16/01/2015

Charlie a dix ans et est irresponsable

Irrespirable l'ambiance après la disparition des enfants du paradis terrestre.

Pourquoi le pape a comparé Dieu à maman pour défendre l'interdiction d'insulter la religion ? Maman était une sainte femme, très proche du Vatican, très dogmatique, très soumise à l'autorité papale. Maman était même l'organiste de la paroisse. Maman était aussi une maman merveilleuse avec ses défauts et ses qualités. Maman a surtout connu une vie très difficile après le départ de papa. Au début des années 70, une femme catholique, séparée de son mari avec quatre enfants à charge, ça la foutait plutôt mal comme on dit. Le divorce, chez les vrais catholiques, ça n'existait pas. Et maman refusait le divorce pour que Dieu l'accepte encore...

Il a fallu alors que maman travaille deux fois plus entre son foyer et son travail de secrétaire qu'elle avait abandonné depuis longtemps. Elle trouva une place dans une filiale de Tissot pour un salaire vraiment trop bas. Le soir, elle rentrait exténuée mais sa journée n'était pas finie pour autant. Ma grande sœur avait alors 14 ans au moment du départ de papa, j'en avais 11, mon frère 9, et ma petite sœur 6.

Ni femme de ménage, ni aide à domicile pour les devoirs scolaires des enfants, nous avons dû nous démmerder seuls sans l'aide de personne mais avec maman vaillante comme un héros de bande dessinée.

Mais les malheurs de maman ne prirent pas fin comme cela. Déjà plongée dans son chagrin, plus aucun homme envisageable pour elle vu sa foi immense en Dieu et sa crainte du péché, elle attrapa une putain de maladie presque inconnue à l'époque...sauf aux Etats-Unis, une sclérodermie, maladie voisine de la sclérose en plaque, C'est l'hôpital de la Chaux-de-Fonds qui s'occupa d'elle. Le diagnostic tombé en 1974, je crois, fut sans appel : 5 ans au maximum de survie. Ma maman, solide comme Hercule, dépassera le XXème siècle pour s'éteindre au printemps à l'aube du XXIème siècle non s'en avoir auparavant ressuscitée d'entre les morts entourée de ses quatre enfants et elle vécut encore quelques années en home.

Alors quand j'entends le pape dire qu'il est normal, (mais pas chrétien cependant, ndlr), de casser la gueule à celui qui dira du mal d'une maman, je roule avec lui. Mais je ne roule pas avec lui quand il dit que personne n'a le droit d'insulter Dieu parce que Dieu, même que j'y crois, Il n'était pas là quand six millions de juifs ont cramé dans les camps ; que toutes sortes de gens se font trucider par des assassins ; et quand Charlie s'est fait descendre par des fanatisés qui ont fumé le poison de l'extrémisme religieux. Et Il n'était pas là non plus pour rendre la vie de maman plus facile et plus douce.

Au final, je dis que si personne n'a le droit d'insulter maman, son fils lui a le droit de lui dire encore ceci à travers les nuages :

J'ai dix ans. J's'suis Charlie, j'suis Gumy la gomme. j'envoie valser mes chewing-gum mâchés à tous les vents. Si tu m'crois pas, tarte ta gueule à la récré.

« T'es trop con, maman. Dieu n'est pas là pour donner des ordres de justice à travers des guides spirituels alors que Lui est cruellement absent des zones d'injustice. Dieu vit simplement en ton fort intérieur, il est ta foi intime, ton tabernacle de la vie. Et il te guide pas à pas vers une vie de bonté et d'amour ».

Et je sais que ce dieu-là, tu l'as écouté au plus près de ta conscience et de ton âme.

 

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