23/05/2015

Cannes 2015 : Une gerbe de sperme en 3D et en pleine face

Au moment de décerner la Palme d'Or, il restera sans doute dans la tête des festivaliers qui ont vu « Love » la scène d'une éjaculation reçue en pleine figure grâce à l'effet 3D.

Poisseux, pouah diront les derniers réfractaires au porno, la scène a de quoi rester dans les an(n)ales de Cannes. Est-ce que le cinéma d'aujourd'hui est encore à prendre au sérieux ? Est-ce qu'il assume toujours son rôle de baromètre sismique de l'actualité ou se confine-t-il à un rôle de plus en plus commercial qui agite marques et mannequins à la face éjaculatrice du monde?

Sorry. Je ne veux pas d'un cinéma où l'on transforme nos stars en mannequins stéréotypés qui n'ont plus rien à dire d'intéressant sauf à montrer une plastique parfaite et lisse comme une chemise repassée à l'amidon. Je veux des stars, des vrais, des bouleversantes, qui disent autre chose que l'URSS, sic, c'est le bonheur et que Poutine est un chic type.

Sorry. Je ne veux pas d'un cinéma qui reproduit des scènes de sexe sans que le discours qui l'initie soit puissant et d'un scandale abouti. Je veux du sexe qui initie à la liberté, à la rébellion, à l'envie d'imiter ses héros et ses héroïnes dans la vie de tous les jours.

Sorry. Je ne veux pas mourir idiot tel un mouton sacrifié sur l'autel du fric. Je ne veux pas que mes compagnons et compagnes d'infortune finissent dans la grotte du cyclope bouffés par un géant milliardaire qui nous dit comment vivre et comment penser afin de conserver et accroître sa puissance.

Sorry, J'aime le cinéma, Sophie Marceau, et la Boum. Et toutes les nymphes qui s'identifient à Calypso. Celle qui celle et enveloppe de son amour protecteur l'aventurier parti pour un périple aux milles histoires mythiques.

Sorry, Cannes n'est plus. Elle est confrontée à un problème d'égoportraits qui cherchent tous désespérément à garder à tous prix la lumière sur eux sans que la souffrance, la recherche, la douleur, la disparition, ne les effleurent ni ne les touchent un seul instant.

Il y a des bateaux qui coulent en Méditerranée. Ulysse est peut-être le passager de l'un d'entre eux. Il n'a pas la prétention de déranger les prétendants au trône qui se photographient avec un pistolet sur la tempe en se disputant les charmes de Pénélope. (Voir le tableau de Dürrenmatt, « les Funérailles d'un banquier », œuvre qui vient de trouver son apothéose prophétique avec une jeune femme qui a confondu dramatiquement son smartphone avec un pistolet placé sur sa tempe.


Un Gérard lourdeau et has been qui rate son baiser vorace sur Isabelle la Frigide. Une gerbe mortuaire de sperme en 3D sur plein écran géant. Oui, Nous sommes en plein dans l'âge porno, l'âge du viol et des barbares, et l'amour a disparu de nos écrans comme de nos vies.

Cannes est morte. Vive Cannes...et Sophie Marceau.

 

Arnold Böcklin, Ulysse et Calypso, huile sur toile, 1883, Kunstmuseum, à Bâle.

 

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