30/07/2015

Vintimille: "No Borders Camp" III

Une longue réflexion avant l'hiver

C'est l'été, pas encore l'été indien. D'ailleurs ce dernier répondra-t-il présent pour protéger de sa douce chaleur automnale les dizaines de milliers de migrants actuellement sans abri partout disséminés en Europe?

Et après, dès novembre, que ferons-nous, nous Européens bien à l'abri derrière nos murs chauffés, pour tenter quelque chose en faveur de ces gens que personne ne veut?

Les 10 jours passés à Vintimille m'ont confirmé ce que dit la chanson d'Azanavour: oui, la misère est moins pénible au soleil. On y rit, on y joue au foot à la tombée du jour, on nage dans la mer l'après-midi, on fraternise au son de chansons soudanaises ou de reggae et l'on danse de tout son soul pour oublier la misère qui nous est promise une fois l'abandon des foules consommé.

On peut même passer des quasi nuits blanches d'affilé au sol, sur une couverture de survie, se faire agresser par la lumière des spots publics, le bruit des voitures ou du train, les piqûres de moustique; et au matin, se réveiller peu en forme avec le soleil levant sur la mer, le bain et la douche à l'aurore pour réparer le manque de sommeil, et le café noir fumant avec les premiers migrants résidents ou les activistes qui sortent de leurs couvertures.

Le spectacle est d'ailleurs d'un impressionnisme stupéfiant à ces heures matinales du côté de la frontière de Pont Saint-Ludovic. Des corps de jeunes garçons et de filles Blancs entremêlés de corps de jeunes Noirs jonchent le sol comme diraient les touristes effarés et plongés dans leur mutisme qui assistent à l'affligeant spectacle en venant chercher leur journal préféré au kiosque du coin. Si un peintre talentueux passait par là, il pourrait créer quelques toiles magistrales qui dateraient dans l'Histoire de l'humanité de notre Continent Blanc.

Comme photographe, je m'abstiens de tout voyeurisme et de toute impudeur. Ces corps, encore plongés dans les bras de Morphée, sont d'une flagrante innocence et d'une beauté douloureuse. On dirait des bébés abandonnés de leur maman, tous seuls au monde, mais pourtant unis avec un sentiment de sécurité qui les rassemblent tous au centre de la pelouse, de la pierre, de la terre, ou du goudron qui sont autant de surfaces présentes s'offrant à leur sommeil en plein air. Nous sommes ensemble. Et cela semble durer pour une éternité au milieu de cette précarité d'existence. 

Pourtant, ce prochain hiver, cette façon d'être ensemble ne sera plus possible. Les morsures du froid chasseront les résidents vers des hébergements intérieurs, peut-être clandestins, sans doute plus officieux, sous l'égide de la Croix-Rouge et des ONG. A moins que le scandale ne perdure et que tous ces migrants soient abandonnés totalement à leur sort et que plusieurs d'entre eux mourront alors de froid.

Les militants au sein de la communauté NO BORDER ne laisseront pas tomber ces personnes. Nous trouverons des solutions, même illégales, pour mettre à l'abri les personnes en danger de mort suite au refroidissement du temps. Les autorités de toute l'Europe doivent savoir qu'ils ont en face d'eux un collectif de personnes motivées et déterminées à aider les migrants qui ne trouveront pas de solution à leur existence, et cela au prix du risque de l'emprisonnement pour soutien illégal à personnes entrées en clandestinité sur le territoire européen.

Oui, notre misère est moins pénible au soleil. Mais elle restera aussi moins pénible lorsque les premiers frimas arriveront et qu'il faudra donner un abri à des êtres humains dont bien trop peu de monde veut donner une chance à leur prometteuse jeunesse.

 

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WE ARE JUST NO BORDERS!

(cliché pris juste avant mon départ de Vintimille pour la Suisse sur demande des migrants eux-mêmes présents à cet endroit du camp à cet instant. La victoire est à nous! We are not going back!)

 

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