07/08/2015

Ma petite Suisse

Ma petite Suisse,

n'as-tu pas droit à l'asile

au sommet de ton île?

 

Tu voles au-dessus des nations,

au-delà de tout soupçon,

loin de tous les vices de notre monde.

Et tes coucous sonnent toujours minuit à midi.

 

Tu voles.

 

Et ça me tue.

Tu t'es rendue inaccessible

au pauvre poète invisible que je suis

et aux pauvres migrants qui se tuent.

 

Tu voles.

Et tes ailes portent de jolis logos

qu'on empile comme des légos

prêts à l'exportation sur la planète Terre.

 

Tes héros sont des banquiers,

des agents d'assurances, des traders,

des marchands d'armes, un parti de la pureté,

du propre en ordre,

et un homme providentiel qui collectionne des Hodler

dans sa superbe villa avec piscine.

 

Ma petite Suisse,

n'as-tu pas droit à l'asile

au sommet de ton île?

 

Tu vois des vagues de migrants et de migrantes

et déjà tu t'affoles toute tremblante.

Tu crains la peste noire

jusqu'à en devenir folle.

Préfères-tu l'asile de fou

à l'asile de ces enfants, de ces femmes, de ces hommes?

 

Tu voles au-dessus des nations

au-delà de tout soupçon,

loin de tous les vices de notre monde.

et tes coucous sonnent toujours minuit à midi..

 

Tu voles.

 

Et ça me tue.

Tu es inaccessible

au pauvre poète invisible que je suis

et aux pauvres migrants qui se tuent.

 

Tu voles.

 

Et tes ailes portent de jolis logos

qu'on empile comme des légos

prêts à l'exportation sur la planète Terre

 

Je prends parfois tes jolis trains électriques

et je monte vers tes sommets.

Puis je descend jusqu'à la mer

où je rejoins des cordées humaines

abandonnées au palais de glaces des Hommes.

 

Je pense à l'hiver prochain

alors que l'été te brûle le bon grain.

Je pense à la mer et l'ivraie, à ces gens

que j'ai laissés là-bas.

 

Ils n'appartiennent pas à ma petite Suisse.

Ils n'appartiennent plus à personne.

Ils sont libres.

Et tu dois te dire qu'un pays libre se doit de

fermer sa porte aux femmes et aux hommes libres.

 

Ta barque est pleine,

trop pleine de richesses matérielles.

Ta barque chavire,

de trop-plein de biens essentiels.

 

Dis-moi ma petite Suisse?

Que ferais-tu si le Cervin te tombait sur la tête?

 

Ma petite Suisse,

n'as-tu pas droit à l'asile

au sommet de ton île?

 

Tu voles au-dessus des nations,

au-delà de tout soupçon,

loin de tous les vices de notre monde.

Et tes coucous sonnent toujours minuit à midi.

 

Tu voles.

 

Et ça me tue.

Tu t'es rendue inaccessible

au pauvre poète invisible que je suis

et aux pauvres migrants qui se tuent.

 

 

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