27/04/2015

Exode : Je suis celui qui est

Ils encombrent nos esprits. Ils hantent notre mémoire.Ils attirent notre regard et notre compassion par la marée humaine et le nombre qu'ils représentent. Un seul de ces migrants serait invisible aux yeux du monde. Il pourrait mourir que personne n'y ferait attention. Ils sont des centaines de milliers, un million, et même plusieurs millions peut-être à se préparer à l'exode.

Nous vivons à l'époque du slogan « je suis » qui a vu sa naissance avec l'attentat contre Charlie Hebdo. Depuis, ce slogan est repris à toutes les sauces jusqu'à la vomissure de certains. Physiquement et individuellement, ils n'étaient tous qu'une goutte d'eau dans l'océan en train de tomber au fond de la mer. Soudainement, ils occupent massivement les médias et alors ils sont des êtres humains revenus du néant qui ont besoin de secours et d'attention.

« Qui es-tu ? » demande le public enfin à l'écoute. Et le migrant de répondre : « Je suis celui qui est de l'autre coté de la Méditerranée, un être humain qui accomplit ce dernier voyage pour goûter à l'Eldorado, le paradis que j'attends depuis longtemps parce que je me suis enfuis de l'enfer.».

Le public se sent agressé : «  Retourne d'où tu viens. Il n'y a plus de place au paradis. Nous voulons fermer les portes. Il n'y aura pas d'autres élus par ici.». Le migrant répète : « Je suis celui qui est de l'autre côté de la Méditerranée. Je suis celui du Sud. N'avez-vous donc pas rencontré Dieu dans votre paradis du Nord  rempli de luxe et de volupté ? ».

Une petite place au paradis des athées qui ont réussi. C'est ainsi que l'homme du Sud voit son combat moderne. Il fuit l'enfer, les Ténèbres de Dieu, et se sent attirer par la Lumière de Satan. Il rêve d'un idéal, d'une vie meilleure sur cette Terre, d'un lieu prospère où règne le calme et l'harmonie, un lieu où l'homme révolté a vaincu la vengeance divine et sa promesse de Jugement Dernier.

Et pourtant, chaque jour, l'Homme repart au combat pour détruire son « ennemi », l'éliminer de la surface de la Terre, violer les femmes, torturer les hommes, prendre de force tous les pouvoirs possibles et imaginables. Il crée les conditions de son enfer en voulant imposer sa force, sa brutalité, sa cruauté. Etait-ce bien de se satisfaire des séductions de Satan et d'ignorer la place de Dieu dans le monde ?

Le migrant, lui, se tait. Il n'a rien à dire tant il ne porte plus rien sur lui qui puisse séduire encore les attributs lumineux de Satan. Il attend une petite lumière dans nos cœurs qui lui dira « Bienvenue chez nous » malgré son dénuement, sa différence, son mystère, sa sortie de l'enfer du Sud. Alors il embrassera la Terre du Nord de la Méditerranée en guise de reconnaissance. Il saura que Dieu existe aussi chez nous et que Satan ne règne pas en maître absolu de nos vies. Il est bien celui qui existe toujours quelque part à travers les autres. Il n'est plus cette chose anonyme qui peut disparaître sans laisser de trace nulle part, un numéro parmi la chaîne comptable des morts. Il est reconnu et il a désormais retrouvé une place dans la société.

Sauver la vie d'un migrant, c'est s'éloigner soi-même de l'enfer de nos égoïsmes, et des fausses lumières de l'ego.

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