26/09/2015

Plaidoyer pour une politique migratoire ouverte

Après des mois, et même des années, de tergiversations sur les conditions d'admission des migrants en Europe, il serait temps de faire le constat de nos échecs quant à une politique très restrictive du droit d'asile. Puis, il faudrait ouvrir quelques pistes qui permettraient de prendre en considération les besoins humains élémentaires de toute migration voulue et subie. Car l'aspect volontaire de décider de partir de son pays ne doit pas être séparé de son volet obligatoire ( faits de guerre, de violences interethniques, religieuses, dictature, économie catastrophique, catastrophes climatiques).

Premier constat: le fait de durcir nos politiques d'asile ne fait que croître l'hostilité des pays du Sud contre les pays du Nord. Les personnes refoulées vers leur pays après un long et dangereux voyage se retrouvent sans espoir, leurs familles restées sur place qui comptaient sur leur aide économique également, condamnés à vivre dans la misère et de mourir soit par malnutrition et maladies soit dans des actes de violence commis contre eux par des gouvernements tyranniques ou des mouvances terroristes. Pour pallier au manque d'argent, ne reste alors à ces personnes qu'à s'engager dans l'armée des dictateurs ou dans des réseaux terroristes. Belle perspective pour nos propres gouvernements et peuples européens.

Deuxième constat: les restrictions très rigides de nos Etats vis-à-vis des flux migratoires donnent aux mafias de passeurs un pouvoir financier énorme qui alimente leurs crimes et leurs réseaux de façon exponentielle. Nous devons alors affirmer ici que nos propres gouvernements se font les complices de ces mafias en leur accordant la possibilité de faire du trafic d'êtres humains dans la plus totale impunité. Il semble logique que les bateaux qui traversent la Méditerranée possède une identité marine sans quoi aucun port ne pourrait les accueillir. Effacer toute trace d'identité reste du possible. Cependant les bateaux ne disparaissent pas comme ça dans la nature. Chaque acquéreur ou acquéreuse de bateau devrait pouvoir prouver à tout instant l'emplacement de son embarcation sur le pourtour de la Méditerranée et, en cas de vol,  être obligé de signaler la disparition du navire et dans quelles conditions. Il y a bizarrement des Etats du continent nord africain qui ne font pas leur boulot de surveillance et des Etats européens qui ne font pas leur devoir d'accueil. Si nous traitons les personnes à secourir comme Kadhafi le faisait lui-même, pouvons-nous nous targuer d'être des démocrates et non des dictateurs?

Troisième constat: Une politique d'asile fermée condamne les réfugiés à se comporter de façon clandestine, en marge de nos lois, et même parfois en hors-la-loi pour survivre en volant leur nourriture et en se comportant parfois de façon agressive et usant même de violence pour palier à leurs frustrations qui ne seront jamais considérées de nos Etats. Nos gouvernements sont donc les complices involontaires d'actes de brigandages et de vols, de troubles publiques provoqués par des impasses administratives envers les migrants qui, dans leur désespoir, ne voient aucune issue, aucun débouché acceptable à leur migration avortée dans la souffrance d'un avenir impossible.

Une fois ce réquisitoire établi contre cette politique d'asile malsaine, il convient de trouver des pistes qui puissent satisfaire autant nos populations que les migrants et migrantes. Il faut donc prévenir les migrants qu'une bonne politique en la matière est une politique du donnant-donnant et non une politique d'assistanat à long terme ou des travailleurs et travailleuses européennes se serrent trop la ceinture à cause d'impôts en hausse dus au flux migratoire très important. Il n'est pas envisageable de faire peser le poids de la migration sur les travailleurs et travailleuses de notre Continent.

Donc, dans ce domaine aussi, nos politiques d'asile font fausse route en offrant aux demandeurs d'asile admis une quasi assistance à long terme sans aucune contrepartie future. Chez nous, une personne qui a besoin durant quelques mois de l'aide sociale doit ensuite rembourser cette aide une fois qu'elle a retrouvé une situation de travail avec un salaire suffisant pour commencer à rembourser l'Etat. Il devrait en être de même des migrants. Une taxe obligatoire perçue sur le salaire durant x années (par exemple deux ans) devrait être envisagée. Cette taxe de solidarité serait dirigée dans une caisse réservée à l'accueil des nouveaux migrants afin d'alléger la charge des citoyennes et citoyens établis de longue date chez nous à travers la part  d'impôts qu'ils versent en faveur de la politique d'asile.

Une autre piste serait d'autoriser très rapidement un migrant ou une migrante de changer de pays européen au cas où il a trouvé un travail dans un autre Etat de l'Union. Cela permettrait une fluidité migratoire au sein de l'Union européenne et une plus grande liberté d'entreprendre pour les nouveaux migrants.

Une troisième piste serait de créer une sorte de pilier financier à l'éventuel retour du réfugié dans son pays après quelques années. Ce pour-cent prélevé sur son salaire, non-soumis à une part patronale, permettrait d'offrir sa propre aide matérielle au retour du réfugié dans son pays complété en plus par une aide étatique. La somme ainsi épargnée et cumulée pourrait être incitative pour un retour dans le pays. En cas d'établissement définitif dans une Etat de l'Union, ce pilier tomberait alors d'office et définitivement et l'argent cotisé par l'épargnant reviendrait alors dans les caisses de la politique d'asile.

En espérant que ce billet puisse donné quelques bonnes idées à nos politiciens et que les migrants et migrantes puissent enfin pouvoir être accueillis de façon plus humaines et égales, j'aimerais terminer par une paretnhèse concernant la Suisse.

Il y a un peu plus de trente ans en arrière, la Suisse condamnait encore à la prison ses objecteurs de conscience refusant de servir à l'armée. La politique en la matière n'était pas bonne du tout. D'un côté, il y avait les "bons" objecteurs, ceux qui refusaient de servir pour des raisons hautement morales du refus de tuer son prochain; et les "mauvais" objecteurs qui étaient plus sévèrement condamnés pour cause d'appartenance à des groupes politiques d'extrêmes-gauches ou anarchistes. Il fallait donc passer devant un Tribunal militaire composé de plusieurs gradés qui sondaient la conscience des objecteurs pour savoir dans quelle catégorie ils se situaient. Les bons objecteurs avaient droit à des condamnations pénitencières favorables (durée plus courte de la peine et régime de semi-détention où l'objecteur pouvait accomplir un travail à l'hôpital, par exemple). Les mauvais objecteurs se voyaient condamner à une peine lourde de huit à douze mois de détentions fermes dans des pénitenciers à haute sécurité. D'avoir voulu sonder les consciences de chaque citoyen objecteur, la Suisse s'est largement et lourdement trompée. Aujourd'hui, suite à un vote populaire mettant fin à la détention des objecteurs, chaque Suisse refusant l'armée doit accomplir un service civile obligatoire, ceci sans distinction de conscience. L'égalité est la même pour tous.

J'aimerais tellement qu'il en soit ainsi pour tous les migrants qui arrivent chez nous. Cette distinction entre migrants économiques et migrants politiques ou fuyant des conditions de guerre ne tient plus la route. Car il est très difficile de séparer les raisons économiques des autres raisons de migration. Le plus souvent, tout est lié et pratiquement personne ne déserte un pays sans raison aussi économique car un opposant à un dictateur à souvent, voir toujours, aucune chance de s'intégrer au tissu socialo-économique mis en place par la dictature de son pays. Cela est pareil en situation de guerre. Les emplois sont perdus, les gens vivent dans la misère et ont envie de partir loin de cette misère sociale et économique en plus des risques de mourir sous les balles ou sous les bombes.

 

 

 

 

 

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