale, et leur mort. Nous vivons dans un monde libre où le rire fait parti de notre indispensable respiration quotidienne. Mieux, la liberté démocratique des libres-penseurs permet l'élasticité du système plutôt qu'il reste planté dans sa rigidité et son dogmatisme qui peut conduire à la dictature des consciences.

Si quelqu'un insulte ma mère, je pourrais voir rouge parce que ma mère est une personne, pas une divinité. Mais si quelqu'un caricature Allah avec une bombe dans son turban, je peux sourire parce que ma foi en un dieu d'Amour et Miséricordieux est bien plus imposante qu'un petit dessin même assassin qui ne tue pas une seule mouche mais qui me permet de pousser la réflexion plus loin...voir jusqu'à l'origine du monde de Courbet.

Tout est pardonné qu'il a dit Charlie. Je veux croire comme cela le sacrifice humain de nos libres-penseurs qui ont pris tous les risques. Ce dont je suis certain c'est que ce qui n'est pas si facilement pardonné par Dieu c'est le crime abominable et gratuit commis par des terroristes sur des personnes, des hommes, des femmes qui, au nom de leur idéal républicain et démocratique, ont payé de leur vie leur propre profession de foi en l'Humanité.

Que Charlie Hebdo vive éternellement et continue à vivre en toute liberté d'expression. Inch'Allah !

P.S. Si ma plate-forme d'accueil, donc 24 Heures, sa Rédaction, voudrait pour une fois mettre en valeur un de mes billets, je l'y autorise sans manière, pour ce billet en particulier.

« Quand quelqu'un essaie de faire œuvre d'artiste et de repousser les limites établies, il y a souvent, en face, des forces qui essaient de rétablir le silence. C'est une tension constante entre la censure et la liberté d'expression. Elle peut être très dangereuse pour les artistes, et pourtant, ils en sortent très souvent victorieux. Les poèmes d'Ovide, exilé hors de Rome par César Auguste, ont bien survécu à l'Empire romain. (...) Ceux de Mandelstam, qui a passé sa vie dans les camps de travail staliniens, ont enterré le régime, et les poèmes de Garcia Lorca ont résisté aux phalanges de Franco en Espagne. Les œuvres ont une résilience et une force incroyables.
En revanche, les artistes sont faibles et vulnérables, ils ont besoin d'être protégés. Dans leurs assauts contre les forces de l'obscurantisme, ils endurent parfois de terribles souffrances. »
Coco, survivante (Charlie Hebdo)

image: http://s1.lemde.fr/medias/web/img/bg/vide.png


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/15/salman-rushdie-defend-la-liberte-d-expression-absolue-de-charlie-hebdo_4557119_3224.html#9jFcHus1KXEztgw5.99

 

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