07/02/2015

L'Europe mal aimée, l'Europe haïe

La Suisse va-t-elle s'isoler à jamais de l'Europe ? Va-t-elle résister tel Guillaume Tell face au bailli Gessler ? Peut-elle prendre un tel risque ? Doit-elle le prendre ? Et les Suisses sont-ils prêts à la Révolution commencée par la Grèce ?

Mais de quelle Révolution s'agit-il, au fait ? Une révolution égoïste qui dit « chacun pour soi et les peuples seront bien gardés ? » A coup sûr, une telle révolution nous ramènerait aux antagonismes qui furent aux origines des deux monstrueuses guerres mondiales du siècle passé sur notre Continent. Une révolution altruiste, alors,  qui dit « nous refusons l'idéologie de l'ultralibéralisme mais nous allons travailler à une toute autre Europe plus solidaire, plus cultivée, moins tournée vers le tout-au-fric, et au matérialisme ? Permettez mon pessimisme quand j'écoute la majorité des adversaires de l'Europe actuelle vue comme une pourvoyeuse de main-d'oeuvre bon marché qui menacent nos postes de travail.

L'Europe a voulu aller trop vite. Certes. L'Europe est d'abord une construction économique avant d'être une construction politique. Ce qui est une erreur fondamentale. De là, son abstraction aux yeux des peuples qui ne l'aiment pas, qui la méprisent, qui la repoussent, qui demandent son assassinat pur et simple. Il est vrai que cette Europe-là ressemble à une grande prostituée qui s'intéresse d'abord au pognon avant tout le reste. Mais tout de même. Il faut aller la reconnaître dans ses détails les plus intimes, ses institutions, son ouverture d'esprit, sa noblesse scientifique et artistique, ses liaisons intimes avec le meilleur de nous-mêmes, nous-mêmes représentant la fleur artistique et intellectuelle de notre continent soutenant tout projet économique, donc nos emplois aussi. Peut-on vouloir la mort de la grande prostituée à l'image des faux religieux de l'islam qui cherchent la pureté en commettant les pires atrocités ? Pour ma part, je défends notre Europe en espérant qu'elle se décide à devenir moins putain et plus mère des peuples qui la compose, donc plus mature et moins prétentieuse quant à sa volonté de tout fixer à l'aune du fric. Je crois encore en elle malgré tout ce qu'on dit de mal sur elle. Je crois à son cœur, la Suisse, qui est l'organe lui manquant le plus au monde pour peut-être se distancer de son cynisme et de ses calculs financiers, de sa dérive pro-américaine à outrance au lieu de rester sur ses valeurs européennes, ses valeurs qui ont fait la différence d'avec l'Amérique.

Nous avons besoin d'une Europe forte qui travaille à la paix avec la Russie. Nous n'avons surtout pas besoin d'une Europe qui s'autodétruit et d'une Suisse qui s'isole complètement. Ce serait sans doute les débuts de nos plus grands emmerdements collectifs avec des ennemis surgissant de partout. L'Europe qui ne s'aime pas elle-même, c'est une Europe condamnée. Car au-delà de l'Europe, il y a des millions de gens qui détestent l'Europe, ce que nous sommes, ce que nous avons fait et ce que nous faisons encore de mal. Et cela va bien au-delà de l'objectivité et de la réalité. Nous sommes très mal vus, surtout très mal considérés par des millions de personnes du Continent africain, qui fantasment sur l'esclavage de leurs ancêtres, du Continent eurasiatique qui fantasment sur les guerres provoquées en Orient ou en Afrique dont seul l'Europe et l'Amérique porteraient le chapeau selon l'orientation idéologique de ces gens. Tout est de la faute de l'Europe et de l'Amérique dans leurs têtes et dans leurs cœurs. Eux ne sont que des victimes de la politique cynique du libéralisme global. Oublier cela et se diviser au pire moment de l'Histoire, et ce sera la destruction de la démocratie et de l'Europe, potentiellement du monde entier. Car nos valeurs soutiennent le seul projet d'avenir possible pour une Humanité globale interconnectée et donc immédiatement au courant des nouvelles du monde, immédiatement connectée aux nouvelles technologies et donc au savoir-faire dans tous les domaines. La démocratie est en construction permanente. Vouloir la réduire aux valeurs de notre pays, notre petite Suisse, vouloir en faire un cas particulier qui touche une toute petite minorité de la population mondiale, c'est signé notre arrêt de mort à plus ou moins court terme.

L'isolement est la pire des solutions à nos problèmes. Qu'on se le dise. Nous ne sortirons pas du tout indemne d'une séparation radicale d'avec l'Europe des nations.

http://www.tdg.ch/editorial/peuple-suisse-doit-revoter/story/17826645?comments=1

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