11/04/2015

La douleur de l'injustice flagrante et dégradante

Il y a des jours où ce que vous lisez dans les journaux vous met un coup de massue sur la tête. Votre pays, mon beau pays, défend certaines familles plus que bien et en démolit d'autres plus que mal.

L'histoire d'une injustice flagrante et dégradante d'une famille c'est un peu celle de ma famille. Cela pourrait être celle d'une autre famille vivant dans ce pays prospère.

A l'époque je sortais d'une faillite commerciale, classée personnelle, puisque ma fortune personnelle égale à zéro ne m'avait jamais permis de prendre un restaurant sous sarl ou société anonyme. Donc, le prix total à payer pour ma chute, suite à des relations naïves et douteuses avec de gentils escrocs du business hôtelier, fut effectivement total avec aucune possibilité de me mettre à l'abri des créanciers.

Vous vous retrouvez sans rien. Vous repartez à moins zéro avec le moral en berne.

Pour l'anecdote sentimentale, je venais alors de retrouver un job mal payé de cuisinier en second dans une pizzeria. J'avais payé le max de factures avant de me déclarer en faillite. Il me restait, avant premier salaire, quelque 300 francs sur mon compte postal que j'avais retiré pour nourrir ma femme et mes enfants. Un téléphone reçu plus tard, et les menaces de la personne responsable des faillites qui me déclarait en état de délit pour avoir pioché ces fameux 300 francs sur mon CCP alors que je ne devais plus y toucher, je me rendais compte de ma connerie et de mon excès d'honnêteté pour payer au mieux mes créanciers.

Mes enfants et ma femme pouvaient crever de faim, Monsieur le Maître des Poursuites et Faillites me sommait immédiatement de remettre cette somme sur mon CCP au risque de connaître les affres de la justice...Pourtant, je lui avais dit que c'était mes derniers sous pour nourrir ma famille.

Tout cela, ce n'était que le début de mes emmerds financiers. La suite fut pas meilleure. Dans la jolie petite ville de Thoune, deux ans plus tard, j'ai trouvé un poste de chef de cuisine. Une rémunération pas trop géniale, Fr.5'000.-- net avec les allocations familiales. Un loyer à fr.1'700 francs pour un trois pièces, tous les frais d'assurances-maladie à ma charge, Berne ne distribuant pas tous les subsides aux familles plus ou moins défavorisés auquel elles pouvaient avoir droit dans d'autres cantons moins chiche en la matière, une pension alimentaire de fr.690 francs par mois en faveur de ma première fille résidant dans un autre canton, donc impossible à tenir compte dans le budget bernois (!). Et des tranches d'impôts d'environ fr.500.-- par mois que je ne pouvais bien évidemment pas honorer. Une femme et trois enfants au domicile, ça coûte, même au plus strict des minimums possibles.

J'ai fini par raconter mon historique familial aux Services Sociaux de Steffisburg, bourgade bien sympathique de Thoune. Faire le budget, le retourner dans tous les sens, je ne pouvais pas payer mes impôts. La charmante assistante sociale le constata d'elle-même et cela sans tenir compte de la pension que je devais à la maman de ma première fille qui habitait un autre canton et qui devait avancer la pension si je ne la payais pas(!).  Je ne voulais pas de sous. Seulement un appartement subventionné qui me permettrait de payer mes foutus impôts... Mais cela posa un problème cornélien à la dame. Dans son classeur, aucune possibilité d'aider un cuisinier qui ramène net fr.5'000 francs au domicile conjugal. J'étais hors du droit au logement subventionné. J'ai bien tenté d'expliquer l'absurdité de la chose, de faire remarquer à la dame que si j'étais plongeur dans mon restaurant au lieu de chef de cuisine j'aurais non seulement droit au logement mais en plus que je ne payerais aucun impôt. Nada. Elle était désolée pour moi et ma famille. Elle ne pouvait rien faire sauf de me transmettre que mon épouse pouvait chercher du travail...

Certains d'entre vous qui me suivez sur ce blog depuis longtemps connaissent un peu la suite tragique de mon histoire familiale. Je n'ai pas envie de revenir la-dessus dans ce billet.

J'insiste tout de même sur le fait que j'avais envoyé du courrier à un média aujourd'hui disparu concernant la bêtise des subsides cantonaux en matière d'assurance maladie qui aident certaines familles et d'autres pas du tout. Aucune réponse en retour...

Alors voilà. Quand je lis cet article du journal « Le Temps », permettez-moi la politesse de dire que ce pays est complètement injuste dans ses aides sociales apportées. Il n'y a rien de logique. C'est ubuesque et indigne du pays dans lequel j'habite et pour lequel je me bats au quotidien pour survivre au désastre de mon existence passée et actuelle.

Voici ce billet qui me révolte tellement :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/5943318e-dfa1-11e4-aa18-f..._

Merci à celles et ceux qui comprendront un peu mon parcours de vie. Je ne demande aucune pitié. Juste un peu de compréhension et de compassion.

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