22/04/2015

L'âme d'un suicidé involontaire (Dialogue de l'absurde)

L'un : « C'est du suicide ! »

L'autre : « Non. C'est mon dernier espoir de survie »

L'un : « Reste chez toi. C'est plus sage. »

L'autre : « Garde ta sagesse pour toi. Je suis en rage. Je n'ai rien. Je suis de nulle part. »

L'un : « Chez nous, t'as pas ta place. T'es trop différent. T'es si peu de chose devant le mirage qui t'attend »

L'autre : « Chez nous, j'ai jamais eu ma place. Je suis pourtant pas différent des gens de mon peuple. Je suis le mirage sans aucune réalité. Celui que les autres ne verraient que si j'explose avec une bombe dans ma ceinture »

L'un : « En plus de ça, tu es un terroriste en puissance. C'est le bouquet final ! Et tu veux atteindre nos côtes et qu'on te fasse une place. T'es complètement givré ! »

L'autre : « T'oublie que mon givre je le porte sur moi et que le seul mal que j'inflige c'est à ma personne oubliée de tous. Je ne suis pas un terroriste. Je dis que la seule manière pour que les gens m'identifient serait de faire péter ma vie avec une bombe. On chercherait mon identité, mon parcours, ou plutôt son absence. »

L'un : « Vous êtes des millions à penser comme toi ? »

L'autre : « Sans doute. Mais nous sommes des millions à ne pas accepter l'inacceptable parce que malgré ce que ta peur te dicte nous ne sommes pas des candidats assassins mais des candidats à la vie ».

L'un : « Il y en a quand même quelques-uns parmi vous qui passent à l'acte et tuent des innocents. "

L'autre : «  Nous sommes des millions d'innocents qui mourront sans bruit dans l'indifférence générale. Nous sommes des millions de personnes qui se sentent dans la peau de suicidés involontaires dont le destin absurde est de mourir au plus tôt pour laisser vivre les vivants. »

L'un : « C'est la loi de la sélection naturelle. Nous sommes trop nombreux sur cette Terre. »

L'autre : « C'est aussi pourquoi la loi du surnaturelle fabrique tant de fanatiques religieux. Si tu penses science exacte alors que le chaos économique est la règle générale, tu auras la science inexacte de Dieu qui viendra ébranler tes certitudes scientifiques. »

L'un : « Tu es un partisan objectif du terrorisme. »

L'autre : « Je suis partisan d'une société juste et équilibrée, démocratique et solidaire, où chaque être humain est accepté dans ses différences par les autres, où chaque être à droit à la parole et la reconnaissance du moment qu'il respecte le pacte d'humanité qui nous lie. »

L'un : « C'est quoi ce pacte d'humanité ? »

L'autre : « C'est celui qui écrit que je ne suis pas un cafard mais un homme ou une femme. C'est celui qui écrit que la vie est sacrée et que tous ont droit à la dignité humaine, à une condition sociale non offensante et méprisante. Je vois que chez vous, le nazisme couve ses oeufs »

L'un : « Il y a trop de profiteurs parmi vous. Ceux qui travaillent ont en assez de payer pour les parasites, celles et ceux qui se la coulent douce sur le dos de ceux qui triment à la tâche. »

L'autre : « J'ai suivi un appel d'air parce que je suffoque chez moi. J'ai quitté mon pays parce que les premiers profiteurs sont ceux qui nous dirigent et engrangent tous les bénéfices. J'ai rejoint ce rafiot et je suis à fond de cale. Il y a des chances que je coule doucement sans rien dire. Je vais accomplir mon suicide involontaire pour parvenir hypothétiquement chez toi. Si j'y arrive, je resterai encore un vivant en sursis. Si l'aide sociale m'accorde de quoi survivre, je trouverai les ressources pour travailler et trouver ma place. »

L'un : « Foutaise ! Tu n'auras ta place qu'en volant celle d'un autre. Le système n'offre plus assez de travail aux habitants de chez nous. Tu deviendras un élément qui participe au naufrage du système. La barque est pleine. Il vaut mieux que tu coules en mer plutôt que tu viennes nous couler tous. »

L'autre : « Dans mon pays, je n'ai pas ma place. Chez toi, je n'ai pas ma place. Je suis dans la peau du suicidé involontaire. Tu ne veux pas te pendre avec moi pour être solidaire avec moi ? »

L'un : « Ah non. Je tiens à ma place. Pends-toi seul sur ton rafiot de fortune. »

L'autre : « Ta place actuelle n'est qu'un jeu de chaises musicales. Tu la perdras de toute façon un jour quand tu verras la mort en face ou qu'un autre t'aura signifié que tu n'as plus ta place parmi les Hommes.

Les commentaires sont fermés.