01/10/2015

Lendemain de fête des Vents d'Anges

Ce matin, je me suis levé avec la gueule de bois et aucun pour cent d'alcool dans le sang. Cette nuit, j'ai rêvé de tous ces jeunes qui se battent pour un autre monde, un monde sans frontière et sans interdit de franchir des murs administratifs qui frappent et jettent les migrants dans le désespoir comme une condamnation psychique à la lapidation pour  adultère transnational.

Ces jeunes auraient dû combattre dans leur pays contre l'oppresseur, prétendent les enfants bien nourris et vivant en paix chez nous. Ils auraient dû porter l'arme et sulfater à tout-va autour d'eux, tué des innocents en même temps que des hommes armés, et pourquoi pas violer les femmes de l'ennemi puisque ces ennemis abusaient des femmes de leur camp. Ces jeunes de 20 ans auraient donc dû livrer bataille dans une sauvagerie de moeurs et des crimes abominables. Ce sont nos belles âmes de chez nous installées dans leur comfort bourgeois qui prétendent cela.

Au lieu de cela, ils avaient un rêve. Ils s'accrochaient à l'idée qu'un autre monde était possible, ailleurs. Cet ailleurs, ils le voyaient en Europe comme un mirage de bienfaisance et de prospérité; un ailleurs qui allait changer leur vie, leur vision sur les Blancs européens, et ce colonialisme dont ils avaient tant souffert. Ils rêvaient pour la plupart d'aider financièrement. un jour ou l'autre, leur famille dans cette idée qu'ils se faisaient de leur future prospérité économique. Ils rêvaient aussi de construire une famille ailleurs, dans un lieu à l'abri des guerres ethniques ou soumis à la dictature sans partage et à la corruption inouïe d'un président mégalomaniaque sanguinaire.

Pour ce rêve, ils avaient bravé la Méditerranée et la mort sur des rafiots en bout d'existence appartenant à des réseaux criminels. Toujours, cette criminalité, jamais cette bonté et cette générosité humaine qui allaient un jour leur ouvrir une autre porte que celle de l'enfer.

Et puis, ils ont posé leurs grands corps tout noirs de soleil et de chaleur humaine sur les bords nordiques de la Méditerranée quelque part en Iitalie. Et rien n'a marché en leur faveur. Trop Noirs, trop étrangers à la race blanche chère à Nadine Murène la bien nommée, trop musulmans et trop terroristes puisqu'ils venaient de régions où les terroristes et les dictateurs sévissent grave. Les Blancs d'Europe ont, dans leur grande majorité, feint d'ignorer leur présence. Les médias ne leur donnaient que peu d'importance. Les politiques ne rêvaient qu'à les renvoyer en enfer. Les ONG comme la Croix-Rouge leur offraient le gîte et le couvert en échange des empreintes, puis du renvoi obligatoire vers leur pays d'origine. Ils rêvaient. Soudain, ils se réveillaient dans le pire des cauchemars, le scénario improbable auquel ils ne voulaient pas croire du tout: les Européens leur répondaient: FUCK YOU, MY BLACK! OUT OF EUROPE. IT'S NOT YOUR PLACE. IT'S MY PLACE. SHUT UP!

C'est alors qu'ils ont trouvé à Vintimille, à la frontière, quelques personnes qui se nomment les "No Borders" mais qui déjà passent pour des Murders aux yeux des autorités et des gens bien-pensants. Meurtriers de leur monde, peut-être. Meurtriers de l'Humanité. Certainement pas. On peut tuer une dictature et vouloir un idéal qui répond à des critères lisibles écrits en gras dans nos constitutions démocratique: LIBERTÉ. ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.

Nos dogmes vertueux sont bafoués. Comment prétendre se sentir supérieurs en bien aux barbares islamistes qui eux prétendent suivre à la lettre leur Coran? Nous avons atteint le gouffre et nos vices sentent la putréfaction d'un monde perdu. Nous bafouons nos vertus, nos règles élémentaires d'accueil, nos devoirs d'êtres humains au nom d'égoïsmes particuliers. C'est alors que la démocratie n'est plus possible et que le désordre barbare et la dictature rentrent en jeu.

A Vintimille, les anarchistes de Bologne et d'autres villes italiennes comme françaises, et même d'ailleurs ont compris qu'ils devenaient urgents de ne plus céder à la lâcheté quitte à perdre son confort et sa prétention à un poste important et officiel parmi la société dans laquelle ils étaient nés. Ils sont les dissidents de notre système. Ils sont le fruit de nos égarements et de nos agissements malhonnêtes. Ils existent et les No Borders ne disparaîtront pas comme cela juste parce que des bulldozers, des cordons de policiers, et un maire leur a passé sur le corps de leur campement où ils accueillaient les refusés de notre monde.

Avant-hier après-midi je venais de réserver mon billet de train pour Vintimille afin de rejoindre mes soeurs et mes frères de combat. Les feux de la Fête des Vendanges de Neuchâtel venaient de s'éteindre la veille. Hier matin, je me réveille avec la stupéfaction d'un homme qui se rend compte que des êtres humains pris dans le système ont détruire un havre de paix et de chaleur humaine, un lieu d'idéal et de partage, une maison d'amour et de respect pour chaque être humain sur cette planète. La Fête des Vents-d'Anges s'éteignait à Pont Saint-Ludovic. Mes amis étaient repoussés sur les rochers en face de la Méditerranée. Puis ils acceptaient un arrangement avec les autorités. Les réfugiés se rendaient au camp de la Croix-Rouge. Les activistes étaient emmenés dans les locaux de la police pour interrogatoire.

C'est un peu comme si on avait tous trop bu, que nous nous étions tous abreuvés d'un idéal parfait où le monde devenait un monde parfait à force de bienveillance et d'entraide humanitaire. un peu comme l'extase d'une spiritualité librement consentie entre gens de différents horizons, d'univers très variés, de couleur de peau qui n'avait strictement aucune importance si ce n'est celui de fêter nos différences culturelles, nos valeurs humaines, nos chants et nos danses, notre bonheur d'exister sur cette Terre en toute fraternité et non dans la méfiance et la haine réciproque chères à nos commentateurs et commentatrices de blogs.

Samedi, je serai à Vintimille. Je ne sais pas encore ce que j'y ferai. Je ne sais pas qui je rencontrerai et ce que nous pourrons encore faire pour la liberté et l'établissement de nos soeurs et frères Africains chez nous, en Europe. Je prendrai mon temps. J'irai sans doute à la frontière pour me rendre compte les yeux grands ouverts des dégâts faits à notre propre Humanité, à nos valeurs de liberté, et de démocratie. Les feuilles mortes vont bientôt se répandre à la pelle. C'est une grande claque dans la gueule que mes amis du No Borders Camp et moi-même venons de prendre. Allons nous tendre l'autre joue? Allons-nous jouer une nouvelle partition pour aider celles et ceux qui attendent autre chose qu'un renvoi obligé dans leur pays?

Le combat continue. Nous ne sortons pas d'un coma éthylique mais continuons un combat homérique pour la survie de nos valeurs humaines. La gueule de bois ressemble davantage à un appel encore plus solidaire à la lutte en faveur des migrants.

We are not going back!

 

Photo de Presidio Permanente No Borders - Ventimiglia.

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et j'aime pas...ce cordon de grenadiers anti-émeute qui a dispersé notre meute de chiennes et de chiens anarchistes qui rêve d'un monde meilleur.

Commentaires

@Pachakmac le titre est très joli et votre billet confirme bien que la vie n'est qu'illusions et désillusions
A chaque génération ses rêves et plus vous vieillirez plus vous en aurez mais qui seront de moins en moins réalisables
Très belle journée pour Vous

Écrit par : lovejoie | 01/10/2015

Oui, lovejoie. Le cynisme semble largement l'emporter sur toute autre considération. Etrange être humain qui rêve d'idéal et qui finit par s'auto-détruire. Vraiment bizarre que cet animal-là. Qu'est-ce qu'une belle âme? questionne le sage. Et les Vents-d'Anges lui répondent: un raisin qui a fait de sa vie une pourriture saine surmaturée qui enivre les foules d'un prestigieux nectar. Une belle âme qui vieillit bien est, ajoute le sage, atteinte de la bactérie botrytis cinerea plus communément appelé pourriture noble, ce qui la distingue de la corruption de la pourriture qui attaque le raisin et fait de sa récolte une méchante piquette aigre et non comestible. Voilà, lovejoie, je crois être atteint de cette noblesse qui font les grands Sauternes et les Mont-d'Or valaisans surmaturés de la meilleure récolte. 1959, rappelez-moi, c'était bien une année de grand cru ou me tromperais-je? C'est vrai que ma manman disait toujours à mon père: "Oh alors juste un petit verre parce que le Sauterne, ça me monte à la tête et ça me fait mal". Juste pour dire que ce genre de vin ne convient pas non plus à tout le monde. C'est la démocratie.

tout cela me rappelle qu'un certain journaliste avait dû recevoir il y a pas mal d'années de cela, un colis avec un Sauternes et un préservatif tout propre déroulé sur son bouchon. L'a-t-il bu en bonne compagnie? Je n'en sais rien. Je n'ai jamais reçu de réponse... Farceur, le Sauternes surmaturé et cela n'est pas forcément du goût de tous le monde...sur tout parmi la bourgeoisie et amateurs de grands défilés de mode...

Écrit par : pachakmac | 01/10/2015

Dans une guerre, du moins il y a quelques dizaines d'années et plus, lorsqu'un afflux de blessé arrivait, les médecins débordés, manquant de matériels faisait un tri entre ceux qui n'avait que peu de chance de survivre et les autres. Ce n'était évidemment pas un manque d'humanité de laisser mourir les plus gravement atteint, mais c'était une nécessité.

La vie est complexe et est injuste, c'est ainsi. Il faut regarder ce qui est fait, même si pour certain ce n'est pas suffisant. L'élan d'humanité même insuffisant, c'est un peu de soleil face à un égoïsme hargneux, voir méchant. Si les réfugié de guerre ont naturellement leur place, ce n'est pas le cas pour les réfugié économique.

Le monde entier ne peut venir en Europe, c'est injuste, c'est ainsi, c'est la vie. Comme ces médecins de guerre, il faut et faudra encore choisir, c'est injuste, mais c'est une nécessité, parce que la vie est ainsi.

Écrit par : Glob | 01/10/2015

@Pachakmac ce à quoi un autre sage d'une plus ancienne génération que le Votre répondrait à chacun sa sagesse !
Très belle soirée!

Écrit par : lovejoie | 01/10/2015

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