28/07/2015

Vintimille: "No Borders Camp"II

Clandestins et pourtant citoyens du monde

 

Le 10 juin 2015, des migrants provenant pour la plupart de la corne africaine et du Soudan remontent la botte italienne et se heurtent à l'interdiction de rentrer sur le territoire français à la frontière de Menton-Vintimille.

Face au refus des autorités françaises, plusieurs d'entre eux, dont quelques familles avec enfants, décident d'investir les rochers du bord de la Méditerranée qui jouxtent la frontière française. Devant cette désolation humaine, les gouvernements français comme italien ne bronchent pas dans un premier temps. Ces gens sont abandonnés à eux-mêmes dans les pires conditions sanitaires et humaines. Ce seront quelques personnes actives dans les milieux de l'anarchisme italien qui vont décider de créer un camp de survie à proximité immédiate des rochers en squattant une zone appelée "la verrue de Vintimille", endroit qui se situe sous les quatre arches du pont Saint-Ludovic ainsi qu'une partie de la place de parc et le devant du pavillon occupé par l'Office du Tourisme italien et un kiosque à journaux.

Dans les semaines qui suivent, la ville de Vintimille trouve des locaux à proximité immédiate de la gare sous la bonne garde de la Croix-Rouge pour loger en priorité les familles et les femmes abandonnées sur les rochers alors que le camp du mouvement "No Border Nation" se met gentiment en place avec la création d'une cuisine de fortune en plein air et totalement rudimentaire, d'une douche et d'un W.C. ainsi qu'une sortie d'eau courante sur la place de parc.

L'Etat voit ainsi d'un très mauvais oeil cette occupation du territoire par ce groupe d'anarchistes et de jeunes Soudanais qui s'organisent entre eux pour faire vivre et animer la révolte devant l'ampleur du drame des sans-papiers venus chercher l'asile et la protection de l'Europe démocratique en fuyant la guerre dans leur pays d'origine.

En pleine saison touristique, ce sont entre 40 et 80 migrants qui dorment encore chaque nuit, en ce mois de juillet 2015, à même le sol où sous des tentes montées par le mouvement anarchiste. Les rochers ont été presque entièrement désertés au profit de la zone dite "la verrue de Vintimille", lieu précis où sanitaires et cuisine ont été installés de bric et de broc.

La journée se déroule au rythme des assemblées, des réunions informelles, et des groupes de travail où les activistes donnent des cours de langue, des conseils pratiques et juridiques, des informations sur l'évolution des décisions politiques ainsi que les conditions d'accueil des réfugiés pour des pays comme l'Angleterre (destination très prisée), l'Allemagne ou la Suède. Les activistes sont pour la plupart des universitaires qui prennent sur leurs vacances pour venir intégrer durant quelques jours le combat quotidien de migrants. Le va et vient est donc continuel autant du côté des migrants que des activistes et seuls quelques personnes sont là depuis le début en quasi permanents du camp.

La plupart des jeunes universitaires ou travailleurs présents dans le camp sont motivés par un idéal universel d'ouvrir les frontières à tout le monde et du refus d'un Etat global militarisé et tout-puissant. Le groupe de Bologne, très actif pour cette cause, mène le leadership au sein du camp. D'autres représentants de villes italiennes et françaises viennent se mêler à la réflexion et à l'organisation quotidienne de ce camp.

En début de soirée, il y a régulièrement une manifestation à la frontière avec banderoles revendicatrices et accusatrices au cri de "WE ARE NOT GOING BACK". La tension est palpable et les douanes italiennes comme françaises renforcent leurs dispositifs à cette heure de la journée pour parer à tout débordement comme, par exemple, le blocage de la route ou passage forcé de la frontière par les migrants. L'ambiance, du côté des migrants et des militants, reste très solidaires et c'est avec des pierres tapées en rythme sur les barrières ou alors avec des casseroles, voir même des tambours, que les manifestants tentent d'alerter les automobilistes sur le chemin ou le retour de leurs vacances à l'aide de tracs ou de discussions spontanées entre activistes et automobilistes.

La police italienne reste pour le moment passive devant l'occupation du territoire par le camp. Personne ne sait jusqu'à quand va rester ce campement et comment tout cela va s'arrêter un jour. Cependant, ce qui restera de la mémoire de ce lieu sera sans doute une prise de conscience pour de nombreux jeunes activistes de la nécessité de mener un combat politique afin de modifier les conditions de vie des migrants qui arrivent chez nous et qui sont de moins en moins acceptés en tant que citoyens et citoyennes du monde à cause de leur insolvabilité financière provisoire alors que les plus riches voyagent à peu près partout et sans entrave grâce à leur pouvoir financier.

La clandestinité de ces gens n'est pas une option viable, où bien alors nous sommes tous des clandestins de notre propre Terre. Les gouvernements ont la priorité de faire cesser les conflits armés dans le monde au lieu de les nourrir et de les entretenir. Les gouvernements ont l'obligation, en particulier les grandes puissances comme l'Amérique, la Chine, la Russie, l'Europe, de mettre en oeuvre des politiques qui permettent  une autre vision du monde qui ne tournent pas entièrement autour de la finance et de l'ultra-capitalisme qui est un cannibalisme de l'Humanité toute entière. Les gouvernements ont l'obligation de trouver des moyens d'accueil à des gens chassés de chez eux par la faute des guerres orchestrés par les lobbies de l'armement et les luttes géo-stratégiques de nos propres gouvernements.

L'existence même de "No Borders Camp" fait échos à cette absence d'humanité et ce mélange de cynisme et de barbarie financière qui règnent au sein même de nos pouvoirs démocratiques qui tiennent par ailleurs un double langage permanent. Soit d'un côté l'étendard brandi sous l'appellation Droits de l'Homme, égalité, fraternité, liberté; et de l'autre, le langage de l'intérêt particulier de quelques grandes fortunes et multinationales qui s'enrichissent sur la vente des armes, la guerre et le malheur de populations entières.

La résistance ne s'arrêtera jamais face à cette conception déviante, corruptrice, et dégénérée de la démocratie. Les jeunes activistes comme les jeunes migrants qui se tiennent dignes et fiers sur les rochers de Vintimille sont l'avenir de notre Humanité. C'est grâce à leur courage et à leur volonté d'entreprendre une nouvelle façon de vivre en communauté, à cet apprentissage au sein même du voyage rocambolesque vécu par les migrants, que les idées politiques germent et progressent dans les coeurs et les cerveaux. Si nous voulons éviter le mur, ne créons pas les murs et les abandons de masse de ces populations migrantes. Si nous voulons un autre monde, il faut se battre pour de bonnes raisons et pour la légitimité de chaque citoyen et citoyenne habitants de notre planète. Si nous voulons survivre à la guerre, il nous faut la combattre avec un esprit guerrier qui ouvre à la paix, à la démocratie, à la liberté.

C'est le combat des migrants, des activistes, des donateurs, et des sympathisants qui, tous ensemble, maintiennent en vie la symbolique et l'existence éphémère de "No Borders Camp" à Vintimille. Le combat est sans doute historique et fera date dans l'Histoire de nos migrations intérieures comme extérieures.

Jean-Marie Gumy, Pacha K Mac, blog 24 Heures

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Commentaires

Bonjour Pachakmac A chacun son cheval de bataille ! Cependant il faut admettre que grâce aux réseaux considérés de plus en plus anti sociaux ,tous ces réfugiés ressemblent à Robinson Crusoé sur son île perdue
Pourquoi anti sociaux en tous cas à 90 pour cent parce que ces réseaux agissent comme des sectes et pour ces dernières n'existe qu'un seul but,arriver à faire faire n'importe quoi aux victimes pour mieux leur voler leur argent et ensuite les jeter sur les routes de la désespérance
Et seules les victimes sectaires peuvent sentir le piège se refermer sur ceux qui sont encore nombreux à croire au Père Noel
Très bon +er Aout

Écrit par : lovejoie | 30/07/2015

Chère lovejoie, vous décrivez l'exact contraire de l'idéal qui anime les jeunes personnes anarchistes-libertaires, filles et garçons, qui viennent prendre la défense des migrants. NO BORDER est un collectif qui n'a surtout pas de leaders politiques, qui prônent la démocratie sans la hiérarchie, qui refusent toute pyramide du pouvoir. C'est d'ailleurs bien ce qui dérange les politiciens, dont des parlementaires français venus sur place, qui ne savent pas comment et avec qui dialoguer quand ils se sont présentés la semaine dernière à Pont Saint-Ludovic flanqués de journalistes de FR3. Ils ne sont pas mal accueillis. Ils sont simplement accueillis par des personnes qui ne représentent personne grâce à des élections par les urnes mais qui prennent de façon spontanée, et non instrumentalisée, la défense des migrants sans jugement de provenance ou de motivations politiques ou économiques de ces derniers. Ce joyeux bordel dans la gouvernance d'un mouvement de fond ne peut que perturber des politiciens qui ont appris à jouer sur les rapports de force en rapport à des interlocuteurs "valables et validés" par les urnes ou par la dictature. Rien de ça ici. La prise ne parole est libre, contestable, et contestée aussi. Chacun et chacune y amène son expérience, son grain de sel ou de poivre, sa vision, et les actions se font au feeling, y compris les manifestations à la frontière.

Bonne journée à vous.

Écrit par : pachakmac | 30/07/2015

Pachakmac votre réation me fait penser au temps ou nous défendions notre propre indépendance , nos droits féminins mais avec une très grande différence ,nous devions aussi travailler pour nous en sortir personnellement
Par chance ce sont les très grands patrons qui ont compris nos démarches et qui ont fait preuve d'une très grande sagesse en nous offrant la possibilité de nous exprimer et surtout mettre en avant nos propres initiatives pour faire tourner l'économie
Serait-ce que ces jeunes soient tous des enfants de parents nantis quand on sait qu'un parent qui a beaucoup d'argent aura très souvent des enfants anarchistes ?
De quoi vivent ces jeunes manifestants ? sont -ils entretenus voire mandatés par des ONG? on ne peut pas manifester et travailler pour assumer son gagne pain
Ou alors comptent -ils tous sur le chômage pour leur offrir encore et encore le droit de manifester ,allez savoir
Car manifester sans apporter des solutions c'est perdre son temps surtout si on ne mouille pas soi -même sa chemise

Écrit par : lovejoie | 30/07/2015

Ce sont des étudiants en sciences politiques, en philosophie, et autres extensions universitaires et aussi des travailleurs ou travailleuses, institutrices ou autres professions sociales. Ils ne perdent pas leur temps. Il prennent sur leur temps libre pour proposer des alternatives aux problèmes migratoires. Ils agissent dans leur ville et sensibilisent les opinions publics à la situation dramatiques de ces personnes. Enfin, pour certains d'entre eux, ils prennent aussi des risques pour donner des possibilités de voyage à ces personnes dont on interdit le passage des frontières. Ils ne font pas rien. Ils agissent. Et même si personne ne détient la vérité en ce domaine, ils font de leur humanité profession de foi et donnent un peu d'espoir à des jeunes gens qui ne savent pas ni où ni quand ils retrouveront une situation et un avenir. C'est déjà pas mal au vu d'une certaine jeunesse dorée qui se bronze la pilule sur la plage des vacances sans se préoccuper de cette autre jeunesse abandonnée des politiques internationales qui n'a presque plus aucune réalité d'avenir devant eux...

Écrit par : pachakmac | 30/07/2015

"devant elle" devais-je écrire...

Écrit par : pachakmac | 30/07/2015

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