18/08/2015

Une première chanson pour les migrants de Vintimille

Les Têtes de Bois: "We are not going back"

 

Hôtel Vintimiglia

 

J'avais prévu un voyage très spécial

aux confins des frontières humaines.

Il y avait une gare et des surfaces commerciales,

une chaleur suffocante

et un marché rempli d'Africains

qui vendaient des sacs et des montres.

 

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J'étais arrivé à l'heure

et je transpirais comme une éponge.

Fin d'après-midi

au bord de la mer,

les journalistes circulaient

en m'affirmant

qu'il n'y avait pas de NO BORDERS CAMP

ni de migrants

pas même de Soudanais dans cette ville.

Seulement des Italiens et des touristes.

 

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Soudainement ils apparurent sur les rochers

à la sortie du taxi.

Ce n'était pas un fucking mirage

de ma part

où seulement des flics

surveillaient cette foutue frontière franco-italienne,

le bureau de tabac,

le bar à café,

et un kiosque à journaux.

 

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Ils étaient là

comme un trésor humain retrouvé!

Et il fallait que je les touche de mes mains.

 

 

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Je savais qu'autrefois,

il y a bien longtemps,

des migrants avaient habité ces grottes rouges.

Ils y vivaient il y a 35'000 ans

autant dire un bail vu de mes 56 étés.

Je savais qu'un musée préhistorique existait

mais je ne savais pas que les boys du Darfour vivaient

depuis peu dans un zoo à ciel ouvert,

parqué par les flics, coincés sur leurs rochers

en bordure de mer,

et que leurs ombres noires

fichaient pareille trouille

aux touristes hallucinés sous acide

qui les voyaient comme des gorilles.

 

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Et puis j'ai entendu dans un rêve psychédélique

les anarchistes Lorenzo & Ana

lancer du fond de leur trop long silence

 

"Welcome to Hôtel Vintimiglia!"

 

Et puis j'ai perçu le murmure de reproches noirs

écrits sur les murs que toute la société leur construisait.

J'ai ressenti toute cette fureur de vivre,

leur envie de franchir toutes les frontières

coûte que coûte

afin d'ouvrir les coeurs de leurs soeurs et frères.

 

Et puis j'ai entendu Adam et Arafat

dire du fond de leur trop lourd silence:

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

Ce n'était pas la Palestine

ni la bande de Gaza.

C'était Hôtel Vintimiglia.

 

Ils me souriaient déjà

et je crois que c'est là

que j'ai chanté pour la première fois

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

 

Ana m'a fait visiter le cinq étoiles

et ses deux gaz cuisine plantés

comme deux têtes de girafes sur le goudron

avec la bonbonne explosive dans un coin;

la douche derrière la bâche de plastique

et le W.C. ou il fallait verser

des tonnes de seaux d'eau

pour évacuer la merde du monde

dans les égouts ambiants du fascisme.

 

J'ai passé par l'économat

avant même la chambre à coucher.

C'était sous l'arche de Pont Saint-Ludovic.

Il y avait de la semoule et du couscous,

des pâtes et du riz,

des légumes dans le frigo et

des pigeons vivants dans les cageots.

 

J'ai dit:

"Well, Ana. Welcome to Hôtel Vintimiglia"

Ensuite, elle m'a demandé de choisir ma couche

et de passer le balai avant de m'installer confortablement.

J'avais l'embarras du choix entre l'herbe, le rocher,

et l'asphalte.

J'ai dit:

"Well, Ana. Welcome to the Fucking Shit Hôtel Vintimliglia"

 

Puis on est parti faire la manif.

Les Noirs battaient leur coeur meurtris

sur le bitume de la plage du Rocher.

Sur des fonds de poëles à frire,

Ils faisaient du Bob Marley.

Et ça me faisait bien rire.

Les Blancs tapaient les barrières

avec des pavés comme des jeunes Cro-Magnons

de Mai 68.

Après, je ne sais plus.

On étais tous unis, fous, forts, et solidaires.

On a mélangé nos partitions

pour mener un sacré boucan d'enfer

devant leurs fucking mother earth de frontières.

 

Nous n'étions pas du tout de retour.

Nous avions peut-être consommé du drunk No Border,

cet alcool qui fait voir la planète en grand et en large.

Nous allions tous dans une seule direction.

Notre Light Direction.

Il fallait mettre parterre ce monde injuste

crier que chaque être humain a droit à une vie digne,

à un toit, à un travail, à une petite amie,

à une femme, à des enfants.

Il fallait terrasser cette préhistoire du Noir et du Blanc

et faire disparaître la lignée des dinosaures.

On était là pour ça.

Pour changer l'Histoire et le Monde.

 

"Well" m'a répondu Ingrid

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

"Well" a dit Calamity Jane Daisy

"Welcome To Hôtel Vintimiglia"

"Well" a chuchoté Ana

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

"Well" a soupiré Julia

"Welcome To Hôtel Vintimiglia"

"Well" a affirmé Franscesca

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

"Well" a tangué Carole "Florence Arthaud"

"Welcome to Hôtel Vintimiglia"

 

Je me suis mis à faire de la cuisine

pour les Soudanais, les Italiens, et les quelques Français.

Il fallait que ça plaise à tous.

Je me suis mis à faire de la musique

dans la tête avec eux.

Hatem, Jon, et les autres flirtaient

avec toutes les filles blanches du No Borders.

On a mangé, on a bu, on a dansé.

 

J'ai passé des nuits blanches

à imaginer mes notes noires.

J'ai passé des nuits blanches

à aimer leurs ombres noires.

 

Face à la mer, j'hurlais à toutes et à tous:

"WE ARE NOT GOING BACK!

WELCOME TO hÔTEL VINTIMIGLIA!"

 

 

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Des étoiles au plafond, des bières au frais
Et Daisy qui disait "Nous sommes tous ici des prisonniers de notre
propre gré"
Ils se réunissaient dans les chambres de maître pour la
cérémonie des NO BORDERS.
  Les flics poignardaient la bête avec leurs couteaux d'acier, mais
ils ne pouvaient tout simplement pas la tuer.
La dernière chose que je me rappelle, c'est que je courrais
vers la mer
Je devais trouver le passage qui me ramènerait à l'endroit
où j'étais avant
"Détendez-vous" dit notre veilleur à l'inspecteur, "nous sommes programmés
pour recevoir le monde entier sur cette plage.

Faites de la place à nos hôtes africains"

 

Face à la mer, j'hurlais à toutes et à tous:

"WE ARE NOT GOING BACK!

WELCOME TO HÔTEL VINTIMIGLIA!"

 

P.S. L'arbre que vous trouvez tout au long de ce texte est planté au beau milieu du camp. L'image est naturelle et surnaturelle. Personne ne l'avait remarqué. Mais Personne possède un sixième sens.

 

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