04/09/2015

Il y a 4 ans, le petit Aylan Shenu Kurdi Nobody n'était pas né*

Voilà plus de 4 ans que le conflit syrien a éclaté. Au départ, on a laissé le Président Assad dérapé vers la folie, sa folie mégalomane d'être irremplaçable lui et sa secte au pouvoir.

Assad n'a jamais été un homme dévoué à la démocratie. Il a toujours réglé ses différences avec ses ennemis par l'emprisonnement, la torture, et la mort. L'intimidation, la censure, et les menaces faisaient et font toujours partie de sa pratique présidentielle. Mais les anti-Américains et les anti-Européens ont toujours soutenu Assad bec et ongles. Mieux vaut lui que des vassaux au capitalisme. Comme il valait mieux Kadhafi à des marionnettes de Washington.

Moscou s'est senti fort face aux doutes occidentaux. Si même des millions de personnes en Amérique et en Europe ont un sentiment de défiance face à leurs élites politiques et économiques, Poutine pouvait alors facilement mettre son veto à une intervention contre Assad. Et c'est ainsi que la Syrie a été déchiquetée, mise en lambeaux par notre attitude passive devant un drame immense. Les gens qui ont soutenu Assad ont beau jeu de dire que le chaos a été provoqué par l'Occident. C'est toujours l'Occident qui crée la catastrophe. Si elle intervient, comme en Libye, elle est responsable. Si elle n'intervient pas, comme en Syrie, elle est toujours responsable. Hors si nous n'avions pas empêché Kadhafi de s'en prendre à sa population rebelle, qui nous dit que la situation libyenne ne serait pas comparable à l'horreur absolue de Syrie et son exode massif de populations réfugiées aux frontières, puis plus loin, sur nos côtes? 

On ne parle pas de réfugiés libyens, ou si peu, à ce qu'il me semble? Certes, la Libye est actuellement déstabilisée et rien ne va là-bas. Mais l'état de la Libye n'est en rien comparable (encore) à l'état de la Syrie où nous n'avons rien fait pour empêcher Assad de créer les conditions d'un conflit machiavélique.

Tout cela pour dire que nous devons cesser de vivre avec des idéologies bien arrêtées, des ennemis jurés dont il faut détruire l'idéologie par la force, au besoin. Ni Poutine ni Obama détiennent la vérité. Ni le communisme ni le capitalisme ont fait le bonheur des peuples. Ce sont nos vies, la façon dont nous les menons, qui créent notre bonheur ou notre malheur personnel et collectif. L'idéologie est un prétexte pour construire des murs, dressés des barricades entre nous. On peut se révolter contre la politique menée par nos gouvernements. On peut agir et proposer notre vision. On peut tout dire et ne pas hésiter à dire des insanités. Mais on n'a pas le droit à la haine destructrice, à la violence condamnable, car elles nous jettent dans les flammes d'un enfer autrement plus catastrophique. La guerre est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les mains de gens au cynisme radical. La guerre est une extrême qui ne profite à personne sauf aux plus criminels d'entre nous tous.

Il y a 4 ans, le petit Aylan n'était pas né. Son frère avait 1 an. Ils sont morts noyés avec leur mère sur une plage de Turquie après que leur demande d'asile faite au Canada a été refusée. Damas, Alep, Kobané, frontière turque, re-Kobané, puis le dernier grand voyage de l'espoir vers l'Europe via la Méditerranée. Le petit Aylan n'a connu que l'exil et l'exclusion dans sa vie. Et c'est la mer qui l'a accueilli comme une dernière demeure moins insupportable que n'importe quelle autre en ce monde où, sur la Terre, il n'y aura  bientôt plus d'endroits pour vivre en paix, en liberté, en fraternité, en solidarité, en égalité parmi les femmes et les hommes.

* Le nom de famille du petit garçon n'était pas exact. Ce n'est donc pas Kurdi mais Shenu. Pour nous, ce sera Little Nobody, le petit émigrant qui n'a jamais eu d'identité puisque toujours chassé de chez lui de sa naissance jusqu'à sa mort.

"Il est puissant, votre capitaine ; mais mille diables ! il n'est pas plus puissant que la nature, et là où elle a mis des bornes, il faut que l'on s'arrête bon gré mal gré.
-En effet, Ned Land, et cependant j'aurais voulu savoir ce qu'il y a derrière cette banquise ! Un mur, voilà ce qui m'irrite le plus !
-Monsieur a raison, dit Conseil. Les murs n'ont été inventés que pour agacer les savants."

Vingt milles lieues sous les mers, Jules Verne

 

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